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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2203027

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2203027

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2203027
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 3 JU
Avocat requérantROTHDIENER GAËTAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2022, Mme B E, représentée par Me Rothdiener, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2022 par lequel le préfet de la Nièvre ne l'a pas autorisée à résider en France au titre de l'asile et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre " à la préfecture " de réexaminer sa situation et de lui délivrer " un récépissé " dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme E soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et familiale dès lors que le préfet n'a pas analysé les risques encourus par son fils en cas de retour dans leur pays d'origine ;

- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante géorgienne née en 1979, entrée en France, selon ses déclarations, le 10 octobre 2021 -accompagnée de son enfant mineur, le jeune C D né le 14 août 2020-, a présenté une demande de protection internationale, qui a été successivement rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) les 14 avril 2022 et 7 octobre 2022. Par un arrêté du 4 novembre 2022, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Nièvre ne l'a pas autorisée à résider en France et l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi. Mme E demande l'annulation de cet arrêté du 4 novembre 2022.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. La présente requête présente les caractéristiques de l'urgence prévue par les dispositions citées au point 2. Il y a donc lieu d'admettre, à titre provisoire, la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 23 août 2022, régulièrement publié le 24 août 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Nièvre a délégué sa signature à Mme Georjon, secrétaire générale de la préfecture de la Nièvre, pour ce qui concerne, notamment, tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception d'actes au nombre desquels ne figure pas la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il n'a dès lors pas méconnu les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier des termes mêmes de l'arrêté du 4 novembre 2022, que le préfet de la Nièvre aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de Mme E et notamment des risques encourus par son enfant mineur et aurait ainsi commis une erreur de droit.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. La requérante qui a eu un enfant, de nationalité géorgienne, avec son compagnon d'origine nigériane, fait valoir que le préfet n'a pas analysé les risques encourus par son fils, M. C D, en cas de retour dans leur pays d'origine, évoque " le risque de discriminations et de mauvais traitements " que ce dernier pourrait notamment subir en raison de " sa couleur de peau et de ses origines nigérianes ", dans leur pays d'origine qui est " en proie à un fort racisme " notamment " à l'encontre des africains " et cite deux rapports de la Commission européenne contre le racisme et l'intolérance concernant la Géorgie, publiés en 2010 et 2016, faisant état de propos diffamatoires tenus par plusieurs membres du parti politique " Georgian Dream " et du gouvernement géorgien à l'encontre de ces minorités.

9. Il ressort tout d'abord des pièces du dossier, notamment de la décision de l'OFPRA, que si la requérante évoque avoir été victime de persécutions en raison des origines nigérianes de son compagnon, les seuls " propos brefs et lapidaires " qu'elle a tenus devant l'OPFRA ne permettent pas de considérer qu'ils sont établis et dont les faits dénoncés ne sauraient " atteindre le degré de gravité requis pour être qualifiés de persécutions au sens de la convention de Genève ". En outre, alors qu'elle a été conduite à s'exprimer sur ses craintes pour elle et son enfant en cas de retour dans leur pays d'origine, l'intéressée n'a apporté " aucun élément précis et concret ". Ensuite, si l'intéressée a évoqué, lors de son entretien avec l'OFPRA, son inquiétude de ne pas pouvoir bénéficier de la protection effective des autorités géorgiennes, il n'apparait pas, au vu notamment d'un rapport de mission en Géorgie sur le système judiciaire dans le pays depuis 2012, datant de 2018 et mené par l'Office, que Mme E ou son fils soient dans l'impossibilité d'obtenir une protection adéquate. Enfin, en dehors des seules déclarations, imprécises et peu circonstanciées figurant dans cet entretien, la requérante n'établit pas avoir porté à la connaissance du préfet d'autres éléments sérieux qui n'auraient pas été déjà soumis au juge de l'asile et qui permettraient désormais de considérer que la réalité ou l'actualité des risques allégués est établie. Ainsi, au vu de ces éléments, la situation de M. D, qui est indissociable de celle de la requérante, a fait l'objet d'une analyse ne permettant pas de considérer comme fondées les craintes invoquées. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Tout d'abord, Mme E n'établit pas être dépourvue de toute attache familiale en Géorgie où réside notamment le père de son enfant. Ensuite, dès lors que la requérante est entrée en France accompagnée de son fils mineur, rien ne fait obstacle à ce que l'ensemble de la cellule familiale se reconstitue en Géorgie, pays dont ils ont la nationalité et dans lequel ils ont vécu l'essentiel de leur vie. Par ailleurs, la requérante qui est arrivée récemment en France, n'apporte pas d'éléments sérieux de nature à prouver qu'elle serait insérée personnellement, socialement et professionnellement, de manière significative, au sein de la société française. Enfin, il ressort des pièces du dossier que sa demande tendant à se voir reconnaître le statut de réfugié ayant été rejetée par l'OFPRA et la CNDA, ainsi qu'il a été dit au point 1, cette dernière ne dispose plus du droit de se maintenir en France. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

13. L'arrêté attaqué n'implique pas, par lui-même, que le jeune C soit séparé de l'un ou l'autre de ses parents. Dès lors, et compte tenu de ce qui a été dit au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit dès lors être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de Mme E au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Mme E est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme E est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, au préfet de la Nièvre et à Me Rothdiener.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

L. ALa greffière,

A. Roussilhe

La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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