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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202042

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202042

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202042
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationLAURENT Marie-Eve
Avocat requérantROTHDIENER GAËTAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er août 2022, Mme A H E, représentée par Me Rothdiener, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de l'autoriser à résider en France au titre de l'asile et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) à titre subsidiaire, de sursoir à statuer dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile concernant sa fille B ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une carte de résident ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et a été pris sans examen sérieux de sa situation ;

- il a été pris en violation des dispositions L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, et des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme E une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés, le moyen tiré de la violation de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile étant en outre inopérant.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Laurent par décision du 27 janvier 2022 en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes prévues à l'article L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Laurent,

- les observations de M. Da Rocha, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui a repris les conclusions et moyens du mémoire en défense.

Mme E n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A H E, ressortissante angolaise, est entrée en France en mai 2017, pour y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par décision de 1'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) du 19 mars 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 1er juillet 2022. Le 3 octobre 2021, elle a accouché d'une petite fille, B, pour laquelle elle a déposé une demande de réexamen de demande d'asile, enregistrée le 26 juillet 2022. Par arrêté du 21 juillet 2022, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le signataire de l'arrêté attaqué, directeur de l'immigration et de la nationalité, a reçu délégation par arrêté préfectoral du 19 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, à l'effet de signer les décisions portant refus de titre de séjour au titre de l'asile et obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision doit par suite être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme E, décrit sa situation administrative, et notamment la décision de l'Ofpra rejetant sa demande d'asile, et rappelle, de façon suffisamment précise et circonstanciée, les éléments de la situation familiale et personnelle de l'intéressée sur lesquels le préfet s'est fondé pour décider de prononcer les décisions attaquées. Par suite, ces différentes décisions sont suffisamment motivées. S'il n'est pas fait mention dans cette décision de la situation de sa fille et de la demande d'asile déposée pour cette enfant, la requérante n'établit pas avoir porté à la connaissance du préfet des informations sur ce point. Mme E n'établit pas davantage avoir informé le préfet des éléments d'éventuelles difficultés liées à son état de santé.

4. Il ressort des mentions portées dans l'arrêté, qui, ainsi qu'il vient d'être dit sont suffisamment précises et circonstanciées au regard des informations dont le préfet avait connaissance, et eu égard à l'objet des décisions attaquées, qu'il a été procédé à un examen particulier de la situation de la requérante.

5. En troisième lieu, il ne saurait être reproché au préfet d'avoir commis une erreur de droit pour n'avoir pas tenu compte de la demande d'asile de la fille de la requérante, cette demande ayant été enregistrée le 26 juillet 2022, postérieurement à l'arrêté attaqué. La requérante ne peut pas davantage se prévaloir des dispositions L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux parents d'enfants possédant la nationalité française, ce qui n'est pas le cas de sa fille.

6. En quatrième lieu, Mme E se prévaut de la présence en France de sa sœur, en compagnie de laquelle elle est entrée sur le territoire national, et qui a obtenu une carte de séjour pluriannuelle, de la présence de sa fille, née en 2021, et de son état de santé. Toutefois, elle n'apporte aucune précision quant à l'intensité des liens entretenus avec sa sœur. Le certificat médical produit fait état d'une intervention chirurgicale pour un problème de santé sans particulière gravité, l'intéressée ayant rejoint son domicile après cette intervention. Aucun élément du dossier ne permet de considérer que la décision de refus de séjour et la décision d'éloignement auraient pour effet de séparer la requérante de sa fille. Il n'est enfin apporté aucune précision quant aux risques de traitements inhumains ou dégradants auxquelles la requérante et sa fille seraient exposées en cas de retour en Angola.

7. Par suite, les moyens tirés de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, et des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.

8. La demande de réexamen de la demande d'asile présentée par Mme E pour sa fille a été rejetée comme irrecevable en cours d'instance. Par suite, et en tout état de cause, les conclusions tendant à ce qu'il soit sursis à statuer dans l'attente de l'issue de la procédure d'asile en cours concernant cette enfant ne peuvent qu'être rejetées.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme E doit être rejetée.

Sur les conclusions en injonction :

10. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

11. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de Mme E la somme demandée par le préfet de la Côte-d'Or au même titre.

DÉCIDE :

Article 1 : La requête de Mme A H E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A H E, au préfet de la

Côte-d'Or et à Me Rothdiener.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.

La magistrate désignée,

M-E Laurent

La greffière,

M. Soubeyrand

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

N°220204

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