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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202237

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202237

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202237
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSI HASSEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 août 2022, M. A C, représenté par Me Si Hassen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 mai 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, ensemble la décision du 1er août 2022 rejetant son recours gracieux formé le 7 juillet 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à Me Si Hassen, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la contribution de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- les décisions litigieuses sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elles méconnaissent les dispositions des articles L. 423-23, L. 435-1, L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement, sur proposition du rapporteur public, l'a dispensé de présenter des conclusions sur ces affaires en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Si Hassen, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant arménien né le 24 décembre 1981, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 30 octobre 2017. Le 27 juillet 2018, il a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 31 juillet 2019. Le requérant s'est maintenu sur le territoire français en s'abstenant d'exécuter la mesure d'éloignement qui été prise à son encontre le 9 décembre 2019. Le 11 juillet 2021, M. C a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par une décision du 11 mai 2022, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par une décision du 1er août 2022, le préfet de Saône-et-Loire a rejeté le recours gracieux formé par M. C le 7 juillet 2022. Par la présente requête,

M. C demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les décisions contestées ont été signées par M. David-Anthony Delavoët, secrétaire général de la préfecture de Saône-et-Loire, investi à cet effet d'une délégation selon un arrêté du 31 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 71-2022-021 de la préfecture de Saône-et-Loire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet de Saône-et-Loire n'aurait pas, préalablement à son édiction, procédé à un examen particulier de la situation de M. C. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions litigieuses seraient entachées d'un défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention

" salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. C, qui déclare être entré en France en 2017 à l'âge de trente-cinq ans, et qui s'y est maintenu en s'abstenant d'exécuter la mesure d'éloignement qui a été prise à son encontre en décembre 2019, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans et où résident son épouse et sa fille. S'il justifie avoir été compagnon au sein de l'association Emmaüs et a, à cette occasion, tissé des liens amicaux avec des membres et des clients de l'association, cette seule circonstance est toutefois insuffisante pour caractériser des considérations humanitaires ou constituer des motifs exceptionnels justifiant qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " lui soit accordée. D'autre part, si M. C a été employé en qualité de travailleur solidaire au sein de la communauté Emmaüs de l'Autunois pendant trois années durant lesquelles ses qualités ont été reconnues, et alors qu'il se prévaut d'une promesse d'embauche par une association pour un contrat à durée déterminée d'un an pour un poste d'agent d'entretien, ces circonstances ne caractérisent pas un motif exceptionnel au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu notamment des caractéristiques de l'emploi auquel il postule. Dans ces conditions, eu égard au large pouvoir dont dispose l'administration, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger accueilli par les organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles et justifiant de trois années d'activité ininterrompue au sein de ce dernier, du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration, peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes des dispositions du premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles : " Les organismes assurant l'accueil ainsi que l'hébergement ou le logement de personnes en difficultés et qui ne relèvent pas de l'article L. 312-1 peuvent faire participer ces personnes à des activités d'économie solidaire afin de favoriser leur insertion sociale et professionnelle. () ".

8. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger justifie de trois années d'activité ininterrompue dans un organisme de travail solidaire, qu'il ne vive pas en état de polygamie et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

9. M. C est accueilli depuis juillet 2018 par la communauté Emmaüs qui dispose du statut d'organisme assurant l'accueil ainsi que l'hébergement ou le logement de personnes en difficultés au sens des dispositions du premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles. Si le rapport de la responsable de la communauté d'Emmaüs de l'Autunois, rédigé le 11 juillet 2021, indique que le requérant a occupé différents postes le conduisant notamment à organiser un rayon, tenir une caisse, trier les objets et matériaux, qu'il justifie d'une maîtrise de la langue française correspondant au niveau A2, et qu'il est un compagnon reconnu pour ses qualités humaines, et si l'intéressé se prévaut d'une promesse d'embauche par une association pour un contrat à durée déterminée d'un an en qualité d'agent d'entretien, ces circonstances sont cependant insuffisantes, compte tenu notamment des caractéristiques de l'emploi auquel il postule, du fait qu'il ne justifie d'aucune qualification afférente aux expériences professionnelles qu'il mentionne dans son curriculum vitae de nature à lui offrir des perspectives d'intégration sérieuses et réelles, et au regard du large pouvoir dont dispose l'autorité préfectorale, pour établir que le préfet aurait entaché sa décision refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

11. M. C fait valoir qu'il réside sur le territoire français depuis 2017, se prévaut de son activité au sein de la communauté Emmaüs depuis juillet 2018, pour laquelle ses qualités sont reconnues, et d'une promesse d'embauche pour un contrat à durée déterminée d'un an en qualité d'agent d'entretien. Il justifie d'une maîtrise de la langue française correspondant au niveau A2, d'une intégration au sein de la communauté Emmaüs depuis juillet 2018 et il a exposé, en qualité de peintre, ses œuvres les 21 et 22 mai 2022 pour une association du Creusot. Toutefois, M. C s'est maintenu sur le territoire français en dépit de la mesure d'éloignement qui a été prise à son encontre le 9 décembre 2019 et il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans et où résident son épouse et sa fille. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour n'a pas porté au droit de

M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et n'a, par suite, méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Si Hassen.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

Mme Hascoët, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

P. B

L'assesseur le plus ancien,

I. Hugez

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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