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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202576

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202576

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202576
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantBIGARNET VALENTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I/ Par une requête enregistrée le 1er octobre 2022 sous le n°2202576 et un mémoire enregistré le 5 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Bigarnet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, ainsi que la décision du même jour l'assignant à résidence pour une durée de 45 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de réexaminer sa situation ;

3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire n'est pas motivée, sa biographie étant incomplète et lacunaire ;

- elle a été prononcée sans respect de la procédure contradictoire ;

- il n'a pas été mis en mesure de faire valoir des observations sur la décision fixant le pays de renvoi ;

- le préfet n'a pas examiné s'il pouvait bénéficier d'une régularisation à titre exceptionnel sous l'angle de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision d'interdiction de retour et la décision d'assignation à résidence seront annulées pour les mêmes motifs.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Le préfet de la Côte-d'Or a présenté un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2022, à 9h43, après clôture de l'instruction prononcée à l'issue de l'audience à 9h40 qui n'a par conséquent pas été analysé.

II/ Par une requête enregistrée le 1er octobre 2022 sous le n°2202577, M. A B, représenté par Me Bigarnet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.

Il soutient que la décision d'assignation à résidence n'est pas nécessaire et est disproportionnée.

Le préfet de la Côte-d'Or a présenté un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2022, à 9h51, après clôture de l'instruction prononcée à l'issue de l'audience à 9h40, qui n'a par conséquent pas été analysé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D C,

- et les observations de Me Bigarnet, représentant M. B, qui d'une part, déclare se désister de la requête n° 22002577 , qui est sans objet dès lors que la décision d'assignation à résidence est attaquée dans la requête n°2202576, d'autre part reprend les moyens et conclusions de la requête n°2202576 ; il ajoute que les arrêtés ont été signés par une autorité incompétente, que le motif d'ordre public n'est pas établi, M. B n'ayant fait l'objet d'aucune condamnation, et que la durée de l'interdiction de retour est disproportionnée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 9h40.

Considérant ce qui suit :

1. M.Seif B, ressortissant algérien né le 16 janvier 1994 à Oran, est entré en France sous couvert d'un visa de court séjour valable jusqu'au 2 septembre 2022.

Le 27 septembre 2022, il a été découvert en situation irrégulière suite à son interpellation par les services de police. Par arrêté du 28 septembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Côte-d'Or a assigné M. B à résidence pour une durée de 45 jours.

Sur les conclusions de la requête n° 2202577

2. Le désistement d'instance de M. B, présenté à l'audience par son avocat, est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les conclusions de la requête n° 2202576

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B dans le dossier n° 2202576.

Sur les conclusions à fin d'annulation

S'agissant de la compétence de l'auteur des décisions

5. Les arrêtés contestés sont signés pour le préfet et par délégation, par M. Frédéric Carré, secrétaire général. En vertu d'un arrêté du 31 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 2 septembre 2022 de la préfecture de la Côte-d'Or, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation à M. Frédéric Carré, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département de la Côte-d'Or, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions attaquées. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes attaqués doit être écarté.

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour :

6. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les dispositions pertinentes de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de

M. B, et rappelle en particulier les dispositions de l'article L.611-1, permettant le prononcé d'une mesure d'éloignement, celles de l'article L.612-2 permettant de refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire et celles de L. 612-6, permettant le prononcé d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. L'arrêté mentionne les considérations propres à la situation du requérant sur lesquelles s'est fondé le préfet pour prononcer les décisions correspondantes. L'arrêté rappelle notamment les conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressé, ainsi que les éléments relatifs à sa vie privée et familiale ; à cet égard, il rappelle en particulier que le requérant s'est déclaré marié avec une ressortissante portugaise, qui réside au Portugal, que les membres de sa famille proche résident en Algérie et qu'il ne justifie pas de liens anciens, intenses et stables en France. Les décisions attaquées sont par suite suffisamment motivées.

7. En deuxième lieu, il ressort des dispositions du titre I du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution non seulement des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à un étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français mais aussi des décisions par lesquelles l'administration lui interdit le retour. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui reprennent celles de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 aujourd'hui abrogée, imposant de façon générale le respect d'une procédure contradictoire en préalable aux décisions individuelles soumises à l'exigence de motivation, ne peuvent être utilement invoquées par M. B à l'encontre des décisions attaquées. Le requérant ne peut davantage se prévaloir des dispositions applicables à la procédure contentieuse devant le tribunal.

8. Il ressort en tout état de cause des termes de l'arrêté attaqué que M. B a été entendu lors d'une audition le 28 septembre 2022 et il n'est pas allégué qu'il n'aurait pu, lors de cette audition, exposer ses observations et faire valoir les éléments relatifs à sa situation avant l'édiction des décisions contestés.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déclaré être marié avec une ressortissante portugaise demeurant au Portugal, mais dont il ne connaitrait pas l'adresse. Le requérant n'est entré en France que très récemment et a vécu l'essentiel de sa vie en Algérie, où résident sa mère et ses frères et sœur. Il n'apporte aucun élément quant à la nature des liens familiaux dont il disposerait en France. Par suite, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en édictant les décisions attaquées.

11. En quatrième lieu, M. B s'est maintenu irrégulièrement en France sans solliciter de titre de séjour, et le préfet de la Côte-d'Or n'était pas tenu d'examiner d'office s'il justifiait de motifs exceptionnels ou de circonstances humanitaires de nature à permettre la régularisation à titre exceptionnel de son séjour.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. B n'est présent en France que depuis quelques semaines, qu'il s'y est maintenu illégalement après l'expiration de son visa et qu'il n'y dispose d'aucun lien particulièrement stable et intense sur le territoire français. Si M. B soutient que le motif tiré du risque de trouble à l'ordre public sur lequel s'est fondé le préfet pour prononcer une interdiction de retour de deux ans n'est pas établi, en l'absence de condamnation prononcée à son encontre, il ne conteste pas pour autant avoir été interpellé pour des faits de vols en réunion dans un local d'habitation. Quand bien même il n'a pas, à ce jour, fait l'objet de condamnation pénale, le préfet a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, se fonder sur l'ensemble des considérations qui précèdent pour prononcer une interdiction de retour pour une durée de deux ans.

14. . En dernier lieu, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité, soulevée par la voie de l'exception, de la décision d'éloignement, à l'appui de ses conclusions en annulation de l'une des décisions subséquentes.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté du

28 septembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour d'une durée de deux ans doivent être rejetées.

S'agissant de l'assignation à résidence :

16. M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité, soulevée par la voie de l'exception, de la décision d'éloignement, à l'appui de ses conclusions en annulation de la décision l'assignant à résidence.

17. A supposer qu'il ait entendu soulever de tels moyens, l'arrêté comporte la mention des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, ainsi que les éléments de fait relatifs à la situation du requérant, et est ainsi suffisamment motivé. Les moyens tirés du défaut de contradictoire et de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 7,8 et 10.

18. Les conclusions dirigées contre la décision d'assignation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des décisions susanalysées, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

20. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement d'instance des conclusions de la requête n°2202577

Article 2 M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire au titre de la requête n°2202576.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2202576 de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Bigarnet.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

Le magistrate désignée,

M-E. C

Le greffier,

L. Lelong

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

2 ; 2202577

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