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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202548

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202548

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202548
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 2 JU
Avocat requérantFIUMÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Fiumé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de l'Yonne lui a refusé le séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen, dans un délai de quinze jours et sous la même astreinte ;

3°) de condamner l'Etat à supporter les dépens.

Il soutient que :

- la décision lui refusant le séjour est illégale dès lors qu'un recours contre la décision de l'Office français de protection des apatrides est pendant devant la Cour nationale du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il remplit les conditions de délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement ;

- elle porte une atteinte au respect de son droit à une vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant le séjour ;

- elle porte une atteinte au respect de son droit à une vie privée et familiale ;

- la décision fixant un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2022, le préfet de l'Yonne, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. B le versement de la somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 août 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nicolet, magistrat désigné,

- et les observations de Me Ioannidou, représentant le préfet de l'Yonne, qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans le mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant bosnien né le 21 janvier 1979, est entré sur le territoire français le 16 octobre 2021 muni d'un passeport bosnien valable du 9 septembre 2019 au 9 septembre 2029 et d'une carte d'identité nationale bosnienne. Le 22 octobre 2021, il a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié sur le fondement de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 28 avril 2022. Par un arrêté du 10 juin 2022, le préfet de l'Yonne lui a refusé lui a refusé le séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision lui refusant le séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Selon l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Par dérogation à cet article, le droit de se maintenir sur le territoire prend fin, en vertu de l'article L. 542-2 dudit code : " 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ". Selon le 1° de l'article L. 531-24 de ce code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () ". Par décision du 9 octobre 2015, le conseil d'administration de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a décidé que la Bosnie-Herzégovine devait être considérée comme un pays d'origine sûr.

3. M. B fait valoir qu'il a contesté, devant la Cour nationale du droit d'asile, la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 28 avril 2022 lui refusant l'asile. Il ressort toutefois des pièces du dossier que sa demande d'asile a été examinée selon la procédure accélérée, en application du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la Bosnie-Herzégovine figurant au nombre des pays d'origine réputés sûrs. Ainsi, son droit au maintien sur le territoire français a pris effet à la date de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le 28 avril 2022. Par suite, en indiquant que M. B n'était pas autorisé à résider en France au titre de l'asile et en prescrivant son éloignement sans attendre la décision de la Cour nationale du droit d'asile, le préfet de la Côte-d'Or n'a commis aucune erreur de droit.

4. En deuxième lieu, M. B ne saurait utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni même une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions, dès lors qu'il n'a pas sollicité de titre de séjour sur le fondement de ces dispositions et que le préfet n'a pas fondé la décision contestée sur ces dispositions. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

6. M. B, entré en France depuis moins d'un an à la date de la décision attaquée, se prévaut d'une communauté de vie avec une ressortissante française depuis le 1er mai 2022, qui présente cependant un caractère très récent, et de leur projet de conclure un pacte civil de solidarité, qui n'est toutefois pas mentionné par sa compagne, laquelle se borne à attester qu'elle vit en couple avec l'intéressé. Le requérant se prévaut également de son état de santé et verse aux débats un certificat médical indiquant qu'il est atteint d'une paraparésie spastique nécessitant un suivi neurologique, des examens ainsi qu'une prise en charge thérapeutique. Toutefois, cet unique document médical, au demeurant postérieur à la décision attaquée, ne contient aucun élément de nature à établir que le défaut de prise en charge de sa pathologie pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement, en Bosnie-Herzégovine, d'un traitement approprié. Par ailleurs, le requérant ne saurait utilement faire valoir à l'encontre d'une décision refusant de lui accorder un titre de séjour, qui ne fixe pas le pays de destination, qu'il sera isolé en cas de retour dans son pays d'origine. Enfin, l'intéressé ne justifie pas d'une insertion professionnelle ou sociale sur le territoire français. Dans ces conditions, la décision litigieuse ne peut être regardée comme portant une atteinte excessive à ses intérêts privés et familiaux. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, la décision lui refusant le séjour n'encourant pas la censure du tribunal, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision d'éloignement porte une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire :

9. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'encourant pas la censure du tribunal, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'encourant pas la censure du tribunal, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Il suit de là que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative :

13. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".

14. Il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait exposé des dépens au sens des dispositions précitées. Ses conclusions tendant à la condamnation de l'Etat aux dépens ne peuvent ainsi qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, par le préfet de l'Yonne.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du préfet de l'Yonne présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Yonne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

P. CLa greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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