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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202756

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202756

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202756
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantHEBMANN JULIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Hebmann, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des décisions verbales, en date du 5 octobre 2022, par lesquelles un agent du guichet de la préfecture de la Côte-d'Or a refusé, d'une part, d'enregistrer sa demande de titre de séjour et, d'autre part, de lui délivrer un récépissé valant autorisation provisoire de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui en délivrer récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir, cela sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que les décisions attaquées l'exposent à une mesure d'éloignement et le plongent dans la précarité ;

- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de ces décisions, lesquelles :

•ont été prises par une autorité incompétente ;

•sont entachées d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles R. 431-10, R. 431-12 et R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, le refus d'enregistrement d'une demande de titre de séjour en raison du caractère incomplet du dossier ne constituant une décision susceptible de recours ; or, le dossier de M. A est incomplet concernant les justificatifs de sa nationalité et de son état civil ;

- l'urgence n'est pas démontrée et la situation précaire alléguée résulte du comportement du requérant lui-même ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; en effet :

•les agents de guichet ont compétence pour s'opposer à l'enregistrement de demandes incomplètes ;

•le dossier étant incomplet, la demande de titre de séjour ne peut être enregistrée et donner lieu à la délivrance d'un récépissé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond n° 2202757, enregistrée le 19 octobre 2022.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Testori, greffier d'audience :

- le rapport de M. Zupan, juge des référés ;

- les observations de Me Hebmann, qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans le mémoire introductif d'instance ;

- les observations de Mme C, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans le mémoire en défense.

Considérant ce qui suit :

1. M. A entend solliciter une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions verbales, en date du 5 octobre 2022, par lesquelles lui ont été refusés, au guichet de la préfecture de la Côte-d'Or, l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et la délivrance d'un récépissé valant autorisation provisoire de séjour.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, en application de l'article 20 de la loi du 11 juillet 1990 visée ci-dessus.

Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Le bien-fondé de la demande de suspension d'un acte administratif est en outre subordonné à la recevabilité du recours au fond dirigé contre cet acte.

4. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. En revanche, le refus d'enregistrer une telle demande au soutien de laquelle est présenté un dossier incomplet ne constitue une décision susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir que si le requérant apporte la preuve du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux.

5. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° Les documents justifiants de son état civil ; 2° Les documents justifiants de sa nationalité () ". L'annexe 10 de ce code précise la nature des justificatifs à apporter à ces titres, en l'occurrence, s'agissant de l'état civil " une copie intégrale d'acte de naissance comportant les mentions les plus récentes accompagnée le cas échéant de la décision judiciaire ordonnant sa transcription (jugement déclaratif ou supplétif) " et, s'agissant de la nationalité : " passeport (pages relatives à l'état civil, aux dates de validité, aux cachets d'entrée et aux visas) ou, à défaut, autres justificatifs dont au moins un revêtu d'une photographie permettant d'identifier le demandeur (attestation consulaire, carte d'identité, carte consulaire, certificat de nationalité, etc.) "

6. En l'espèce, si M. A a suffisamment justifié de son état civil en produisant un jugement supplétif, tenant lieu d'acte de naissance, sans que l'administration y oppose utilement, en tout cas au stade de l'enregistrement, un défaut de légalisation qui, par lui-même, ne peut suffire à le priver de toute garantie d'authenticité, il n'a en revanche joint à sa demande de titre de séjour, au titre de sa nationalité, ni passeport ni autre justificatif, hormis un certificat de nationalité en grande partie illisible. Dans ces conditions, et alors que le requérant ne démontre pas être dans l'impossibilité de se procurer les justificatifs exigés par la réglementation citée au point précédent, c'est à bon droit que les services de la préfecture de la Côte-d'Or ont estimé que son dossier était incomplet. L'acte attaqué doit ainsi être regardé, compte tenu de ce qui a été énoncé au point 4, comme dépourvu de portée décisoire.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le sérieux des moyens invoqués non plus que sur la condition d'urgence, que les conclusions aux fins de suspension et d'injonction présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser une quelconque somme à M. A lui-même ou à son conseil, par combinaison avec l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le préfet de la Côte-d'Or.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Les conclusions du préfet de la Côte-d'Or tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Côte-d'Or.

Fait à Dijon, le 3 novembre 2022.

Le juge des référés,

D. ZUPAN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier

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