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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2203151

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2203151

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2203151
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantMIFSUD ELODIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2022, M. A E, représenté par Me Mifsud, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2022, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a renouvelé la mesure d'assignation à résidence sur le territoire de la commune de Dijon dont il fait l'objet pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il appartient à l'autorité administrative d'établir la preuve de la compétence du signataire de l'arrêté en litige ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- en considérant que son éloignement demeurait une perspective raisonnable, le préfet a commis une erreur de fait et a méconnu les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut, à titre principal au non-lieu à statuer, et à titre subsidiaire, au rejet de la requête et à ce qu'une somme de cinq cents euros soit mise à la charge de M. E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, par une décision du 7 décembre 2022, notifiée le même jour, le requérant a été placé en centre de rétention administrative ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, par une décision du 1er septembre 2022, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes prévues à l'article L. 614-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 5 décembre 2022 à 8 heures 30 minutes.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D B,

- et les observations de Me Ben Hadj Younès, substituant Me Mifsud, représentant M. E, et celles de Mme I, représentant le préfet de la Côte-d'Or.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 8 heures 32 minutes.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant marocain, né en 2001 à Oujda au Maroc, a fait l'objet le 21 mars 2022 d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année. Par un arrêté du 28 octobre 2022, le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Dijon pour une durée de quarante-cinq jours. Par un nouvel arrêté, en date du 5 décembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or a décidé de renouveler la mesure d'assignation à résidence dont fait l'objet l'intéressé pour une durée de quarante-cinq jours. M. E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. E.

Sur le non-lieu à statuer :

4. Si avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai de recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

5. Si le préfet de la Côte-d'Or soutient que l'arrêté du 7 décembre 2022 par lequel il a placé le requérant en centre de rétention administrative a eu pour effet d'abroger l'arrêté litigieux, d'une part, il ne ressort des pièces du dossier ni que le préfet aurait entendu retirer l'arrêté du 29 novembre 2022 portant renouvellement d'assignation à résidence, ni que cet arrêté n'aurait pas reçu exécution, dès lors que la mesure d'assignation qu'il prévoyait, avait pour point de départ la notification de cet arrêté, intervenue le 5 décembre 2022 à 8h15. Par suite, l'exception de non-lieu doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

6. En premier lieu, par un arrêté n° 1193/SG du 17 octobre 2022, référencé 21-2022-10-17-00004, publié le 18 octobre 2022 au recueil des actes administratifs spécial référencé 21-2022-090 du même jour, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation à M. J F, et en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci à Mme C G, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les arrêtés d'assignation à résidence. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F n'aurait pas été absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée, qui manque en fait, doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué qu'il est motivé en droit notamment par le visa du 1° de l'article L. 731-1 et de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en fait par les circonstances selon lesquelles l'intéressé fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, il est détenteur d'un passeport marocain en cours de validité, il est nécessaire de prévoir l'organisation matérielle du départ et son éloignement demeure une perspective raisonnable. Contrairement à ce que soutient l'intéressé, le préfet de la Côte-d'Or a motivé la perspective raisonnable d'éloignement par la disposition d'un passeport en cours de validité et la seule nécessité de prévoir les modalités de départ de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant assignation à résidence, qui manque en fait, doit être écarté.

8. En troisième lieu, dès lors que l'intéressé dispose d'un passeport marocain en cours de validité, le préfet de la Côte-d'Or était fondé à considérer, comme il l'a fait, que son éloignement demeurait une perspective raisonnable. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de fait et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 décembre 2022, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a renouvelé l'assignation à résidence dont il fait l'objet sur le territoire de la commune de Dijon pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. E la somme demandée par le préfet de la Côte-d'Or au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par M. E soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Elodie Mifsud.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

I. B

La greffière,

M. H

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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