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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2203105

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2203105

lundi 5 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2203105
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantMIFSUD ELODIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 novembre 2022, M. C B, représenté par Me Mifsud, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2022 par lequel le préfet du Doubs a prononcé sa remise aux autorités croates ;

3°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2022 par lequel le préfet du Doubs l'a assigné à résidence dans la Côte-d'Or pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer une attestation de demande d'asile en " procédure normale ", conformément aux dispositions de l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard ;

5°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Doubs de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant remise aux autorités croates :

- il n'est pas établi que le signataire de cette décision dispose d'une délégation de signature à cet effet, régulièrement publiée ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le préfet du Doubs n'apporte pas la preuve qu'il aurait bénéficié des informations prévues par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, au plus tard le jour de l'entretien individuel et ce, dans une langue qu'il comprend ;

- il appartient au préfet du Doubs d'établir que l'entretien individuel prévu à l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 a été effectivement mené et qu'il a permis de vérifier qu'il a compris les informations prévues par l'article 4 de ce règlement ;

- le préfet du Doubs n'apporte la preuve ni de la demande de reprise en charge adressée aux autorités croates, ni celle de l'existence d'une acceptation explicite le 11 novembre 2022 ;

S'agissant de la décision portant assignation à résidence :

- elle doit être annulée par la voie de l'exception d'illégalité de la décision portant remise aux autorités croates, et par voie de conséquence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2022, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes prévues à l'article R. 777-3-8 de ce code, dans les conditions prévues aux articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 5 décembre 2022 à 11 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations orales de Me Noblet, substituant Me Mifsud, représentant M. B, qui s'en rapporte à l'instruction écrite.

Le préfet du Doubs n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 11 heures 03 minutes.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant burundais, né en 1991 au Burundi, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en septembre 2022. Il a présenté une demande d'asile le 19 octobre 2022. L'examen de ses empreintes digitales a fait apparaître qu'elles avaient déjà été enregistrées par les autorités croates le 19 septembre 2022 à l'occasion d'une demande d'asile formée en Croatie. Les autorités croates ont été saisies d'une demande de reprise en charge et ont donné leur accord explicite le 11 novembre 2022. Le 17 novembre 2022, le préfet du Doubs a pris deux arrêtés, notifiés le même jour par voie administrative, l'un prononçant la remise de l'intéressé aux autorités croates et l'autre l'assignant à résidence dans le département de la Côte-d'Or pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable trois fois. M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la remise aux autorités croates :

S'agissant de la légalité externe :

4. En premier lieu, par un arrêté référencé 25-2022-07-25-0001 du 25 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs référencé 25-2022-056 du même jour, le préfet du Doubs a donné délégation à M. Philippe Portal, secrétaire général de la préfecture du Doubs, à l'effet de signer les décisions de transfert des étrangers dont l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat. Par suite, le vice d'incompétence allégué manque en fait et doit être, pour ce motif, écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement et notamment : a) des objectifs du présent règlement () / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est vu délivrer, le 19 octobre 2022, deux brochures d'informations, dites " A " (J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande d'asile ') et " B " (Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce que cela signifie '), dont les pages de garde comportent la signature de l'intéressé. Ces documents constituent la brochure commune visée au paragraphe 3 de l'article 4 du règlement précité et contiennent l'intégralité des informations prévues au paragraphe 1 de cet article. Ces brochures, qui n'existent pas en langue kirundi, ont été remises à l'intéressé en langue française, langue officielle du Burundi. En outre, M. B a signé sans aucune réserve le résumé de son entretien individuel, intervenu le même jour en langue kirundi, au cours duquel il n'a fait état d'aucune difficulté de compréhension, attestant que les informations sur les règlements communautaires lui ont été remises. Il n'est, dès lors, pas démontré que l'intéressé n'aurait pas été en capacité de comprendre les informations qui lui ont été délivrées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 : " Entretien individuel / 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".

8. Il résulte de ces dispositions que les autorités de l'Etat membre doivent, afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable de la demande d'asile, mener un entretien individuel avec le demandeur à l'effet notamment de veiller à ce que celui-ci a reçu et comprend les informations prévues à l'article 4.

9. Il ressort des pièces du dossier que, le 19 octobre 2022, M. B a bénéficié d'un entretien individuel réalisé en langue kirundi, langue comprise et parlée par l'intéressé, au cours duquel il a pu présenter ses observations et mentionner les raisons qui l'ont amené à fuir son pays d'origine, et à l'issue duquel il a attesté avoir reçu l'information sur les règlements communautaires. Il ressort également des pièces du dossier que cet entretien a été mené par un agent compétent de la préfecture de la Côte-d'Or, qui est un agent qualifié au sens du 5 de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013, qui manque une nouvelle fois en fait, doit être écarté.

S'agissant de la légalité interne :

10. En premier lieu, aux termes du 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : / () b) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ; () ". Aux termes du 1 de l'article 23 de ce règlement : " Lorsqu'un État membre auprès duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne. ".

11. Le préfet du Doubs produit à l'instance le formulaire de demande de reprise en charge adressé le 28 octobre 2022 aux autorités croates, son accusé de réception et la lettre par laquelle ces autorités ont explicitement accepté le 11 novembre 2022 leur responsabilité. Par suite, le moyen tiré de ce que ce préfet n'établirait ni la demande de prise en charge ni l'acceptation des autorités croates, manque en fait et doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 novembre 2022, par lequel le préfet du Doubs a prononcé sa remise aux autorités croates.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

13. M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de l'arrêté portant remise aux autorités croates, n'est pas davantage fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre l'arrêté par lequel le préfet du Doubs l'a assigné à résidence. Pour le même motif, il n'est pas davantage fondé à demander l'annulation de ce dernier par voie de conséquence de l'annulation de l'arrêté portant remise aux autorités croates. N'ayant présenté aucun autre moyen au soutien de ces conclusions, il n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

16. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le conseil du requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet du Doubs et à Me Elodie Mifsud.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon et au préfet de la Côte-d'Or.

Fait à Dijon, le 5 décembre 202Le magistrat désigné,

I. A

La greffière,

L. Lelong

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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