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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202290

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202290

mardi 10 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202290
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationDESSEIX Mélody
Avocat requérantRIQUET-MICHEL ADRIENNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 août 2022, Mme A C, représentée par Me Riquet-Michel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans la même condition de délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen particulier de sa situation, et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué ne contenant pas de décision de refus de séjour, les moyens dirigés contre une telle décision ne pourront qu'être rejetés ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative,

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Le président du tribunal a désigné Mme DESSEIX en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 16 décembre 2022 à 10h30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de Mme Desseix, magistrate désignée, et les observations de Me Riquet-Michel représentant Mme C, qui s'en rapporte à ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante géorgienne née le 28 octobre 1964, est entrée irrégulièrement en France le 7 novembre 2016 selon ses déclarations. Par une décision en date du 2 mai 2018, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 5 mars 2019. Le 1er avril 2019, le préfet du Gard a pris un arrêté obligeant l'intéressée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination. Par un jugement en date du 5 juin 2019, le Tribunal administratif de Nîmes a rejeté la requête de Mme C tendant à l'annulation de cet arrêté. Le 7 mars 2022, l'intéressée a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. L'OFPRA a déclaré sa demande de réexamen irrecevable par une décision du 10 mars 2022. Par un arrêté en date du 5 août 2022, dont elle demande l'annulation, le préfet de Saône-et-Loire a fait obligation à Mme C de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme C par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 4 novembre 2022. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur la demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les textes internationaux et nationaux pertinents et notamment le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne les conditions d'entrée et de séjour en France de Mme C.et examine les conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire français au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, la requérante était en mesure de comprendre les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'elle conteste. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation en fait et en droit doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision en litige, telle que rappelée au point 4 ci-dessus, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme C. Dans ces conditions, le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressée doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Mme C se prévaut de la présence en France, en situation régulière, de plusieurs membres de sa famille et notamment son fils, ses deux frères et son père. Toutefois, son mari et son autre fils ne résident pas en France, et l'intéressée a vécu l'essentiel de son existence en Géorgie, pays dans lequel elle n'établit ni qu'elle serait dépourvue d'attaches privées et familiales, ni qu'elle ne pourrait reconstituer la cellule familiale avec son époux et son fils, qui résident irrégulièrement en Grèce. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". Si Mme C, qui souffre notamment d'un diabète de type 2 et d'hypertension, se prévaut de son état de santé, les pièces qu'elle produit dans le cadre de la présente instance, si elles justifient que son état de santé nécessite une prise en charge médicale, n'établissent en revanche ni que le défaut de soins pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni en tout état de cause, que l'intéressée ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

9. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 6 et 7, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

10. Enfin, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 9 que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 5 août 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions de la requête à fin d'injonction ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 :

13. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Toutefois, les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement au conseil de la requérante de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire formulée par Mme C.

Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Riquet Michel et au préfet de Saône-et-Loire.

Copie en sera adressé pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2023.

La magistrate désignée,

M. DESSEIXLa greffière,

E. HERIQUE

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier

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