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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202796

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202796

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202796
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 1 JU
Avocat requérantSI HASSEN MYRIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 octobre 2022, M. B D, représenté par Me Si Hassen, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de surseoir à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision lui refusant un titre de séjour jusqu'à la date de lecture en audience publique de la décision que la Cour nationale du droit d'asile rendra sur son recours en rectification d'erreur matérielle ou, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à sa date de notification ;

5°) de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre jusqu'à la date de lecture en audience publique de la décision que la Cour nationale du droit d'asile rendra sur son recours en rectification d'erreur matérielle ou, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à sa date de notification ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le tribunal doit surseoir à statuer sur ses conclusions tendant à l'annulation de la décision lui refusant un titre de séjour jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur le recours qu'il a formé contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant sa demande d'asile ;

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- le préfet a commis une erreur de fait sur sa situation familiale ;

- il a également commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'exécution de la mesure d'éloignement doit être suspendue jusqu'à-ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur son recours en rectification d'erreur matérielle.

Le préfet de la Côte-d'Or a produit des pièces, enregistrées le 23 décembre 2022.

Par une décision du 6 janvier 2023, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par courriers du 2 janvier 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce que l'exécution de la mesure d'éloignement prononcée à l'encontre de M. D soit suspendue jusqu'à-ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur son recours en rectification d'erreur matérielle, dès lors qu'en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'appartient pas au juge administratif de suspendre l'exécution d'une telle mesure dans le cas où le droit au maintien sur le territoire français de l'intéressé n'a pas pris fin sur le fondement des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 3 janvier 2023 à 13h30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les observations de Me Si Hassen, représentant M. D, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans sa requête,

- et celles de Mme C, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui a conclu au rejet de la requête et a déclaré s'associer au moyen d'ordre public relevé d'office.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant somalien né le 1er janvier 1987 à Mogadiscio, est entré irrégulièrement en France le 16 avril 2019. Sa demande d'asile a été rejetée le 13 août 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, cette décision ayant été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 27 juillet 2022. Par un arrêté du 6 octobre 2022, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. M. D en demande l'annulation.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par décision du 6 janvier 2023, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour au titre de l'asile :

3. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué, tant de ses motifs que de son dispositif, qu'avant d'opposer à M. D une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Côte-d'Or lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 424-1 et L. 424-9 de ce code en conséquence du rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile.

4. Dès lors que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire avaient été refusés à l'intéressé, le préfet de la Côte-d'Or, qui n'a pas examiné d'office si M. D était susceptible de se voir délivrer un titre sur un autre fondement que l'asile, était tenu de refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 424-1 et L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans avoir à porter une appréciation sur les faits de l'espèce. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, du défaut d'examen, de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés comme inopérants.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. D excipe en vain de l'illégalité de la décision ayant refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile à l'appui des conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

6. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision obligeant M. D à quitter le territoire français n'est pas entachée de l'illégalité alléguée. Par suite, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écartée.

7. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

8. En l'espèce, M. D se borne à renvoyer à son récit d'asile et à produire un certificat médical du 25 mars 2022, lequel conclut de manière peu circonstanciée que l'intéressé " présente des traces de violences physiques " et une " réaction psychique ", laquelle est " compatible avec l'agression qu'il dit avoir subie ". En outre, si la Cour nationale du droit d'asile a reconnu, dans son jugement du 27 juillet 2022, qu'il existe dans " le Bénadir, région par laquelle l'intéressé devrait transiter ", " une situation de violence aveugle ", la Cour a estimé que " son intensité n'est toutefois pas telle qu'il existe des motifs sérieux et avérés de croire que chaque civil qui serait amené à y séjourner ou y transiter courrait, du seul fait de sa présence dans cette région, un risque réel de menace grave contre sa vie ou sa personne " et que M. D ne justifiait pas être susceptible d'être spécifiquement affecté en cas de retour en Somalie. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité des risques auxquels il se dit personnellement exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit nécessaire de surseoir à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision refusant d'admettre M. D au séjour au titre de l'asile, que ce dernier n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 octobre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

10. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Selon l'article L. 752-6 dudit code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

11. Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Selon l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article

L. 531-27 ; () ".

12. Enfin, aux termes de l'article R. 532-68 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'une décision de la Cour nationale du droit d'asile est entachée d'une erreur matérielle susceptible d'avoir exercé une influence sur le jugement de l'affaire, la partie intéressée peut saisir la cour d'un recours en rectification.

Ce recours est introduit dans un délai d'un mois à compter du jour de la notification de la décision dont la rectification est demandée ".

13. Il résulte des dispositions précitées que les étrangers dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et dont le recours est pendant ou susceptible d'être introduit devant la Cour nationale du droit d'asile peuvent solliciter la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement prise à leur encontre. Toutefois, les dispositions précitées de l'article R. 532-68 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas pour effet de proroger le droit au maintien sur le territoire national en cas de recours en rectification d'erreur matérielle à l'encontre de la décision de la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, et dès lors que le droit au maintien sur le territoire français de M. D n'a pas pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, l'intéressé n'est pas recevable à demander la suspension de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français dans l'attente de la décision que rendra la Cour nationale du droit d'asile sur le recours en rectification d'erreur matérielle dont il l'a saisie.

14. Il s'ensuit que les conclusions de M. D tendant à la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. D.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Si Hassen.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

La magistrate désignée,

O. ALa greffière,

C. CHAPIRON

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2202796

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