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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202079

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202079

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202079
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMIFSUD ELODIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 août 2022, M. D B représenté par Me Mifsud demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- la signataire de la décision attaquée était incompétente ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnait l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision de refus de titre de séjour ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

-elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 août 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale le 14 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousset, président-rapporteur,

- et les observations de Me Mifsud, représentant M. B.

Des pièces nouvelles ont été enregistrées pour M. B le 21 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né le 14 juillet 2002, est entré en France le 7 octobre 2015 et a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance par décision du juge des enfants du 22 novembre 2017. Il est père de deux enfants français issus de sa relation avec une ressortissante française. Le 6 juillet 2021, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par décision du 14 octobre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a statué sur la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B. Les conclusions tendant à ce que lui soit accordée cette aide à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 71-2021-09-15-00001 du 15 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Saône-et-Loire, le préfet de Saône-et-Loire a accordé une délégation de signature à Mme Anne Magnaval, directrice de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. En l'espèce, la décision portant refus de titre de séjour vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que l'article

L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement duquel le requérant a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Le préfet a également précisé l'état civil de M. B, les modalités de son entrée sur le territoire français, sa demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français ainsi que sa situation personnelle et familiale. Il s'ensuit que la décision portant refus de titre de séjour énonce de manière suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui la fondent pour mettre M. B en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, M. B soutient que le préfet a procédé à un examen insuffisant de sa situation personnelle dès lors que, contrairement à ce qui est indiqué dans l'arrêté en litige, il vit avec sa compagne à leur domicile commun et qu'il participe à l'entretien et à l'éducation de leurs enfants mineurs. Toutefois le requérant, qui ainsi que cela ressort du jugement du juge aux affaires familiales versé à l'instance et de sa demande de titre de séjour du 6 juillet 2021 ne vivait pas, à cette date, avec sa compagne et ses enfants, n'établit pas avoir informé l'administration d'une évolution de sa situation matrimoniale. De même le préfet fait valoir sans être contredit que l'intéressé n'a produit pendant l'instruction de sa demande aucune pièce attestant de sa participation effective à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. Par suite, le moyen tiré de l'examen insuffisant de sa situation et de l'erreur de droit qui entacherait en conséquence la décision en litige, doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

8. M. B soutient qu'en refusant de l'admettre au séjour en qualité de parent d'enfant français, le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il s'est réconcilié avec sa compagne et vit depuis le mois de septembre 2021 à son domicile auprès de leurs deux enfants nés les 17 février 2019 et 12 janvier 2021, qu'il participe à leur éducation ainsi qu'en attestent notamment le médecin qui les soigne et la directrice de la crèche où ils sont accueillis et que le juge aux affaires familiales l'a dispensé de contribuer à leur entretien en raison de son impécuniosité.

9. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que par jugement du 28 août 2020, M. B a été reconnu coupable de faits de violence entraînant une incapacité de moins de huit jours sur sa compagne. Dans le jugement du 11 mai 2021, le juge aux affaires familiales a également confirmé qu'en mai 2021 le couple était séparé et que les enfants résidaient avec leur mère. Par ailleurs, il ressort du procès-verbal du 8 août 2021, que le requérant, qui était entendu par les services de police à la suite d'une nouvelle plainte déposée par sa compagne, ne vivait pas avec ses enfants. Sa compagne a pour sa part déclaré le 7 août 2021 au fonctionnaire de police qui l'auditionnait dans le cadre de ce différend que M. B " ne s'occupe jamais de leurs deux enfants ". Enfin, l'attestation de sa compagne datée du 31 août 2022 et les attestations datées du mois de mars 2022 d'un médecin, d'une directrice de crèche et d'une responsable associative indiquant qu'il participe à la vie de famille et à l'éducation de ses enfants sont insuffisantes pour établir la réalité d'un investissement stable et durable de M. B auprès de ses enfants depuis leur naissance ou depuis au moins deux ans. Dans ces conditions, le requérant qui n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants depuis leur naissance ou depuis au moins deux ans n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Saône-et-Loire a méconnu l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait en qualité de parent d'enfant français.

En ce qui concerne la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'établit pas que la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour est illégale. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision soulevée par la voie de l'exception à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas fondé et doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas.() ".

12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'établit pas que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision soulevé par la voie de l'exception à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire n'est pas fondé et doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'établit pas que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision soulevé par la voie de l'exception à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi n'est pas fondé et doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Mifsud et au préfet de Saône-et-Loire.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

O. RoussetLa conseillère première assesseure,

M.-E. Laurent

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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