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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2203237

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2203237

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2203237
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantGOURINAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 décembre 2022 M. D C, représenté par Me Gourinat, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 30 novembre 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a retiré son titre de séjour ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est présumée s'agissant d'un retrait de titre de séjour ; en outre en le contraignant à restituer sa carte de résident, la décision en litige le prive de la possibilité de se rendre le 30 décembre 2022 dans son pays d'origine pour y passer les fêtes de fin d'année ;

- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

•à titre principal sur la légalité interne, la décision attaquée est entachée d'erreur de fait dès lors que le société qu'il dirige n'a jamais employé M. A aux mois de mars et mai 2022 ;

•à titre subsidiaire sur la légalité externe, la décision attaquée est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ; elle viole également l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle retire une décision individuelle créatrice de droit alors que son droit au séjour n'est entaché d'aucune illégalité.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 décembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C la somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence n'est pas établie dès lors que le retrait du titre de séjour de M. C est effectif depuis le 30 novembre 2022, qu'il ne fait pas l'objet d'une obligation de quitter le territoire, qu'il est invité à déposer une demande de titre de séjour, que si son dossier est complet il se verra remettre un récépissé l'autorisant à résider sur le territoire et qu'il ne justifie d'aucune nécessité de se rendre en Tunisie ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, laquelle :

• n'est entachée d'aucune erreur de fait ; les attestations produites par le requérant indiquant que M. A n'a pas travaillé dans son restaurant en mars et mai 2022 sont dépourvues de toute valeur probante ; à l'inverse l'Ursaff confirme, sans que ce soit sérieusement contesté, que M. A a bien été déclaré comme salarié de la société Msaken Foods auprès de leur service pour les mois de mars et mai 2022 ;

•est suffisamment motivée en fait et en droit

•pouvait être retirée légalement dès lors que l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne fixe aucun délai pour le retrait d'une carte de résident lorsque son titulaire a employé un étranger non muni d'un titre l'autorisant à exercer une activité salariée.

Des pièces nouvelles enregistrées les 16 et 26 décembre 2022 ont été produites pour M. C.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond n°2203238, enregistrée le 14 décembre 2022.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

-le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Lelong, greffière d'audience :

- le rapport de M. Rousset, juge des référés ;

- les observations de Me Gourinat, pour le compte du requérant qui était présent, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête ; il soutient en outre que l'urgence est établie dès lors que la préfecture n'a pas mis M. C en mesure de disposer effectivement d'un titre de séjour lui permettant notamment de se rendre en Tunisie comme il l'avait programmé avant la notification du retrait de sa carte de résident ; la préfecture ne produit pas le contrat à durée indéterminée qu'il aurait prétendument signé avec M. A ; les attestations versées à l'instance ne sont pas dépourvues de valeur probante au seul motif qu'elles ont été établies postérieurement à la décision en litige ; M. B et Mme M, salariés de la société Urban Foods mis à disposition de la société Msaken Foods aux mois de mars et mai 2022 travaillaient effectivement dans son établissement au cours de cette période et pouvaient dès lors valablement attester que M. A n'était pas présent ; c'est par une erreur qu'il a corrigée que l'expert-comptable de la société Msaken Foods a déclaré à l'Ursaff M. A au titre des mois de mars et mai 2022 ; sa carte de résident ne pouvait lui être retirée au-delà d'un délai de quatre mois ;

- les observations de Mme Rucksthul, représentant le préfet de la Côte-d'Or qui persiste par les mêmes moyens dans ses conclusions tendant au rejet de la requête ; elle soutient en outre que la circonstance que l'expert-comptable du requérant ait indiqué le 26 décembre 2022 à l'Ursaff que M. A avait été déclaré par erreur comme salarié de la société Msaken Foods sans pour autant donner d'explication sur les causes de cette erreur et sur l'activité de M A, est insuffisante pour priver de valeur probante cette déclaration ; les attestations de M. B et Mme M ne sont pas probantes dès lors qu'il ressort de leurs bulletins de salaire et des contrats de travail produits qu'ils sont salariés de la société Urban Foods et non de la société Msaken Foods ; il ressort des dispositions spéciales de l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui dérogent aux dispositions générales de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration, que la carte de résident peut être retirée sans condition de délais lorsque son titulaire a employé un étranger non muni d'un titre l'autorisant à exercer une activité salariée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Une note en délibéré enregistrée le 27 décembre 2022 a été produite pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né en 1989 et titulaire d'une carte de résident en qualité de conjoint de français valable du 18 novembre 2020 au 17 novembre 2030 exerce la présidence de la SAS Msaken Foods qui exploite un restaurant 25 rue du Transvaal à Dijon. Le 31 mars 2022, M. A, ressortissant tunisien qui n'était pas autorisé à travailler en France et qui se prévalait d'un contrat à durée indéterminée signée avec la société Msaken Foods, a déposé, par l'intermédiaire de son conseil, une demande de titre de séjour en qualité de salarié. Par un courrier du 23 mai 2022, le préfet de la Côte-d'Or a informé M. C qu'il lui était reproché d'avoir embauché depuis le 11 mars 2022 M. A en violation des dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail, qu'il envisageait pour ce motif de lui retirer sa carte de résident et qu'il l'invitait à présenter au préalable ses observations. Par lettre du 30 mai 2022, M. C a, par l'intermédiaire de son nouveau conseil, contesté avoir embauché M A et précisé qu'il envisageait seulement de le recruter si sa situation administrative était régularisée. Il indiquait à cet égard qu'" aucun contrat de travail, aucune fiche de paie ni aucune déclaration sociale n'a été établie par la SAS Msaken Foods pour ce salarié qui n'est à ce jour pas embauché ". Par un arrêté du 30 novembre 2022 notifié le 7 décembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or a retiré la carte de résident de M. C au motif que M. A avait travaillé dans son restaurant aux mois de mars et mai 2022 alors que l'intéressé n'était pas titulaire d'une autorisation de travail. Par la présente requête, M. C demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 30 novembre 2022 par lequel le préfet de la Côte d'Or lui a retiré sa carte de résident valable du 18 novembre 2020 au 17 novembre 2030.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aux termes de l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout employeur titulaire d'une carte de résident peut se la voir retirer s'il a occupé un travailleur étranger en violation des dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail ". Et aux termes de de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. Il est également interdit à toute personne d'engager ou de conserver à son service un étranger dans une catégorie professionnelle, une profession ou une zone géographique autres que celles qui sont mentionnées, le cas échéant, sur le titre prévu au premier alinéa. "

4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens susvisés, invoqués par M. C, ne se révèle propre à susciter un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué. En particulier, si le requérant soutient que le préfet aurait commis une erreur de fait en mentionnant qu'il avait embauché M. A aux mois de mars et mai 2022, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qui était indiqué dans ses observations produites le 30 mai 2022 dans le cadre de la procédure contradictoire, la société Msaken Foods a déclaré sur son compte employeur ouvert auprès de l'Ursaff les salaires de 1 222,65 euros et 126,59 euros versés à M. A au titre des mois de mars et mai 2022. Et la circonstance que la société Msaken Foods ait adressé le 26 décembre 2022 un courriel à son expert-comptable afin " d'annuler les déclarations sociales faites à l'Ursaff pour M. A ", est insuffisante, en l'état de l'instruction, pour priver ces déclarations sociales de leur valeur probante et établir que M. A n'exerçait aucune activité au sein du restaurant du 25 rue du Transvaal au cours de la période litigieuse. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de cet arrêté doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à M. C la somme réclamée en remboursement des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le préfet de la Côte-d'Or.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du préfet de la Côte-d'Or tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Côte-d'Or.

Fait à Dijon, le 28 décembre 2022.

Le juge des référés,

O. Rousset

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaire de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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