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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2203161

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2203161

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2203161
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 3 JU
Avocat requérantRIQUET-MICHEL ADRIENNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2022, Mme G F, représentée par Me Riquet-Michel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de l'autoriser à résider en France et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement ou, à défaut, dans le même délai, de procéder à un réexamen de sa situation ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur son recours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme F soutient que :

- la décision ne l'autorisant pas à séjourner en France est entachée d'un vice d'incompétence, d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru en situation de compétence liée, d'une " erreur manifeste d'appréciation " et méconnait l'article 33 de la convention de Genève et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait son droit à un recours effectif en violation des articles 3 et 13 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 46 et du considérant 25 du préambule de la directive européenne du 26 juin 2013, des articles 41 et 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision ne l'autorisant pas à séjourner en France et, en outre, a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- à titre subsidiaire, l'exécution de la mesure d'éloignement doit être suspendue en application des articles L. 752-5, L. 752-6 et L. 752-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle justifie avoir saisi la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) d'un recours formé contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et présente des éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire dans l'attente de cet examen.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de M. E représentant le préfet de la Côte-d'Or.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante arménienne née en 1998, entrée irrégulièrement en France, selon ses déclarations, le 29 octobre 2021 -accompagnée de son époux-, a présenté une demande de protection internationale qui a été rejetée, selon la procédure accélérée, par l'OFPRA le 26 septembre 2022. Par un arrêté du 21 novembre 2022, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Côte-d'Or ne l'a pas autorisée à séjourner en France et l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. La présente requête présente les caractéristiques de l'urgence prévue par les dispositions citées au point 2. Il y a donc lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme F au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées à titre principal :

En ce qui concerne la décision de refus d'autorisation de résidence :

4. En premier lieu, par un arrêté du 18 octobre 2022, régulièrement publié le 19 octobre 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Côte-d'Or a délégué sa signature à M. B, directeur de l'immigration et de la nationalité, pour ce qui concerne, notamment, les décisions de refus de séjour et d'éloignement et, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à Mme C, cheffe du service d'immigration et d'intégration. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B n'aurait pas été absent ou empêché le 21 novembre 2022. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme C n'était pas compétente pour signer la décision de refus d'autorisation de résidence manque en fait et doit être écarté.

5. En second lieu, dans le cas où le préfet se borne à rejeter une demande d'autorisation de séjour présentée uniquement au titre de l'asile, sans examiner d'office d'autres motifs d'accorder un titre à l'intéressé, ce dernier ne peut pas utilement soulever, devant le juge de l'excès de pouvoir saisi de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus du préfet, des moyens de légalité interne sans rapport avec la teneur de la décision contestée.

6. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Côte-d'Or a uniquement refusé de délivrer à Mme F un titre de séjour sur le fondement des articles L. 424-1 et L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en conséquence du rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA, et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sur le seul fondement du 4° de l'article L. 611-1 de ce code. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de droit, de l'" erreur manifeste d'appréciation " et de la méconnaissance de l'article 33 de la convention de Genève et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont inopérants et doivent être écartés pour ce motif.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, la décision refusant l'autorisation de résider en France n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision d'éloignement, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

8. En deuxième lieu, l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que, lorsque l'étranger a exercé, en temps utile, un recours contre la décision de l'OFPRA, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend en principe fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la CNDA. Il en va toutefois autrement lorsque, en application des dispositions du 1° de l'article L. 531-24, l'OFPRA a statué selon la procédure accélérée au motif que le demandeur provient d'un " pays d'origine sûr ". Dans ce cas, et conformément au d) du 1° de l'article L. 542-2, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin dès que l'Office a rejeté la demande de protection internationale. Cependant, lorsque le préfet, tirant les conséquences de l'expiration de ce droit au maintien, décide de prononcer une obligation de quitter le territoire, l'étranger conserve la possibilité, en application de l'article L. 542-6, L. 752-5, L. 752-6 et L. 752-11, de demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision d'éloignement jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la CNDA ou, si celle-ci est saisie, jusqu'à la fin de la procédure devant la Cour.

9. Tout d'abord, compte tenu du régime juridique exposé au point 8, et qui permet notamment au ressortissant étranger de faire valoir en temps utile les risques qu'il estime encourir en cas de retour dans son pays d'origine, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en prononçant à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français alors qu'un recours était formé devant la CNDA à l'encontre de la décision prise par l'OFPRA, le préfet a méconnu son droit à un recours effectif tel que garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Ensuite, l'article 41 de la charte dont se prévaut l'intéressée ne s'adresse qu'aux institutions, organes et organismes de l'Union européenne et ne peut pas être utilement invoqué dans une procédure relative au droit au séjour d'un étranger. Enfin, Mme F ne peut pas se prévaloir directement de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 dès lors que ses dispositions ont été entièrement transposées en droit interne par la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile et son décret d'application n° 2015-1166 du 21 septembre 2015. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit à un recours effectif doit dès lors être écarté dans toutes ses branches.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. D'une part, Mme F se trouve dans la même situation administrative que son époux, M. D, de nationalité arménienne, qui séjourne de manière irrégulière sur le territoire national avec leur enfant né le 30 avril 2022. Rien ne fait dès lors obstacle à ce que l'ensemble de la cellule familiale se reconstitue en Arménie, pays dans lequel ils ont vécu l'essentiel de leur vie et où l'intéressée n'est pas dépourvue d'attaches personnelles et familiales. D'autre part, la requérante n'apporte pas d'éléments de nature à prouver que, depuis sa très récente arrivée sur le territoire français, elle serait insérée personnellement, socialement et professionnellement, de manière significative, au sein de la société française. Dans ces conditions, la décision d'éloignement n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions à fin d'annulation et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent dès lors être rejetées.

Sur les conclusions à fin de suspension présentées à titre subsidiaire :

13. En vertu des dispositions de l'article L. 752-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est fait droit à la demande de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'OFPRA à la demande de protection internationale au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office. Le requérant peut notamment se prévaloir d'éléments apparus et de faits intervenus postérieurement à la décision de l'OFPRA ou à l'obligation de quitter le territoire français.

14. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier de l'analyse de la décision de l'OFPRA du 26 septembre 2022 et des seuls arguments invoqués par la requérante, qu'il existerait, à la date du présent jugement, un doute sérieux sur le bien-fondé de cette décision.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de suspension présentées par Mme F doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demande Mme F, qui a été admise à l'aide juridictionnelle provisoire, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Mme F est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme F est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G F, au préfet de la

Côte-d'Or et à Me Riquet-Michel.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

L. ALa greffière,

A. Roussilhe

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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