jeudi 12 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2202755 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP BON DE SAULCE LATOUR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 octobre 2022, M. C B, représenté par la SCP Bon De Saulce Latour, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2022 par lequel le préfet de la Nièvre a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Nièvre de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention étudiant ;
3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de séjour
- il n'est pas justifié de la délégation de signature donnée au signataire de la décision ;
- elle est fondée sur un recel de la violation du secret de l'instruction et est ainsi entachée d'erreur de droit ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que l'atteinte à l'ordre public n'est pas démontrée et qu'il justifie d'attaches et d'une insertion suffisante dans la société française ;
En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale dès lors que la décision de refus de séjour est illégale ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation de la menace pour l'ordre public et porte atteinte à son droit à mener une vie privée et familiale normale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2022, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par courrier du 8 décembre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article
R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les dispositions du 1° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables à la situation de M. B et qu'il y a lieu de substituer à cette base légale erronée celle du 3° du même article.
Des observations présentées par le préfet de la Nièvre ont été enregistrées le 9 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.
A été seulement entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme A, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 18 novembre 2003, est entré en France en 2018. Par décision du 27 avril 2021, le tribunal judiciaire de Châteauroux a délégué l'autorité parentale à son oncle. Le 12 octobre 2021, il a déposé une demande de carte de séjour en qualité d'étudiant. Par un arrêté du 20 septembre 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Nièvre a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2.Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. C B.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de séjour :
4. En premier lieu, l'arrêté contesté n'a pas été signé dans le cadre d'une délégation de signature mais par le préfet de la Nièvre lui-même, qui détient, en vertu de l'article R. 122-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compétence en matière d'entrée et de séjour des étrangers.
5. En deuxième lieu, le préfet mentionne dans sa décision l'interpellation du 13 août 2022 à la suite de laquelle M. B a été auditionné par les services de police à 14 heures dans le cadre de faits de conduite sans permis de conduire, sous l'état d'une emprise alcoolique, vitesse excessive et infractions à la législation sur les stupéfiants. Si le requérant se prévaut d'une violation du secret de l'instruction, les procédures pénale et administrative étant indépendantes l'une de l'autre, ce moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an./ En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.() ".
7. Contrairement à ce qui est soutenu dans la requête, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Nièvre aurait refusé de délivrer à M. B le titre de séjour portant la mention " étudiant " qu'il sollicitait, en raison d'un trouble pour l'ordre public, ce motif n'étant explicitement invoqué qu'à l'égard de la décision d'éloignement. En tout état de cause, M. B ne conteste pas qu'il ne justifiait pas de moyens d'existence suffisants pour se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " ainsi que l'exige l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, à supposer même que le préfet ait entendu refuser la délivrance du titre de séjour pour un motif tiré du trouble pour l'ordre public et que ce motif ne soit pas de nature à justifier la décision en litige, il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur le seul motif tiré de l'absence de ressources.
8. En quatrième lieu, M. B se prévaut de la durée de son séjour en France, de la circonstance qu'il y a poursuivi des études et de son insertion dans la société française. Toutefois, il ne réside sur le territoire que depuis 2018 et il n'apporte aucune précision quant à la nature des liens qu'il y aurait noués. En outre, son comportement, et notamment les faits de conduite d'un véhicule sans permis de conduire et en état d'ivresse, qu'il a reconnus, ne témoigne pas, contrairement à ce qu'il soutient d'une " parfaite insertion " dans la société française. Par suite, le préfet de la Nièvre n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui accorder le titre de séjour demandé.
En ce qui concerne la décision d'éloignement :
9. En premier lieu, la décision de refus de séjour n'encourant pas la censure eu égard à ce qui précède, M. B n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : ()3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".
11. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet a considéré que l'intéressé entrait dans les prévisions du 1° et du 5° de ce même article, en raison du caractère irrégulier de son séjour et de la menace pour l'ordre public que présente son comportement. Toutefois, dès lors que M. B s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le préfet pouvait également, en application du 3° des dispositions précitées de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Il y a lieu de substituer cette base légale aux bases légales retenues dans l'arrêté, dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour prononcer la mesure d'éloignement.
12. En dernier lieu, ainsi que cela a été exposé au point 8, le requérant n'apporte aucun élément précis quant à la nature des liens noués en France et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside notamment son père. S'il a entrepris une formation en maintenance de véhicules, cette circonstance ne suffit pas à établir que la décision d'éloignement, qui fait suite à un rejet de sa demande de titre de séjour " étudiant ", porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
14. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'avocat de M. B de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : M. C B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2: La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de la Nièvre et à la SCP Bon De Saulce Latour.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.
La rapporteure,
M-E A
Le président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026