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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202937

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202937

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202937
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 3 JU
Avocat requérantSCP AUDARD & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 8 novembre 2022 sous le n° 2202937, M. F A, représenté par Me Audard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or ne l'a pas autorisé à résider en France au titre de l'asile et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision ne l'autorisant pas à résider en France est entachée d'un vice d'incompétence, d'une insuffisance de motivation et méconnaît l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision ne l'autorisant pas à séjourner en France et a en outre méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'une insuffisance de motivation, est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant les décisions ne l'autorisant pas à séjourner en France et portant obligation de quitter le territoire et a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

II. Par une requête, enregistrée le 8 novembre 2022 sous le n° 2202938, Mme G A, représentée par Me Audard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or ne l'a pas autorisée à résider en France au titre de l'asile et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- la décision ne l'autorisant pas à résider en France est entachée d'un vice d'incompétence, d'une insuffisance de motivation et méconnaît l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision ne l'autorisant pas à séjourner en France et a en outre méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'une insuffisance de motivation, est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant les décisions ne l'autorisant pas à séjourner en France et portant obligation de quitter le territoire et a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Audard représentant M. et Mme A,

- et les observations de M. E représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui soutient que les moyens invoqués par M. et Mme A ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A, ressortissants albanais, nés respectivement en 1990 et 1992, sont entrés en France le 20 mai 2022 -accompagnés de leurs deux enfants mineurs- et ont chacun présenté une demande de protection internationale qui a été rejetée, selon la procédure accélérée, par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 30 août 2022. Par des arrêtés du 21 octobre 2022, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Côte-d'Or ne les a pas autorisés à séjourner en France et les a obligés à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi. Par des requêtes nos 2202937 et 2202398, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. et Mme A demandent l'annulation de ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Les présentes requêtes présentent les caractéristiques de l'urgence prévue par les dispositions citées au point 2. Il y a donc lieu d'admettre, à titre provisoire, les requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions de refus d'autorisation de résidence :

4. En premier lieu, par un arrêté du 18 octobre 2022, publié le 19 octobre 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Côte-d'Or a délégué sa signature à M. C, directeur de l'immigration et de la nationalité, pour ce qui concerne, notamment, les décisions de refus de séjour et d'éloignement et, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à Mme D, cheffe du service d'immigration et d'intégration. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C n'aurait pas été absent ou empêché le 21 octobre 2022. Par suite, les moyens tirés de ce que Mme D n'était pas compétente pour signer les décisions de refus d'autorisation de résidence manquent en fait et doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, les décisions de refus d'autorisation de résidence sur le territoire comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles n'ont dès lors pas méconnu les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

6. En dernier lieu, l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que, lorsque l'étranger a exercé, en temps utile, un recours contre la décision de l'OFPRA, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend en principe fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Il en va toutefois autrement lorsque, en application des dispositions du 1° de l'article L. 531-24, l'OFPRA a statué selon la procédure accélérée au motif que le demandeur provient d'un " pays d'origine sûr ". Dans ce cas, et conformément au d) du 1° de l'article L. 542-2, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin dès que l'Office a rejeté la demande de protection internationale.

7. Ainsi qu'il a été dit au point 1, l'OFPRA a rejeté les demandes d'asile de M. et Mme A après avoir mis en œuvre la procédure accélérée mentionnée au 1° de l'article L. 531-24. Dans ces conditions, et alors même que les intéressés ont exercé un recours devant la CNDA le 13 novembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or n'a commis aucune erreur de droit en n'autorisant plus M. et Mme A à résider en France à la suite de la décision de l'Office.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le délai de départ volontaire :

8. D'une part, les décisions refusant les autorisations de résidence en France n'étant pas entachées d'illégalité, les moyens invoqués par la voie de l'exception à l'encontre des décisions d'éloignement et fixant le délai de départ volontaire, tirés de l'illégalité de ces décisions, doivent être écartés.

9. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Les requérants font valoir qu'ils résident sur le territoire français avec leurs deux enfants mineurs et qu'ils y ont établi le " centre de leurs intérêts privés et familiaux ". Tout d'abord, M. et Mme A, qui sont arrivés en France très récemment, n'apportent pas d'éléments sérieux de nature à prouver qu'ils seraient insérés personnellement, socialement et professionnellement, de manière significative, au sein de la société française. Ensuite, les intéressés n'établissent pas être dépourvus de toute attache familiale en Albanie où résident notamment leurs parents et dont leurs deux enfants sont ressortissants. Par ailleurs, alors que M. et Mme A se trouvent dans la même situation administrative, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstruise en Albanie, pays dont ils ont la nationalité et dans lequel ils ont vécu l'essentiel de leur vie. Enfin, il ressort des pièces des dossiers que les demandes de protection internationale ayant été rejetées par l'OFPRA, ainsi qu'il a été dit au point 1, ces derniers ne disposent plus du droit de se maintenir en France. Dans ces circonstances, et compte tenu de ce qui a été dit aux point 1, 7 et 8, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire n'ont pas porté au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi :

11. En premier lieu, au regard des éléments figurant dans les arrêtés en litige, les décisions fixant le pays de renvoi comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles n'ont dès lors pas méconnu les dispositions de l'article L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

12. En second lieu, les décisions d'éloignement n'étant pas entachées d'illégalité, les moyens invoqués par la voie de l'exception à l'encontre des décisions fixant le pays de renvoi, tirés de l'illégalité de ces décisions, doivent être écartés.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. M. et Mme A, dont les demandes de protection internationale ont été rejetées par l'OFPRA, se bornent à faire état, dans leurs écritures, qu'ils seraient exposés à de " nombreux dangers en Albanie " mais n'établissent pas, par les seuls documents qu'ils ont produits, la réalité ou l'actualité des risques qu'ils seraient susceptibles d'encourir en cas de retour dans leur pays d'origine. Dès lors, les moyens tirés de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Leurs conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

16. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. et Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil des requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : M. et Mme A sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les requêtes nos 2202937 et 2202398 sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A, à Mme G A, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Audard.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

L. BLa greffière,

A. Roussilhe

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

Nos 2202937, 2202938

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