mardi 10 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2202321 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | DESSEIX Mélody |
| Avocat requérant | RIQUET-MICHEL ADRIENNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 septembre 2022, M. A E, représenté par Me Riquet-Michel, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 août 2022 par lequel le préfet de la Côte d'Or a rejeté sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Côte d'Or de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans la même condition de délai ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision de refus de séjour est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- la décision de refus de séjour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet n'a pas examiné sa demande de titre de séjour déposée sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de destination est privée de toute base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Le préfet de la Côte d'Or n'a pas produit d'observations écrites en défense.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative,
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Le président du tribunal a désigné Mme C en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 16 décembre 2022 à 10h30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Desseix, magistrate désignée,
- les observations de Me Riquet-Michel représentant M. E, qui demande un report d'audience afin de permettre la traduction de nouvelles pièces prouvant qu'il n'a jamais vécu en Arménie, mais en Ukraine puis en Russie, et qui reprend et développe les moyens de sa requête ;
- ainsi que les observations de M. D, représentant le préfet de la Côte d'Or, qui fait valoir que l'arrêté attaqué ne prononce pas de refus de séjour mais une obligation de quitter le territoire français suite au refus d'asile, que le moyen tiré de l'article 8 de la CEDH est inopérant (CE, 17 mars 2017, n° 405586), que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation ; que le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté dès lors que la demande de titre de séjour en qualité de conjoint de réfugié a été déposée postérieurement à l'arrêté attaqué ; qu'en tant que conjoint de réfugié, M. E doit respecter la procédure de réunification familiale, que le fait de retourner en Arménie dans l'attente d'un visa ne porte pas atteinte à l'article 8 de la CEDH, que pour que sa demande de carte de résident en tant que conjoint de réfugié soir recevable, il doit présenter un visa délivré par les autorités du pays dans lequel il demande la réunification familiale ; que le moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de séjour dirigé contre l' obligation de quitter le territoire français doit être écarté ; que la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnait ni les stipulations de l'article 8 de la CEDH, ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors que M. E peut repartir temporairement en Arménie, le cas échéant avec son épouse et leur enfant, pour solliciter un visa dans le cadre de la procédure de réunification familiale (CAA Versailles n°16VE00998) ; enfin, que la décision fixant le pays de destination ne méconnait pas les stipulations de l'article 3 de la CEDH, le requérant ne faisant état d'aucune circonstance de nature à établir qu'il serait exposé à des risques en Arménie.
Considérant ce qui suit :
1. M. A E, qui possède la double nationalité arménienne et russe, est entré irrégulièrement en France le 11 février 2020 et a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié. L'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande par décision du 3 mars 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 22 avril 2022. Par un arrêté en date du 17 août 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de la Côte d'Or a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. E par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 4 novembre 2022. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur la demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour au titre de l'asile :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Dans le cas où le préfet se borne à rejeter une demande d'autorisation de séjour présentée uniquement au titre de l'asile, sans examiner d'office d'autres motifs d'accorder un titre à l'intéressé, ce dernier ne peut utilement soulever, devant le juge de l'excès de pouvoir saisi de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus du préfet, des moyens de légalité interne sans rapport avec la teneur de la décision contestée. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'appui du recours formé contre une décision de refus motivée uniquement par le rejet de la demande d'asile ou de la protection subsidiaire, l'invocation des stipulations de l'article 8 étant sans incidence sur l'appréciation que doit porter l'autorité administrative sur la délivrance des autorisations de séjour demandées au titre de l'asile ou de la protection subsidiaire.
6. En revanche, lorsque le préfet, statuant sur la demande de titre de séjour, examine d'office si l'étranger est susceptible de se voir délivrer un titre sur un autre fondement que l'asile, tous les motifs de rejet de la demande, y compris donc les motifs se prononçant sur les fondements examinés d'office par le préfet, peuvent être utilement contestés devant le juge de l'excès de pouvoir. Il en va, par exemple, ainsi si la décision de refus de titre de séjour a pour motif que le demandeur n'entre dans aucun cas d'attribution d'un titre de séjour de plein droit ou que le refus ne porte pas d'atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé.
7. En l'espèce, l'arrêté par lequel le préfet de la Côte d'Or a refusé l'admission au séjour de M. E au titre de l'asile et prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français mentionne que " la décision qui lui est opposée ne contrevient pas aux dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ". En l'absence de précision sur la décision à laquelle se réfère le préfet, celui-ci doit être regardé comme ayant examiné tant ses décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination que sa décision de refus d'admission au séjour au titre de l'asile à l'aune du droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le préfet de la côte d'Or n'est pas fondé à soutenir que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales serait inopérant à l'encontre du refus de séjour opposé à M. E.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. E est marié depuis 2006 à Mme B F, ressortissante russe, qui s'est vue reconnaître la qualité de réfugiée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 22 avril 2022, et que le couple a un enfant, né en France le 13 juillet 2022. Pour refuser de reconnaitre la qualité de réfugié à M. E, la Cour nationale du droit d'asile a considéré que celui-ci ne fait pas état de craintes de persécutions en Arménie au sens de l'article 1er, A, 2 de la convention de Genève, et que le principe de l'unité de famille ne trouvait pas à s'appliquer, en raison de la double nationalité de l'intéressé, dès lors que celui-ci peut se prévaloir de la protection de l'Arménie. Une telle appréciation, qui porte sur le bénéfice de la qualité de réfugié en application des stipulations de la convention de Genève, et non sur le respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, ne saurait être reprise pour l'application des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont le respect s'apprécie en tenant compte de la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France, au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment du parcours de M. E tel que retracé dans la décision de la Cour nationale du droit d'asile et qui n'a pas été contesté en défense par le préfet de la Côte d'Or, que si l'intéressé dispose de la nationalité arménienne, pays dans lequel il est né, il a quitté ce pays alors qu'il était enfant, et a ensuite vécu successivement en Ukraine puis en Russie. L'intéressé soutient, sans être contredit, ne disposer d'aucune attache personnelle ou familiale en Arménie, pays dont son épouse n'a pas la nationalité. Ainsi, la famille de M. E a vocation à s'installer en France, pays qui a accordé la qualité de réfugiée à son épouse, laquelle ne dispose pas plus que son mari d'attaches en Arménie. Dans ces conditions, et nonobstant l'arrivée récente du requérant sur le territoire français, il est fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales. Le refus d'admission au séjour de M. E doit, pour ce second motif, être annulé.
10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision par laquelle le préfet de la Côte d'Or a refusé l'admission au séjour de M. E doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant l'Arménie comme pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement implique nécessairement, en égard à ses motifs, que le préfet de la Côte d'Or délivre à M. E, dans l'attente de l'examen de sa demande de carte de résident en qualité de conjoint de réfugiée, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 :
12. M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser au conseil de M. E, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire formulée par M. E.
Article 2 : L'arrêté du 17 août 2022 par lequel le préfet de la Côte d'Or a rejeté sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Côte d'Or de délivrer à M. E une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Article 4 : L'Etat versera à Me Riquet-Michel, avocate de M. E, une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Riquet-Michel et au préfet de la Côte d'Or.
Copie en sera adressé pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dijon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2023.
La magistrate désignée,
M. CLa greffière,
E. HERIQUE
La République mande et ordonne au préfet de la Côte d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026