vendredi 9 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2202751 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | LAURENT Marie-Eve |
| Avocat requérant | GRENIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 octobre 2022, M. C E, représenté par Me Grenier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision d'éloignement du territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle ;
- elle a été prise en violation de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision de délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision d'éloignement initiale à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi ;
- cette décision est entachée d'une violation de l'article 3 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A par décision du 27 janvier 2022 en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes prévues à l'article L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les observations de Me Grenier, représentant M. E, qui reprend les moyens et conclusions de sa requête, et ajoute deux nouveaux moyens, tirés du défaut d'examen particulier de la situation du requérant et de la violation de son droit d'être entendu, le fait qu'il n'ait pas demandé de titre de séjour étudiant ne pouvant lui être opposé puisqu'il ne dispose pas d'un visa de long séjour, ce qui ne dispensait pas le préfet de l'interroger sur l'évolution de sa situation, et de
M. B, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui conclut au rejet de la requête ; les moyens soulevés n'étant pas fondés dès lors notamment que M. E a été informé lors du dépôt de sa demande d'asile qu'il pouvait demander un titre de séjour à un autre titre, et qu'il n'a pas demandé de titre de séjour étudiant, ni informé le préfet de sa poursuite d'études, ni été empêché de faire valoir des informations sur sa situation, et qu'il n'a pas davantage sollicité de délai de départ supérieur à trente jours, qui est le délai de droit commun.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C E, ressortissant tchadien, est entré en France en février 2020, pour y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par décision de 1'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) du 19 janvier 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 7 juillet 2022. Par arrêté du 21 septembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. C E.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, lorsqu'il présente une demande d'asile, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche, ne saurait ignorer qu'il pourra le cas échéant faire l'objet, lorsque la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui auront été définitivement refusés, d'un refus d'admission au séjour assorti d'une mesure d'éloignement du territoire français, avec ou sans délai de départ volontaire. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande d'asile, ou à tout moment au cours de l'instruction de sa demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles et qui seraient de nature, le cas échéant, à influer sur le sens des décisions prises. Si le droit d'être entendu est un principe fondamental du droit de l'Union européenne, il n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur les décisions prises à la suite du refus définitif de sa demande d'asile.
5. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E aurait sollicité en vain un entretien avec les services de la préfecture au cours de l'instruction de sa demande d'asile ni qu'il aurait été empêché de porter spontanément à la connaissance de l'administration des éléments d'information susceptibles d'infléchir l'appréciation du préfet quant à la perspective de son éloignement.
6. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision en litige ni des autres pièces du dossier que le préfet aurait négligé de procéder à un examen complet et individualisé de la situation de M. E avant de prescrire son éloignement.
7. En troisième lieu, M. E, qui est inscrit en master ingénierie chimie au Conservatoire national des arts et métiers, soutient que la décision d'éloignement a été prise en violation de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle. Toutefois, il ne fait état d'aucun élément relatif aux liens personnels et familiaux dont il dispose en France, où il est entré en qualité de demandeur d'asile, la circonstance qu'il soit inscrit dans une formation supérieure ne pouvant suffire à caractériser un ancrage en France de ses intérêts privés et familiaux. Il ressort des pièces du dossier que son épouse et sa famille vivent au Tchad, et il ne fait état d'aucune circonstance qui l'aurait empêché de solliciter un visa de long séjour et un titre de séjour en qualité d'étudiant pour venir étudier en France.
8. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E aurait porté à la connaissance du préfet des informations quant à sa poursuite d'études, ni qu'il aurait sollicité un délai de départ volontaire supérieur à trente jours afin de terminer son cursus. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours, qui est le délai de droit commun fixé par les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'erreur d'appréciation.
9. En cinquième lieu, le présent jugement ne remettant pas en cause la légalité de l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre du requérant, ce dernier n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette mesure à l'encontre de la décision désignant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.
10. En dernier lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est assorti d'aucun élément permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
11. Il résulte de ce qui précède que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés ; par suite sa requête doit être rejetée.
Sur les conclusions en injonction :
12. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'avocat de M. E de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : M. C E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. C E est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Grenier.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Dijon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.
La magistrate désignée,
M-E A
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
N°2202751
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026