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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300113

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300113

mercredi 18 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300113
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantTRAORE IBRAHIMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 janvier 2023, M. B A, représenté par la société d'avocats Itra Consulting, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Yonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé une interdiction de retour pendant deux ans, ainsi que l'arrêté du 10 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Yonne l'a assigné à résidence pendant 45 jours ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler l'interdiction de retour et la décision d'assignation, à titre plus subsidiaire, d'annuler l'interdiction de retour et à titre encore plus subsidiaire d'annuler l'assignation ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de procéder à un réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- en fondant sa décision principalement sur le procès-verbal d'interpellation sans démontrer en quoi l'examen de la situation du requérant n'autorise pas son admission au séjour, le préfet s'est à tort cru en situation de compétence liée et méconnu les articles 5 et 6 de la directive 2008/115/CE du parlement européen du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- elle a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour :

- elle est excessive, et ne tient pas compte de sa durée de présence, et de ses attaches familiales et professionnelles sur le territoire ;

S'agissant de la décision portant assignation à résidence :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement et dès lors qu'il présente toutes les garanties.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 janvier 2023, le préfet de l'Yonne, représenté par la société d'avocats Centaure et associés, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D C,

- et les observations de Me Ioannidou, représentant le préfet de l'Yonne, qui s'en rapporte aux observations écrites.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né le 31 décembre 2000, a été interpelé le 10 janvier 2023, sans document d'identité ni visa ou titre de séjour. Par arrêté du 10 janvier 2023, le préfet de l'Yonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par arrêté du même jour, le préfet de la Nièvre a assigné M. A à résidence pour une durée de 45 jours. M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 janvier 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour :

En ce qui concerne la décision d'éloignement :

2. En premier lieu, l'arrêté vise les dispositions dont il fait application, en particulier les dispositions de l'article L.611-1 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique que l'intéressé est entré irrégulièrement en France, qu'il s'y maintient sans avoir demandé un titre de séjour, et qu'il ne justifie d'aucune attache sur le territoire français. La décision d'éloignement est ainsi suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que le préfet se serait cru à tort en situation de compétence liée pour prononcer une obligation de quitter le territoire français. Il ne ressort pas davantage des termes de la décision attaquée ou des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant de prononcer cette décision. Le requérant n'est pour le reste pas fondé à se prévaloir articles 5 et 6 de la directive 2008/115/CE du parlement européen du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, qui ont été transposées en droit français.

4. En dernier lieu, les moyens tirés de la violation des articles 3 et 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont assortis d'aucun élément de fait relatifs à la situation du requérant. Ces moyens ne peuvent dès lors qu'être écartés comme dépourvus de précision permettant d'en apprécier le bienfondé.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " ; et aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () "

6. Le requérant soutient que la décision du préfet portant interdiction de retour de deux ans est excessive en ce qu'elle ne tient pas compte des circonstances rapportées par le requérant, notamment sa durée de présence, ses attaches familiales et professionnelles sur le territoire. Il n'apporte toutefois aucune précision sur aucun de ces différents points. Le moyen ne peut par suite qu'être rejeté comme dénué de précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté du 10 janvier 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 janvier 2023 portant assignation à résidence

8. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de M. A n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé par voie d'exception, ne peut qu'être rejeté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut placer en rétention, pour une durée de quarante-huit heures, l'étranger qui se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 731-1 lorsqu'il ne présente pas de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement et qu'aucune autre mesure n'apparaît suffisante à garantir efficacement l'exécution effective de cette décision.. ".

10. En l'espèce, si le préfet de l'Yonne a indiqué dans sa décision que l'intéressé " ne présente pas les conditions de représentation à prévenir le risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement ", il n'a pour autant pas décidé de prononcer une mesure de rétention, de sorte que le requérant ne peut utilement soutenir qu'il présente des garanties de représentation suffisante.

11. Enfin, si le requérant cite dans ses écritures l'article 2 du Protocole n°4 à la Convention européenne des droits de l'homme, il n'en tire aucun moyen.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 janvier 2023 portant assignation à résidence doivent être rejetées.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que l'ensemble des conclusions en annulation présentées par M. A à titre principal ou subsidiaire ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction ne peuvent par suite qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Yonne et à société d'avocats Itra Consulting.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mis à dispositions au greffe le 18 janvier 2023

Le magistrate désignée,

M-E. C

Le greffier,

J. Testori

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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