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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202349

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202349

mercredi 14 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202349
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantHEBMANN JULIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 8 septembre 2022, enregistrée le même jour au greffe du tribunal administratif de Dijon, le magistrat désigné du tribunal administratif de Nancy a renvoyé au tribunal administratif de Dijon la requête, enregistrée le 2 septembre 2022, par laquelle M. C Marquis demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2022 par lequel le préfet de la Nièvre a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Nièvre de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions contestées sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte, d'un défaut de motivation, et elles n'ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'illégalité dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public, et qu'il ne présente pas de risque de fuite ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de sa durée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2022, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive, l'arrêté attaqué ayant été notifié en langue anglaise qu'il comprend le 25 juillet 2022 à 10 heures 10, avec l'intervention téléphonique d'un interprète ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Nicolet, président, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, avec le concours d'un interprète en langue anglaise, M. A :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Hebmann, pour le compte du requérant, qui a d'une part soutenu que la requête enregistrée le 2 septembre 2022 n'est pas tardive dès lors que ni l'identité ni la signature de l'interprète ne figurent sur le document de notification du 25 juillet 2022 de l'arrêté du 20 juillet 2022, alors que la notification du 4 septembre 2022 de l'assignation à résidence mentionne l'identité de l'interprète, et qu'il a des liens avec sa fille de nationalité française, et a d'autre part demandé l'annulation de l'assignation à résidence du 4 septembre 2022 décidée par le préfet de la Nièvre, en soutenant qu'elle est entachée de disproportion dès lors qu'il réside chez sa tante à Bourges.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C Marquis, ressortissant de Sainte-Lucie né le 11 juin 1997, demande au tribunal d'annuler, d'une part l'arrêté du 20 juillet 2022 par lequel le préfet de la Nièvre a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, et d'autre part l'arrêté du 4 septembre 2022 par lequel le préfet de la Nièvre l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département de la Nièvre.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence, d'accorder au requérant l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur l'étendue du litige :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, applicable en cas d'assignation à résidence : " () lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. ".

6. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au magistrat désigné de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence, et des conclusions accessoires dont elles sont assorties. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour ni sur les conclusions accessoires dont elles sont assorties.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de l'arrêté du 20 juillet 2022 :

7. L'arrêté du 20 juillet 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai a été notifié le 25 juillet 2022 alors que l'intéressé était en détention. Et depuis l'entrée en vigueur des articles R. 776-19, R. 776-29 et R. 776-31 du code de justice administrative, notamment, pour les étrangers détenus, des dispositions issues du décret n° 2016-1458 du 28 octobre 2016, il incombe à l'administration, pour de telles décisions, de faire figurer, dans leur notification à un étranger retenu ou détenu, la possibilité de déposer sa requête dans le délai de recours contentieux auprès de l'administration chargée de la rétention ou du chef de l'établissement pénitentiaire. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette mention ait figuré dans le document de notification de cet arrêté. Par suite, le délai de recours contentieux n'a pas été déclenché. La fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Nièvre, tirée de la tardiveté des conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français, doit être écartée.

8. Par un arrêté du 20 juin 2002, publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de la Nièvre a accordé à Mme Blandine Georjon, secrétaire générale de la préfecture, délégation à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français figurant dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français figurant dans l'arrêté contesté doit être écarté.

9. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français figurant dans l'arrêté contesté du 20 juin 2022 mentionnent les considérations de droit et de fait qui les fondent, et l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an indique, d'une part que depuis sa première entrée en France en 2018, puis en 2020, le requérant, qui n'a pas exécuté la mesure d'éloignement prise à son encontre le 15 juillet 2020, ne justifie d'aucune intégration sociale ou professionnelle, que l'intéressé, durant son bref séjour en France qui a débuté en juillet 2019, est célibataire, et que, s'il se déclare parent d'enfant français, il n'apporte pas la preuve de sa contribution effective à l'entretien et l'éducation des enfants dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, les liens de l'intéressé avec la France se limitant à la présence de sa tante, et d'autre part que la fiche pénale émanant de la maison d'arrêt de Nevers établie le 21 avril 2022 fait état d'un comportement constituant une menace à l'ordre public en raison d'une condamnation à six mois d'emprisonnement pour des faits de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui prononcée par jugement du tribunal correctionnel de Bourges du 21 avril 2022, satisfaisant ainsi aux critères prescrits par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du défaut de motivation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

10. Le requérant ne peut utilement invoquer les conditions de notification des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français, qui sont sans incidence sur leur légalité.

11. L'entrée en France du requérant, le 26 juillet 2019, après l'exécution d'une mesure d'éloignement prise à son encontre le 24 juin 2018, est très récente, et l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français sans avoir exécuté la seconde mesure d'éloignement prise à son encontre par le préfet du Cher le 15 juillet 2020. Le requérant, qui a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de vingt-deux ans, et qui n'établit pas y être dépourvu de toute attache familiale, est célibataire, sans profession, et a été notamment condamné le 3 juillet 2019 pour des faits de violence conjugale, menace de mort, violation de domicile et destruction d'un bien appartenant à autrui, puis de nouveau à une peine de six mois d'emprisonnement par un arrêt de la Cour d'appel de Bourges du 6 janvier 2022, pour des faits de dégradation d'un véhicule commis le 22 juin 2021. Si l'intéressé, qui a déclaré vivre à l'hôtel avant son incarcération avec une amie avec laquelle il entretenait une relation de couple, et qui serait repartie en Grande-Bretagne, se déclare père de deux filles mineures, il n'a pas reconnu la première qui réside avec sa mère en Martinique, et il n'établit ni la filiation ni la nationalité de l'autre âgée de dix mois qui réside avec sa mère à Bourges, alors que le service d'insertion et de probation de la maison d'arrêt de Nevers a constaté qu'aucun contact n'a été établi durant son incarcération ni avec l'enfant ni avec sa mère. Au regard de l'ensemble de ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, soulevé à l'encontre de la mesure d'éloignement et de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

12. Les moyens tirés de ce que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire serait entachée d'illégalité dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public, et qu'il ne présente pas de risque de fuite, ne sont assortis d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé, alors qu'en tout état de cause la décision contestée a été prise au motif qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement prise à son encontre, sur le fondement des dispositions du 3e de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a pas exécuté la seconde mesure d'éloignement prise à son encontre le 15 juillet 2020, en application des dispositions du 5e de l'article L. 612-3 du même code.

13. Le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays destination méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

14. Le moyen tiré de ce que la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an serait entachée d'erreur d'appréciation au regard de sa durée n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé, alors qu'en tout état de cause il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en fixant une durée d'interdiction de retour sur le territoire d'un an au regard des faits qui ont été pris en compte par le préfet pour fixer la durée de l'interdiction de retour en application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, rappelés au point 9.

S'agissant de l'arrêté du 4 septembre 2022 :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation :

15. Le préfet de la Nièvre, qui a considéré que le requérant ne justifiait pas d'un domicile fixe, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, en application des dispositions du 1e de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le département de la Nièvre, en lui prescrivant de se présenter quotidiennement au commissariat de Nevers. Si le requérant soutient que cette assignation à Nevers est disproportionnée dès lors qu'il résiderait chez sa tante à Bourges, il n'en justifie cependant par aucune pièce.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence présentées par le requérant doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'aide juridictionnelle est accordée à titre provisoire à M. Marquis.

Article 2 : Les conclusions de la requête de M. Marquis dirigées contre la décision portant refus de séjour, contenue dans l'arrêté du 20 juillet 2022, les conclusions accessoires dont elles sont assorties, ainsi que les conclusions relatives aux frais de l'instance, sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. Marquis est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C Marquis, au préfet de la Nièvre et à Me Hebmann.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

P. BLe greffier,

L. Lelong

La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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