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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202872

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202872

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202872
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBEN HADJ YOUNES SANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Ben Hadj Younes demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision rejetant sa demande d'admission exceptionnelle au séjour contenue dans l'article 2 de l'arrêté :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit, un visa de long séjour n'étant pas exigé ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision rejetant sa demande d'admission au séjour au titre de l'article 3 de l'accord franco-tunisien contenue dans l'article 1er de l'arrêté :

- elle est entachée d'erreur de droit, le préfet s'étant cru à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors que la décision de refus de séjour est illégale et que son annulation entraîne celle de l'obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 16 janvier 2023.

Par un courrier du 22 février 2022, les parties ont été informées, sur le fondement des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de se fonder sur le moyen, relevé d'office, tiré de l'inapplicabilité de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " à un ressortissant tunisien, et de la possibilité d'y substituer, en tant que de besoin, la base légale tirée de l'exercice, par le préfet, de son pouvoir de régularisation discrétionnaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne, signé le 28 avril 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Djermoune, représentant M. A et de M. D, représentant le préfet de la Côte-d'Or.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant de nationalité tunisienne né le 27 juillet 1997, est entré en France le 6 novembre 2017. Il a déposé le 12 janvier 2022 une demande d'admission au séjour en qualité de salarié. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus d'admission exceptionnelle au séjour :

2. En premier lieu, la décision en litige vise les dispositions et stipulations dont elle fait application, et rappelle la situation de M. A depuis son entrée en France, et notamment la circonstance qu'il a signé le 21 mai 2019 un contrat à durée indéterminée en qualité de cablo-opérateur ; elle indique ensuite que M. A ne peut prétendre à un titre de séjour " salarié " sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien, ce contrat de travail n'ayant pas été visé par les autorités compétentes, et l'intéressé ne disposant pas d'un visa de long séjour ; elle précise également que M. A est entré irrégulièrement en France et s'y est maintenu irrégulièrement pendant plus de quatre ans, qu'il travaille irrégulièrement, faute d'autorisation et de visa de long séjour, et que sa situation ne relève pas de considérations humanitaires ou exceptionnelles au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision est ainsi suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention "salarié" () ". Aux termes de l'article 11 de ce même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ".

5. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord. Toutefois, si cet accord ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Mais il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

6. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Côte-d'Or ne pouvait, comme il l'a fait, légalement rejeter la demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié présentée par M. A en se fondant sur la circonstance que ce dernier ne remplissait pas les conditions mentionnées par les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

8. En l'espèce, la décision contestée par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé à

M. A la délivrance d'un titre de séjour trouve un fondement légal dans l'exercice par le préfet du pouvoir de régularisation discrétionnaire dont il dispose. Ce fondement légal peut être substitué au fondement erroné retenu par le préfet dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation que lorsqu'elle examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En troisième lieu, si le préfet a indiqué dans sa décision que M. A travaille et séjourne irrégulièrement en France, il a également fondé sa décision sur l'absence de considérations humanitaires et motifs exceptionnels justifiant une régularisation exceptionnelle. Il résulte de l'instruction qu'il se serait fondé sur la même décision s'il ne s'était fondé que sur ce seul motif. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit par suite être écarté.

10. En quatrième lieu, si M. A a travaillé durant près de trois ans en qualité de cablo- opérateur, emploi dans lequel il a donné satisfaction mais pour lequel il ne justifie d'aucune formation diplômante, cette circonstance, quand bien même le secteur en question serait confronté à des difficultés de recrutement, n'apparait pas, à elle seule, suffisante pour justifier une régularisation à titre exceptionnel de sa situation. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit par suite être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus d'admission au séjour au titre de l'article 3 de l'accord franco-tunisien :

11. En premier lieu, il ne résulte pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet se serait à tort cru en situation de compétence liée pour rejeter la demande de M. A en raison de l'absence de visa de long séjour.

12. En second lieu, M. A qui travaille en France sous couvert d'un contrat qui n'a pas été visé par les autorités compétentes, ne remplit pas les conditions requises pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien, raison pour laquelle il a, du reste, présenté une demande de régularisation de sa situation. Il ne peut dès lors utilement soutenir que la décision du préfet est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce concerne les autres décisions :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

14. Il résulte de ce qui a été dit au point 2. que les décisions de refus de séjour sont suffisamment motivées. M. A n'est dès lors pas fondé à se prévaloir d'un défaut de motivation de la décision d'éloignement.

15. En deuxième lieu, l'illégalité des décisions de refus de séjour n'étant pas établie, le requérant n'est pas fondé à exciper de leur illégalité à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

16. En dernier lieu, les conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, qui ne sont assorties d'aucun moyen, ne peuvent qu'être rejetées.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

18. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'avocate de M. A de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y pas lieu de faire droit aux conclusions du préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Ben Hadj Younes.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

La rapporteure,

M-E C

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition

La greffière

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