jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2202221 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP BON DE SAULCE LATOUR |
Vu la procédure suivante :
B une requête, enregistrée le 22 août 2022, M. A se disant Mamadou Sylla, représenté B la SCP Bon, de Saulce Latour, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2022 B lequel le préfet de la Nièvre lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Nièvre de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant refus de séjour est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
B un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2022, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés B le requérant ne sont pas fondés.
M. A se disant Sylla a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale B une décision du 31 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement, sur proposition du rapporteur public, l'a dispensé de présenter des conclusions sur ces affaires en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été seulement entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. E, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A se disant Mamadou Sylla, qui se prévaut d'une nationalité guinéenne, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 22 janvier 2020, selon ses déclarations. Il a été pris en charge B les services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Nièvre, lesquels ont sollicité pour son compte, le 14 septembre 2021, un titre de séjour. B un arrêté du 21 juillet 2022, le préfet de la Nièvre a refusé de délivrer à l'intéressé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. B la présente requête, M. A se disant Mamadou Sylla demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée B la juridiction compétente ou son président () ".
3. Dès lors qu'en cours d'instance l'aide juridictionnelle totale a été accordée au requérant, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
4. En premier lieu, la décision attaquée est signée B M. C D, nommé préfet de la Nièvre B décret du 25 novembre 2020 publié au Journal officiel de la République française du 26 novembre 2020. B suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
6. Pour refuser au requérant le titre de séjour sollicité sur le fondement de ces dispositions, le préfet de la Nièvre s'est fondé sur le caractère frauduleux des documents d'état civil présentés qui ne permettaient pas d'établir que l'intéressé remplissait la condition d'âge prévue B les dispositions précitées.
7. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification des actes d'état civil étrangers est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". L'article 47 du code civil auquel il est ainsi renvoyé dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Cette présomption de validité d'un acte d'état civil établi peut être combattue B tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation B l'administration de la valeur probante d'un tel acte, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits B les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
8. En l'espèce, M. A se disant Mamadou Sylla a produit, à l'appui de sa demande de titre de séjour, un jugement supplétif du tribunal de première instance de Kankan du 25 novembre 2020, un acte " tenant lieu d'acte de naissance " retranscrivant ce jugement, un extrait d'acte de décès au nom de Sow Assiatou daté du 10 janvier 2019 et une carte d'identité consulaire délivrée le 28 juillet 2021 B l'ambassade de Guinée. Ces documents ont fait l'objet d'un rapport d'examen technique documentaire des services de la police aux frontières, le 27 décembre 2021, concluant à leur contrefaçon après avoir relevé plusieurs irrégularités liées notamment à l'absence de toute sécurité documentaire, à de multiples et grossières fautes d'orthographe, à la reproduction maladroite des armoiries officielles nationales, à des incohérences de date ou de signature, et à la falsification des tampons. Si le requérant fait valoir qu'il a été estimé mineur B les services du département lors d'une évaluation réalisée le 27 janvier 2020, il ne la produit pas et n'oppose aucun élément de justification sérieux et argumenté aux multiples anomalies qui ont été relevées B ce rapport d'analyse documentaire. Dans ces conditions, le préfet de la Nièvre a pu à bon droit estimer que le requérant ne justifiait pas entrer dans les prévisions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de refuser de régulariser la situation d'un étranger au titre de la vie privée et familiale d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.
10. M. A se disant Sylla, inscrit en 2020-2021 et 2021-2022 au lycée professionnel Pierre Bérégovoy de Nevers dans une formation de certificat d'aptitude professionnelle " carrosserie ", a parallèlement obtenu un diplôme d'études en langue française et a bénéficié d'un contrat jeune majeur à compter du 6 avril 2022. Toutefois, célibataire et sans enfant, il n'a pas d'attaches familiales en France et n'établit pas être isolé dans son pays d'origine ni se trouver dans l'impossibilité d'y poursuivre ses études. B ailleurs, s'il se prévaut de problèmes auditifs pour lesquels il pourrait bénéficier d'un appareil auditif, il ressort du certificat médical du 13 juin 2022 qu'aucune anomalie n'a été détectée après examen. Dans ces conditions, le refus de titre de séjour attaqué ne peut être regardé comme portant une atteinte excessive au droit de M. A se disant Sylla au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels il a été adopté. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, le refus de titre de séjour n'encourant pas la censure du tribunal, M. A se disant Sylla excipe vainement de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la mesure d'éloignement contestée.
12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du présent jugement, M. A se disant Sylla n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées B M. A se disant Sylla doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. B suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A se disant Sylla demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. A se disant Sylla tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A se disant Sylla est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant Mamadou Sylla, au préfet de la Nièvre et à la SCP Bon, de Saulce Latour.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
M. Hugez, premier conseiller,
Mme Hascoët, première conseillère.
Rendu public B mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
Le président-rapporteur,
P. E
L'assesseur le plus ancien,
I. Hugez
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au préfet de de la Nièvre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026