mardi 16 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2202154 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | REFERE |
| Avocat requérant | MOUNDOUNGA NTSIGOU SERGE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 août 2022, M. D C, représenté par Me Moundounga, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2022, par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année ;
3°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2022, par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a assigné à résidence dans l'arrondissement d'Autun pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français :
- il appartient à l'autorité administrative d'établir la preuve de la compétence du signataire de l'arrêté en litige ;
- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- il a méconnu son droit d'être entendu avant l'édiction des décisions attaquées ;
- le préfet a commis une erreur de fait et une erreur manifeste d'appréciation, en ne tenant pas compte des pathologies dont il souffre, alors que sa vie serait menacée, en l'absence de soins dans son pays d'origine ;
- ces décisions méconnaissent l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les stipulations des articles 3 et 9 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant assignation à résidence :
- il se prévaut de l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, par la voie de l'exception ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le préfet a connaissance de son lieu d'habitation et qu'il doit être transféré chaque semaine à Dijon, pour des séances de chimiothérapie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A, par une décision du 27 janvier 2022, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes prévues à l'article L. 614-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 16 août 2022 à 14 heures.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. B A.
Les parties ont été informées le 16 août 2022, au début de l'audience, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'annulation des décisions portant refus d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence, par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 14 heures 02 minutes.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant algérien, né en 1971 en Algérie, a été interpellé le 9 août 2022 par les services de police de Montceau-les-Mines, en flagrance, pour des faits de vol avec violence dans un magasin d'optique. Par un arrêté du 10 août 2022, notifié le jour même, le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année. Par un second arrêté du même jour et notifié simultanément au premier, le préfet de Saône-et-Loire l'a assigné à résidence dans l'arrondissement d'Autun pour une durée de quarante-cinq jours. M. C demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. C.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ".
5. Lorsqu'il envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger, le préfet n'est tenu, en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que s'il dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une telle mesure d'éloignement.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été hospitalisé du 23 avril au 18 mai 2022 au sein du département d'oncologie du centre hospitalier universitaire de Dijon pour une récidive ganglionnaire de cancer nasopharyngé, diagnostiquée en octobre 2021, accompagnée d'adénopathies neuro-cervicales. Le requérant, qui est en outre atteint d'un diabète de type II et d'une stéatose hépatique, a également souffert de diverses autres pathologies, au cours de cette hospitalisation, au nombre desquelles une œsophagite, ayant entraîné une anorexie et une déshydratation, et ayant nécessité une alimentation par sonde neuro-gastrique non supportée, et une thrombose veineuse superficielle du bras gauche. A l'issue de cette hospitalisation, l'intéressé a été admis dans l'unité " lits d'accueil médicalisés " de l'hôpital Jean-Bouveri de Montceau-les-Mines et a continué à bénéficier de séances de chimiothérapie hebdomadaires au centre hospitalier universitaire de Dijon. Alors que l'intéressé a déclaré, lors de son audition à fin de vérification de son droit au séjour le 9 août 2022 par les services de police de Montceau-les-Mines, résider dans cette unité, être hospitalisé, être atteint de diabète et d'un " cancer au niveau du cou " et faire l'objet d'une chimiothérapie, le préfet ne pouvait, en décidant du principe d'une obligation de quitter le territoire français, faire abstraction de l'état de santé de M. C et ignorer que cet état de santé était susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il ne ressort des pièces du dossier ni que le préfet de Saône-et-Loire a pris en considération ces circonstances, ni en tout état de cause qu'il aurait recueilli l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Dès lors, M. C est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation et, ce faisant, d'une erreur de droit et, pour ce motif, à en demander l'annulation.
7. En second lieu, en raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale.
8. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée. Cette annulation entraîne, par voie de conséquence, l'annulation des décisions portant refus d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation des arrêtés du 10 août 2022, par lesquels le préfet de Saône-et-Loire, pour le premier, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année et, pour le second, l'a assigné à résidence dans l'arrondissement d'Autun pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par le conseil de M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 10 août 2022, par lequel le préfet de Saône-et-Loire a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année est annulé.
Article 3 : L'arrêté du 10 août 2022, par lequel le préfet de Saône-et-Loire a assigné à résidence M. C dans l'arrondissement d'Autun pour une durée de quarante-cinq jours est annulé.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Serge Moundounga.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur, au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Chalon-sur-Saône.
Fait à Dijon, le 16 août 2022.
Le magistrat désigné,
I. A
La greffière,
L. Lelong
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026