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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202271

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202271

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202271
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBIGARNET VALENTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 août 2022, M. A se disant Oumarou Magassa, représenté par Me Bigarnet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2022 par lequel le préfet de la Nièvre lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Nièvre de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est illégale dès lors que rien ne permet de remettre en cause l'authenticité de ses documents d'état civil ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire consacré par les articles L. 121-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- la décision portant fixation du pays de destination est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2022, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A se disant Magassa a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement, sur proposition du rapporteur public, l'a dispensé de présenter des conclusions sur ces affaires en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été seulement entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. B, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant Oumarou Magassa, qui se prévaut d'une nationalité malienne, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 15 septembre 2018, selon ses déclarations. Il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Nièvre le 7 décembre 2018, lesquels ont sollicité pour son compte, le 20 janvier 2021, un titre de séjour. Par un arrêté du 20 mai 2022, le préfet de la Nièvre a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Par la présente requête, M. A se disant Magassa demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Dès lors que l'aide juridictionnelle totale a été accordée au requérant en cours d'instance, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

4. La décision refusant d'accorder un titre de séjour mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Le moyen tiré de son insuffisante motivation, à le supposer soulevé, doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

6. Pour refuser au requérant le titre de séjour sollicité sur le fondement de ces dispositions, le préfet de la Nièvre s'est fondé sur le caractère frauduleux des documents d'état civil présentés, pour en tirer la conclusion que, l'intéressé n'établissant pas son identité et son état-civil, il ne remplissait pas la condition d'âge prévue par les dispositions précitées.

7. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " la vérification des actes d'état civil étrangers est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". L'article 47 du code civil auquel il est ainsi renvoyé dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Cette présomption de validité d'un acte d'état civil établi peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un tel acte, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

8. En l'espèce, M. A se disant Magassa a produit, à l'appui de sa demande de titre de séjour, un acte de naissance daté du 22 juin 2015, un extrait d'acte de naissance certifié conforme à l'original daté du 22 juin 2015, un acte de naissance daté du 18 juin 2021, un extrait des minutes du jugement supplétif du tribunal de première instance de Diema, un acte de décès au nom de Dipa Magassa daté du 14 juillet 2016 et un extrait de cet acte de décès. Ces documents ont fait l'objet d'un rapport d'examen technique documentaire des services de la police aux frontières, le 14 février 2022, concluant à leur contrefaçon, après avoir relevé plusieurs irrégularités liées notamment à l'absence de toute sécurité documentaire, à de multiples et grossières fautes d'orthographe et à la réalisation artisanale d'un cachet humide. Si M. A se disant Magassa nie toute fraude, il n'oppose cependant aucun d'élément de justification sérieux et argumenté aux multiples anomalies ainsi relevées par ce rapport d'analyse documentaire. Dans ces conditions, le préfet de la Nièvre, qui n'était pas tenu de saisir les autorités maliennes aux fins de vérifier l'authenticité des documents produits, a pu à bon droit estimer que le requérant ne justifiait pas entrer dans les prévisions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de refuser de régulariser la situation d'un étranger au titre de la vie privée et familiale d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

10. M. A se disant Magassa, inscrit en 2019-2020 au lycée professionnel Pierre Bérégovoy de Nevers dans l'unité pédagogique pour élèves allophones, puis en 2020-2021 en première année en vue de l'obtention d'un certificat d'apprentissage professionnelle " boulanger ", a obtenu un contrat d'apprentissage boulangerie du 1er octobre 2020 au 31 août 2022, renouvelé du 1er septembre 2022 au 31 août 2023, a bénéficié d'un contrat jeune majeur à compter du 28 février 2021, renouvelé plusieurs fois jusqu'au 27 août 2022 et justifie d'une maîtrise de la langue française correspondant au niveau A1. Toutefois, célibataire et sans enfant, il n'a pas d'attaches familiales en France et n'établit pas être isolé dans son pays d'origine ni se trouver dans l'impossibilité d'y poursuivre ses études. Dans ces conditions, le refus de titre de séjour attaqué ne peut être regardé comme portant une atteinte excessive au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels il a été adopté. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, la décision contestée mentionne qu'elle est prise sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. A se disant Magassa peut être éloigné du territoire français dès lors que le titre de séjour qu'il a demandé lui est refusé et qu'il n'entre dans aucune des catégories d'étrangers, limitativement énumérées à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, la décision litigieuse est suffisamment motivée.

12. En deuxième lieu, il ressort de l'ensemble des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français ainsi que les décisions qui l'accompagnent. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions soumises à une exigence de motivation et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire, ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le requérant n'assortissant par ailleurs son moyen tiré de la méconnaissance de la Constitution ou de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

13. En troisième lieu, le refus de titre de séjour n'encourant pas la censure du tribunal, M. A se disant Magassa excipe vainement de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision d'éloignement.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

14. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'encourant pas la censure du tribunal, M. A se disant Magassa excipe vainement de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant fixation du pays de destination.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A se disant Magassa doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A se disant Magassa demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. A se disant Magassa tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A se disant Magassa est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant Oumarou Magassa, au préfet de la Nièvre et à Me Bigarnet.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

Mme Hascoët, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

P. B

L'assesseur le plus ancien,

I. Hugez

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de de la Nièvre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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