jeudi 12 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2202381 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET ADAES AVOCATS (SARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 septembre 2022 et 24 octobre 2023, la société SCCV Branly Changenet, représentée par Me Egret, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de réviser la décision du 7 juillet 2022 par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé de faire droit à sa demande de dégrèvement de la taxe d'aménagement et de la redevance d'archéologie préventive auxquelles elle a été assujettie ;
2°) d'ordonner l'exonération de la part communale de la taxe d'aménagement à laquelle elle a été assujettie ;
3°) de prononcer la décharge de la somme de 161 940 euros correspondant à la taxe d'aménagement ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les terrains d'assiette des constructions auraient dû être exonérés de la part communale de la taxe d'aménagement dès lors qu'ils sont situés dans la zone d'aménagement concerté (ZAC) " centre-ville " de la commune de Chenôve et que les équipements publics n'ont pas été pris en charge par la commune mais par l'aménageur de la ZAC et le constructeur ainsi que cela ressort du cahier des charges de cession des terrains ;
- la délibération du conseil municipal de la commune de Chenôve du 22 septembre 2008 créant la ZAC " centre-ville " méconnait le 5° de l'article L. 331-7 du code de l'urbanisme en tant qu'elle prévoit l'application de la taxe d'aménagement alors que les équipements publics ont été pris en charge par l'aménageur de la ZAC et le constructeur.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 janvier 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 1er décembre 2023, la commune de Chenôve représentée par Me Corneloup conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société SCCV Branly Changenet la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à la direction départementale des finances publiques de Saône-et-Loire, qui n'a pas produit d'observations.
Par une ordonnance du 17 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique,
- les observations de Me De Mesnard, représentant la commune de Chenôve.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 21 octobre 2021, le maire de Chenôve a transféré à la société SCCV Branly Changenet le permis de construire délivré le 8 janvier 2021 à la SCCV Patrimonio Uno pour la construction d'un ensemble immobilier à usage d'habitation et de commerce de soixante-treize logements et six cellules commerciales, situé dans la zone d'aménagement concerté (ZAC) de rénovation urbaine " centre-ville " de la commune de Chenôve. La taxe d'aménagement et la redevance d'archéologie préventive ont été liquidées par la direction départementale des territoires de la Côte-d'Or. Elles ont été mises en recouvrement par deux titres de perception du 18 février 2022 pour des montants respectifs de 105 069 euros au titre de la première fraction de la taxe d'aménagement, et 13 341 euros au titre de la redevance d'archéologie préventive. Par une décision du 7 juillet 2022, la direction départementale des territoires de la Côte-d'Or a rejeté la réclamation contentieuse en date du 22 juin 2022 de la société SCCV Branly Changenet. Par sa requête, la société SCCV Branly Changenet doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du
7 juillet 2022 en tant que l'exonération de la part communale de la taxe d'aménagement lui a été refusée, d'une part, et de prononcer la décharge de la taxe d'aménagement à hauteur de 161 940 euros, d'autre part.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 331-1 du code de l'urbanisme : " En vue de financer les actions et opérations contribuant à la réalisation des objectifs définis à l'article L. 101-2, les communes () perçoivent une taxe d'aménagement ". Aux termes de l'article
L. 331-2 de ce code : " La part communale ou intercommunale de la taxe d'aménagement est instituée : / 1° De plein droit dans les communes dotées d'un plan local d'urbanisme (), sauf renonciation expresse décidée par délibération () ". Aux termes de l'article R. 311-2 de ce code : " La personne publique qui a pris l'initiative de la création de la zone constitue un dossier de création, approuvé () par son organe délibérant. () / Le dossier précise également si la part communale ou intercommunale de la taxe d'aménagement sera ou non exigible dans la zone ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 331-6 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Les opérations d'aménagement et les opérations de construction () des bâtiments, installations ou aménagements de toute nature soumises à un régime d'autorisation en vertu du présent code donnent lieu au paiement d'une taxe d'aménagement, sous réserve des dispositions des articles L. 331-7 à L. 331-9. / Les redevables de la taxe sont les personnes bénéficiaires des autorisations mentionnées au premier alinéa du présent article (). / Le fait générateur de la taxe est, selon les cas, la date de délivrance de l'autorisation de construire () ". L'article L. 331-7 de ce code dispose, dans sa version applicable au litige : " Sont exonérés de la part communale () de la taxe () 5° Les constructions et aménagements réalisés dans les zones d'aménagement concerté mentionnées à l'article L. 311-1 lorsque le coût des équipements publics, dont la liste est fixée par un décret en Conseil d'Etat, a été mis à la charge des constructeurs ou des aménageurs () ". Et aux termes de l'article R. 331-6 du même code : " Dans les zones d'aménagement concerté, l'exonération prévue au 5° de l'article L. 331-7 est subordonnée à la condition que soit pris en charge par l'aménageur ou le constructeur au moins le coût des équipements publics suivants : () 2° Dans le cas de zones d'aménagement concerté de rénovation urbaine : / a) Les voies d'accès aux immeubles inclus dans le périmètre de rénovation et les réseaux qui leur sont rattachés ; / b) Les espaces verts et les aires de stationnement correspondant aux seuls besoins des habitants des immeubles concernés ".
4. En premier lieu, pour assujettir la SCCV Branly Changenet à la taxe d'aménagement, l'autorité administrative s'est fondée sur le permis de construire délivré le 8 janvier 2021 et sur la délibération du 22 septembre 2008 du conseil municipal de la commune de Chenôve créant la ZAC de rénovation urbaine " centre-ville ". La société requérante excipe de l'illégalité de cette délibération qui méconnaîtrait les dispositions du 5° de l'article L. 331-7 du code de l'urbanisme en ce qu'elle prévoit l'application de la taxe d'aménagement alors que les équipements publics ont été pris en charge par l'aménageur de la ZAC et le constructeur. Or, cette délibération qui " approuve l'application du régime de la taxe locale d'équipement ", devenue la taxe d'aménagement à compter de 2012, n'a ni pour objet ni pour effet d'exclure du bénéfice de l'exonération de droit de la part communale prévue par le 5° de l'article L. 331-7 du code de l'urbanisme, l'aménageur ou le constructeur qui en remplirait les conditions. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la délibération du 8 janvier 2021 doit être écarté.
5. En second lieu, la société requérante soutient qu'en application des dispositions du 5° de l'article L. 331-7 du code de l'urbanisme, elle doit être exonérée de la part communale de la taxe d'aménagement dès lors que les équipements publics de la ZAC ont été mis à sa charge et à celle de l'aménageur, ainsi que cela ressort du cahier des charges de cession des terrains signé le 17 novembre 2022.
6. Il incombe à un constructeur qui entend obtenir la décharge de la taxe d'aménagement en se prévalant de l'exonération prévue par le 5° de l'article L. 331-7 du code de l'urbanisme, d'établir que le coût des équipements mentionnés à l'article R. 331-6 du même code, a été mis à sa charge antérieurement à la date de délivrance du permis de construire qui constitue le fait générateur de la taxe.
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le cahier des charges de cession des terrains dont se prévaut la société requérante a été signé postérieurement à la délivrance du permis de construire. En outre, le permis de construire délivré le 8 janvier 2021 précisait explicitement que " la présente autorisation est soumise au versement de la taxe d'aménagement () sauf si celle-ci a déjà été versée lors du diagnostic archéologique ".
8. Au surplus, ainsi que cela a été exposé au point 3, l'exonération de droit de la part communale de la taxe d'aménagement est subordonnée à la prise en charge, par l'aménageur ou le constructeur, dans les ZAC de rénovation urbaine, au moins du coût des voies d'accès aux immeubles inclus dans le périmètre de rénovation et les réseaux qui leur sont rattachés ainsi que les espaces verts et les aires de stationnement nécessaires aux nouveaux immeubles. Or, la société requérante se borne à soutenir que " l'aménageur a effectivement pris en charge certains équipements publics " sans démontrer par la moindre pièce qu'elle verse à l'instance ni, faute d'en préciser la nature, qu'il s'agirait des équipements mentionnés au 2° de l'article R. 331-6 du code de l'urbanisme précité ni qu'ils auraient été effectivement réalisés. En outre, si la société SCCV Branly Changenet fait valoir qu'en sa qualité de constructeur, elle doit entretenir les espaces verts et les zones de stationnement réalisés sur le terrain, ces aménagements ne constituent pas des équipements publics au sens des dispositions du 2° de l'article R. 331-6. En tout état de cause, la société requérante ne démontre par aucune des pièces qu'elle verse à l'instance, qu'elle aurait pris en charge le coût des équipements publics mentionnés au 2° de l'article R. 331-6 du code de l'urbanisme. Par suite, la SCCV Branly Changenet ne saurait se prévaloir, en application des dispositions précitées du 5° de l'article L. 331-7 du code de l'urbanisme, du droit à l'exonération de la part communale de la taxe d'aménagement.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la société SCCV Branly Changenet n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 7 juillet 2022 en tant que l'exonération de la part communale de la taxe d'aménagement lui a été refusée. Par voie de conséquence, les conclusions à fin de décharge de la somme de 161 940 euros correspondant à la taxe d'aménagement ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société SCCV Branly Changenet la somme demandée par la commune de Chenôve au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société SCCV Branly Changenet est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Chenôve au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société SCCV Branly Changenet, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la commune de Chenôve.
Copie en sera adressée à la direction départementale des finances publiques de Saône-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.
La rapporteure,
V. ALe président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2202381
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608358
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2607258
01/07/2026