jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2203026 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CH 2 JU |
| Avocat requérant | SELARL DU PARC CABINET D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et trois mémoires, enregistrés les 22 novembre 2022, 13 juin 2023, 5 mars 2024 et 11 mars 2024, M. C A, représenté par Me Dubersten, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 7 496,55 euros mise à sa charge par Pôle emploi ;
2°) d'annuler la décision du 8 mars 2022 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux et la signification, intervenue le 8 novembre 2022, de la contrainte émise le 26 octobre 2022 à son encontre par Pôle emploi ;
3°) de mettre à la charge de Pôle emploi la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- il n'est pas établi qu'une mise en demeure lui a été adressée, en méconnaissance des articles R. 5426-8-2 et R. 5426-20 du code du travail ;
- aucune médiation ne lui a été proposée en méconnaissance de l'article L. 5312-47 du code du travail ;
- la contrainte ne précise pas les bases de liquidation, dès lors que rien ne permet de déterminer la déduction de 2 500 euros ; la mise en demeure du 18 juillet 2022 est illégale en ce qu'elle ne précise pas à quoi correspond la déduction et les raisons pour lesquelles le recours préalable a été rejeté en méconnaissance de l'alinéa 2 de l'article R. 5426-20 du code du travail ; la contrainte est illégale par la voie de l'exception de l'illégalité de la mise en demeure ;
- il remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de solidarité spécifique, dès lors qu'il a épuisé ses droits à chômage le 3 juillet 2018, qu'il a créé son auto-entreprise le 16 mars 2020, ce dont Pôle emploi a été informé en début d'année 2020, que son revenu fiscal de référence est de 1 533 euros pour l'année 2019, de 8 euros pour l'année 2020 et de 5 742 euros pour l'année 2021, soit 478,50 euros mensuels ; ses ressources ne dépassent pas les plafonds prévus par la loi, étant précisé que les allocations chômage précédemment perçues n'ont pas à être prises en compte ;
- son conseiller Pôle emploi ne l'a jamais informé d'une coupure de l'allocation de solidarité spécifique en cas de création d'une auto-entreprise ; il pensait que l'allocation de solidarité spécifique était équivalente au revenu de solidarité active ; il pensait que son conseiller s'était assuré du respect des conditions pour percevoir l'allocation de solidarité spécifique; il n'a jamais dissimulé l'activité de son auto-entreprise ; avec la Covid, son entreprise n'a réalisé qu'un chiffre d'affaire modique, mais son intention était de ne plus percevoir l'allocation de solidarité spécifique ; il n'a jamais reçu de mise en garde de la part de Pôle emploi ; il a été trompé et mal informé ;
- il ne dispose pas des revenus suffisants lui permettant de s'acquitter de la somme de
7 496,55 euros ; la caisse d'allocation familiale lui réclame une somme de 5 000 euros ; il ne perçoit plus le revenu de solidarité active bien que ses revenus actuels soient très modestes ; il sollicite par conséquent la remise gracieuse de sa dette en raison de sa situation de précarité.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 19 janvier et 8 mars 2024, Pôle emploi Bourgogne Franche-Comté, devenu France Travail depuis le 1er janvier 2024, représenté par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Du Parc Monnet Cabinet d'avocats conclut au rejet de la requête de M. A, à ce qu'il soit condamné au remboursement des frais de procédure relatif à la délivrance de la contrainte signifiée le 8 novembre 2022 et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête de M. A est irrecevable, dès lors qu'il n'a formé aucun recours dans le délai deux mois imparti par les dispositions de l'article R. 5426-19 du code du travail ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une décision du 3 avril 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par un courrier du 1er mars 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens d'ordre public, soulevés d'office, tirés de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles présentées par Pôle emploi tendant à la condamnation du requérant à lui rembourser les frais de procédure relatifs à la délivrance de la contrainte en litige, dès lors qu'une personne publique ou une personne privée chargée d'une mission de service public est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même.
Par une lettre du 13 mai 2025, les parties ont été informées en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public, soulevé d'office, tiré, d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 8 mars 2022 de Pôle emploi, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux, dès lors que M. A n'établit pas avoir formé, dans le délai de deux mois suivant la notification de la décision du 8 mars 2022, le recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions de l'article R. 5426-19 du code du travail et, d'autre part, de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la signification de la contrainte du 8 novembre 2022, dès lors qu'il n'appartient pas à la juridiction administrative, eu égard à la nature privée d'un tel acte, de connaître d'une telle demande, qui relève de la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire.
M. A a présenté ses observations sur ce moyen d'ordre public par un mémoire enregistré le 14 mai 2024.
En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges visés audit article.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code du travail ;
- le décret n° 2022-433 du 25 mars 2022 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hamza Cherief, magistrat désigné,
- et les observations de Me Cordin représentant Pôle emploi Bourgogne Franche-Comté.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a perçu, à compter du 14 juillet 2018, l'allocation de solidarité spécifique. Par une contrainte du 26 octobre 2022, signifiée au requérant le 8 novembre 2022, le directeur de Pôle emploi Bourgogne Franche-Comté, devenu France Travail au 1er janvier 2024, a demandé à M. A le paiement de la somme de 7 496,55 euros correspondant au montant de l'allocation de solidarité spécifique indûment versée durant la période du 1er avril 2020 au 30 avril 2021, augmenté des frais d'acte d'un montant de 72,6 euros. M. A, par la présente requête, forme opposition à cette contrainte. Il demande au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 7 496,55 euros mise à sa charge et d'annuler la décision du 8 mars 2022 ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ainsi que la signification de la contrainte du 8 novembre 2022.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 8 mars 2022 et de la décision implicite rejetant le recours gracieux de M. A :
2. Aux termes de l'article R. 5426-19 du code du travail : " Le débiteur qui conteste le caractère indu des prestations qui lui sont réclamées forme un recours gracieux préalable devant le directeur général de Pôle emploi dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de l'indu par Pôle emploi. / Conformément aux dispositions de l'article L. 411-7 du code des relations entre le public et l'administration, lorsque la décision du directeur général de Pôle emploi sur ce recours gracieux n'a pas été portée à la connaissance du requérant dans le délai de deux mois, l'intéressé peut considérer sa contestation comme rejetée. Il peut alors, s'il le souhaite, se pourvoir devant le juge compétent ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'un recours contentieux tendant à l'annulation de la décision de France Travail ordonnant le reversement d'un indu de prestations n'est recevable que si l'intéressé a préalablement exercé un recours administratif auprès de Pôle emploi dans les conditions qu'elles prévoient. En revanche, les dispositions relatives à l'opposition à une contrainte délivrée en vue de l'exécution d'une telle décision ne subordonnent pas l'exercice de cette voie de droit à l'exercice préalable du même recours administratif. Toutefois, le débiteur ne peut, à l'occasion de l'opposition, contester devant le juge administratif le bien-fondé de l'indu que s'il a exercé le recours administratif dans les conditions prévues par les dispositions citées au point précédent.
4. Il résulte de l'instruction que la décision d'indu du 8 mars 2022 doit être regardée comme ayant été notifiée au plus tard au requérant le 4 avril 2022, date à laquelle il ressort du coupon-réponse versé au débat que ce dernier s'est borné à solliciter l'effacement et l'échelonnement de sa dette. M. A, qui a formulé une seconde demande d'effacement par un courrier du 1er juin 2022, n'établit pas, par la seule production d'un courrier daté du 4 avril 2022, qu'il aurait formé un recours préalable contre la décision du 8 mars 2022, laquelle comportait la mention des voies et délais de recours. Par suite, en l'absence de recours administratif préalable introduit dans les délais légaux à l'encontre de la décision mettant à la charge de M. A un indu d'allocation de solidarité spécifique, les conclusions tendant à l'annulation de cette décision et de la décision implicite rejetant son recours gracieux sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la signification de la contrainte :
5. Si M. A a entendu demander au tribunal de prononcer l'annulation de cet acte d'huissier, il n'appartient pas à la juridiction administrative, en raison de sa nature privée, de connaître d'une telle demande, dont la juridiction de l'ordre judiciaire est seule compétente pour en connaître. Par suite les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la signification, intervenue le 8 novembre 2022, de la contrainte émise le 26 octobre 2022 à l'encontre de M. A doivent être rejetées.
Sur l'opposition à contrainte formée par le requérant :
6. En premier lieu, ainsi que cela a été rappelé précédemment, que les dispositions relatives à l'opposition à une contrainte délivrée en vue de l'exécution d'une décision ordonnant le reversement d'un indu de prestations ne subordonnent pas l'exercice de cette voie de droit à l'exercice préalable d'un recours administratif préalable. Toutefois, le débiteur ne peut, à l'occasion de l'opposition, contester devant le juge administratif le bien-fondé de l'indu que s'il a exercé le recours administratif dans les conditions prévues par les dispositions citées au point 2 du présent jugement.
7. Dans son mémoire en défense, France Travail soutient que l'intéressé n'a pas, préalablement à la saisine du tribunal, saisi le directeur général de France Travail d'un recours administratif préalable contre la décision lui notifiant l'indu de prestation conformément aux dispositions précitées de l'article R. 5426-19 du code du travail. S'il résulte de l'instruction que le requérant a formulé une demande d'effacement de sa dette, cette demande ne se substitue pas au recours administratif qu'il lui incombait d'exercer. Par ailleurs, et ainsi que cela a été dit au point 3 du présent jugement, M. A n'établit pas, par la seule production d'un courrier daté du 4 avril 2022, qu'il aurait formé un recours préalable contre la décision du 8 mars 2022, laquelle comportait la mention des voies et délais de recours. Par suite, en l'absence d'exercice du recours administratif préalable obligatoire prévu aux dispositions précitées de l'article R. 5426-19 du code du travail, M. A n'est pas fondé à contester le bien-fondé de l'indu mis à sa charge et dont le recouvrement est poursuivi par la contrainte du 26 octobre 2022 à laquelle il forme opposition. Les moyens contestant le bien-fondé de l'indu invoqués par le requérant à l'appui de son opposition à la contrainte en litige sont, dès lors, inopérants et doivent, pour ce motif, être écartés.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 5426-8-2 du code du travail : " Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées par Pôle emploi pour son propre compte, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage mentionné à l'article L. 5427-1, pour le compte de l'Etat ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1, le directeur général de Pôle emploi ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. ". Aux termes de l'article R. 5426-20 du même code : " La contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2 est délivrée après que le débiteur a été mis en demeure de rembourser l'allocation, l'aide ou toute autre prestation indue mentionnée à l'article L. 5426-8-1 ou de s'acquitter de la pénalité administrative mentionnée à l'article L. 5426-6. / Le directeur général de Pôle emploi lui adresse, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, une mise en demeure qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement ou la date de la pénalité administrative ainsi que, le cas échéant, le motif ayant conduit à rejeter totalement ou partiellement le recours formé par le débiteur. / Si la mise en demeure reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, le directeur général de Pôle emploi peut décerner la contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2. ".
9. M. A soutient que la contrainte émise le 26 octobre 2022 et notifiée le 8 novembre suivant n'a pas été précédée d'une mise en demeure préalable. Toutefois, il est constant que l'émission de la contrainte en litige a bien été précédée d'une mise en demeure, notifiée à M. A le 21 juillet 2022, et que cette contrainte respecte le délai légal d'un mois entre son émission et la mise en demeure. Dès lors, M. A n'est pas fondé à invoquer le moyen tiré de l'irrégularité de la contrainte émise le 26 octobre 2022 pour défaut de mise en demeure. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 5312-47 du code du travail : " La procédure de médiation préalable obligatoire prévue par l'article L. 213-11 du code de justice administrative est applicable aux recours contentieux formés contre les décisions individuelles suivantes prises par Pôle emploi et relevant du champ de compétence du juge administratif : () Les décisions relatives au remboursement des allocations, aides, ainsi que toute autre prestation indument versées mentionnées à l'article L. 5426-8-1 ; () ". Aux termes de l'article R. 5423-14 de ce code : " La personne qui entend contester une décision relative à l'attribution ou au renouvellement de l'allocation de solidarité spécifique engage une médiation auprès du médiateur régional de Pôle emploi dans les conditions prévues aux articles R. 213-10 à R. 213-13 du code de justice administrative ". L'article 6 du décret n° 2022-433 du 25 mars 2022 précise que les dispositions de l'article R. 5312-47 et de l'article R. 5423-14 du code du travail ne sont applicables qu'aux recours contentieux susceptibles d'être présentés à l'encontre des décisions intervenues à compter du 1er juillet 2022. Si la décision d'indu justifiant l'émission de la contrainte litigieuse est intervenue le 8 mars 2022, soit antérieurement à l'entrée en vigueur de ces dispositions, il est constant que la contrainte en litige a été émise le 26 octobre 2022 et notifiée au requérant le 8 novembre suivant.
11. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 213-11 du code de justice administrative : " Les recours formés contre les décisions individuelles qui concernent la situation de personnes physiques et dont la liste est déterminée par décret en Conseil d'Etat sont, à peine d'irrecevabilité, précédés d'une tentative de médiation. Ce décret en Conseil d'Etat précise en outre le médiateur relevant de l'administration chargé d'assurer la médiation ". En outre, aux termes de l'article R. 213-12 du code de justice administrative : " Lorsqu'un tribunal administratif est saisi dans le délai de recours contentieux d'une requête n'ayant pas été précédée d'une médiation qui était obligatoire, son président ou le magistrat qu'il délègue rejette cette requête par ordonnance et transmet le dossier au médiateur compétent. Le médiateur est supposé avoir été saisi à la date d'enregistrement de la requête. ".
12. Il résulte des dispositions citées aux deux points précédents qu'un débiteur peut former opposition à une contrainte délivrée pour le recouvrement d'un indu d'allocation de solidarité spécifique sans devoir solliciter préalablement une médiation, mais qu'il ne peut, à l'occasion de cette opposition, utilement discuter devant le juge administratif du bien-fondé de l'indu que s'il l'a contesté dans les conditions et selon la procédure de médiation préalable obligatoire prévues par les dispositions des articles R. 5312-47 et R. 5423-14 du code du travail. Dès lors, le moyen soulevé par M. A, et tiré de ce que la contrainte en litige a été adoptée aux termes d'une procédure irrégulière, de ce qu'il n'a pu faire valoir utilement ses droits et de ce qu'il a été privé d'une garantie dès lors que France Travail ne lui a pas proposé de médiation préalable en méconnaissance des dispositions de l'article R. 5312-47 du code du travail doit être écarté comme inopérant.
13. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 5426-1 du code du travail : " La contrainte est notifiée au débiteur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou lui est signifiée par acte d'huissier de justice. A peine de nullité, l'acte d'huissier ou la lettre recommandée mentionne : / 1° La référence de la contrainte ; / 2° Le montant des sommes réclamées et la nature des allocations, aides et autres prestations en cause ou la date de la pénalité administrative ; / 3° Le délai dans lequel l'opposition doit être formée ; / 4° L'adresse du tribunal compétent et les formes requises pour sa saisine. / L'huissier de justice avise dans les huit jours l'organisme créancier de la date de signification. ".
14. Il résulte de l'examen de la contrainte du 26 octobre 2022, signifiée par acte d'huissier le 8 novembre suivant, qu'elle fait mention des articles L. 5426-8-2, R. 5426-20,
R. 5426-21 et R. 5426-22 du code du travail et de la référence de ladite contrainte. Par ailleurs, elle indique avoir pour objet le recouvrement de l'allocation de solidarité spécifique indument versée après la mise en demeure restée sans effet du 18 juillet 2022 ainsi que le montant de l'indu notifié, soit 9 986,51 euros, pour la période concernée du 1er avril 2020 au 12 novembre 2021 et le total des sommes restant dues après déduction, soit un montant de 7 496,55 euros, frais compris. Elle précise enfin le tribunal administratif compétent, Dijon, ainsi que son adresse, le délai et les formes requises pour le saisir. Cette contrainte comporte en conséquence l'ensemble des mentions requises par l'article R. 5426-21 du code du travail, la seule circonstance qu'elle ne précise pas le calcul du montant déduit de la somme initialement notifiée par France Travail n'étant pas de nature à caractériser une insuffisance de motivation. Par suite, ce moyen, qui manque en fait, doit être écarté.
15. En cinquième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 5426-20 du code du travail : " Le directeur général de Pôle emploi lui adresse, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, une mise en demeure qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement ou la date de la pénalité administrative ainsi que, le cas échéant, le motif ayant conduit à rejeter totalement ou partiellement le recours formé par le débiteur. ".
16. Il résulte de l'instruction que la mise en demeure du 18 juillet 2022 précise que
M. A reste redevable de la somme de 7 486,51 euros correspondant à un indu d'allocation de solidarité spécifique versé entre le 1er avril 2020 et le 12 novembre 2021. Elle indique que cette somme lui est réclamée au motif qu'il a exercé une activité professionnelle non salariée et que le revenu de cette activité ne peut être cumulé avec les allocations chômages. Les dispositions de l'article R. 5426-20 du code du travail n'imposait pas à France Travail de préciser le calcul des sommes dues et il résulte de l'instruction que M. A a été destinataire d'un précédent courrier, du 25 avril 2022, l'informant que France Travail avait décidé de lui accorder un effacement partiel de sa dette à hauteur de 2 500 euros et que la somme de 7 486,51 euros demeurait à sa charge. Enfin, et dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit au point 3 du présent jugement que
M. A n'établit pas avoir formé un recours administratif préalable à l'encontre de la décision du 8 mars 2022, les dispositions précitées de l'article R. 5426-20 du code du travail n'imposaient aucunement à France Travail de préciser le motif ayant conduit à rejeter totalement ou partiellement le recours formé par le débiteur. Ainsi, M. A n'est pas fondé à faire valoir que la mise en demeure adressée par France Travail à M. A le 18 juillet 2022 méconnaît les dispositions de l'alinéa 2 de l'article R. 5426-20 du code du travail. Par suite, ce moyen doit être écarté, ainsi que, par voie de conséquence, le moyen tiré de ce que la contrainte est illégale par la voie de l'exception de l'illégalité de la mise en demeure.
17. Il résulte de tout ce qui précède que l'opposition à contrainte formée par M. A doit être rejetée.
Sur la demande de remise gracieuse :
18. Aux termes de l'article L. 5426-8-3 du code du travail : " Pôle emploi est autorisé à différer ou à abandonner la mise en recouvrement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées pour son propre compte, pour le compte de l'Etat ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1 ". Pour l'application de ces dispositions, il y a lieu de rechercher si la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction de dette. Cependant, le juge administratif ne peut examiner si une remise gracieuse, totale ou partielle, d'allocation de solidarité spécifique est justifiée et se prononcer lui-même sur une telle demande que dans le cadre d'un recours dirigé contre une décision de France Travail, rejetant une demande préalable de remise gracieuse.
19. Aux termes de ses écritures, M. A demande que lui soit accordée une remise gracieuse de sa dette, compte tenu de ses faibles ressources. Il justifie, par les pièces qu'il verse au dossier, avoir formulé deux demandes d'effacement de sa dette auprès de France Travail et soutient qu'il ne dispose pas des revenus suffisants lui permettant de s'acquitter de la somme de 7 496,55 euros restant à sa charge et ce alors que la caisse d'allocations familiales lui réclame également un indu de plus de 5 000 euros, qui ferait l'objet d'un autre recours devant le tribunal de céans. Cependant, il résulte de l'instruction que France Travail a octroyé à M. A un effacement partiel de sa dette de 2 500 euros et l'intéressé ne justifie pas de l'indu que lui réclamerait la caisse d'allocations familiales. Par ailleurs, les avis d'imposition produits par
M. A, desquels il ressort que le requérant a déclaré des revenus stables au cours des années 2019 à 2021 mais des revenus très réduits en 2022, ne permettent pas, à eux seuls, d'établir l'importance des difficultés financières auxquelles l'intéressé doit faire face, ni d'ailleurs la réalité des ressources dont il dispose. Enfin, si le requérant établit, par les pièces qu'il verse au dossier avoir évoqué les démarches effectuées en vue de la création de son entreprise lors d'un entretien du 7 février 2022 avec un agent de France Travail, il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait informé France Travail de la création effective de son auto-entreprise, intervenue le 16 mars 2020. Eu égard à ce qui précède, M. A n'est pas fondé à demander l'effacement, total ou partiel, de sa dette d'allocation de solidarité spécifique.
Sur les conclusions reconventionnelles présentées par Pôle emploi :
20. Aux termes de l'article L. 5426-8-2 du code du travail : " Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées par Pôle emploi pour son propre compte, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage mentionné à l'article L. 5427-1, pour le compte de l'Etat ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1, le directeur général de Pôle emploi ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ".
21. En application du principe selon lequel une personne publique ou une personne privée chargée d'une mission de service public est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même, France Travail n'est pas recevable, dès lors qu'il dispose, comme il en a usé en l'espèce, du pouvoir de délivrer une contrainte qui, sauf opposition fondée, comporte les effets d'un jugement en application de l'article L. 5426-8-2 du code du travail précité, à demander au tribunal de condamner la requérante au paiement des sommes qu'elle a indûment perçues. Par suite, s'il incombe au tribunal de statuer sur les oppositions à contrainte formées par les débiteurs, il ne lui appartient pas, en revanche, de valider la contrainte et de condamner les débiteurs au versement des sommes litigieuses ou des sommes correspondant aux frais de procédure de contrainte.
22. Il suit de là que les conclusions reconventionnelles présentées en défense et tendant à ce que le tribunal condamne M. A au paiement de la somme correspondant aux frais de procédure relatif à la délivrance de la contrainte signifiée le 8 novembre 2022 ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de France Travail qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Par ailleurs, et dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A la somme demandée par France Travail au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions reconventionnelles et les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative présentées par France Travail sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à France Travail Bourgogne Franche-Comté.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 4 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
H. B
La greffière
L. Curot
La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026