vendredi 20 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2300128 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | REFERE |
| Avocat requérant | BEN HADJ YOUNES SANA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 janvier 2022, Mme A D, représentée par Me Ben Hadj Younes, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2023 par lequel le préfet du Doubs a prononcé son transfert aux autorités polonaises ;
2°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet du Doubs l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique
Elle soutient que :
- la décision a été prise en méconnaissance des dispositions des articles 4 et 5 du règlement UE n° 604/2013 ;
- - elle a été prise en méconnaissance des articles 3 et 17 du règlement UE n° 604/2013 et de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile;
- la décision portant assignation à résidence est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de transfert.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 janvier 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Laurent, première conseillère, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C B,
- et les observations de Me Ben Hadj Younes, représentant Mme D, qui déclare renoncer aux moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles 4 et 5 du règlement UE n° 604/2013, et reprend pour le reste les moyens et conclusions de la requête. Elle ajoute que la France a sollicité la reprise en charge par la Pologne sur le fondement du b) de l'article , alors que la Pologne a accepté la reprise en charge sur le fondement du c) du même article, que dès lors, il existe une incertitude sur le traitement de la demande d'asile en Pologne, qu'il bien été fait état des liens familiaux de Mme et M. D en France lors de l'entretien, dont le compte rendu est sur ce point incomplet, et que ces liens, qui permettent d'assurer un hébergement et une intégration rapide des membres de la famille, justifient qu'il soit fait usage de la clause de souveraineté.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante russe née le 28 août 1994, est entrée en France en compagnie de son époux et de leurs enfants, et y a déposé une demande d'asile le 15 décembre 2022. La consultation du fichier Eurodac a révélé qu'elle avait déposé une demande d'asile en Pologne le 15 novembre 2022. Le 3 janvier 2023 les autorités polonaises ont expressément fait connaître leur accord en vue de reprendre en charge l'intéressée. Par arrêtés du 10 janvier 2023, dont Mme D demande l'annulation, le préfet du Doubs a décidé de prononcer son transfert aux autorités polonaises, et l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme D.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : "1. L'Etat membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : () b) prendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre Etat membre . c) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29 le ressortissant de pays tiers ou l'apatride qui a retiré sa demande en cours d'examen et qui a présenté une demande dans un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre; ()2. () Dans les cas relevant du champ d'application du paragraphe 1, point c), lorsque l'État membre responsable avait interrompu l'examen d'une demande à la suite de son retrait par le demandeur avant qu'une décision ait été prise sur le fond en première instance, cet État membre veille à ce que le demandeur ait le droit de demander que l'examen de sa demande soit mené à terme ou d'introduire une nouvelle demande de protection internationale, qui ne doit pas être considérée comme une demande ultérieure prévue par la directive 2013/32/UE. Dans ces cas, les États membres veillent à ce que l'examen de la demande soit mené à terme ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la France a saisi les autorités polonaises, sur le fondement de l'article 18 paragraphe 1, b) du règlement précité, en indiquant que Mme D avait déposé une demande d'asile auprès de ces autorités le 15 novembre 2022. Le 3 janvier 2023 les autorités polonaises ont expressément fait connaître leur accord en vue de reprendre en charge l'intéressée sur le fondement de l'article 18 paragraphe 1, c) du même règlement. D'une part, il n'est pas contesté que Mme D a renoncé à sa demande d'asile déposée en Pologne. D'autre part, les dispositions précitées garantissent que, dans une telle situation, l'intéressée aura la possibilité, soit de demander aux autorités polonaises que l'examen de sa demande d'asile soit repris et mené à son terme, soit de déposer une nouvelle demande auprès de ces autorités. Dès lors, le préfet du Doubs pouvait se fonder sur l'accord des autorités polonaises pour prononcer la décision de transfert contestée.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés par ledit règlement, ne constitue pas un droit pour les demandeurs d'asile.
7. Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable. () ". Et aux termes de l'article L.571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II./Une attestation de demande d'asile est délivrée au demandeur selon les modalités prévues à l'article L. 521-7. Elle mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'Etat responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat./Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat "
8. D'une part, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les États membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un État autre que la France, que cet État a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet État membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.
9. En l'espèce, Mme D fait valoir que la Pologne, compte-tenu de sa situation géographique et du nombre de demandeurs qui se présentent à sa frontière, ne serait pas en mesure de procéder, dans des conditions conformes aux règles internationales, à l'examen de sa demande d'asile. Elle n'apporte pas, par ces seules allégations, d'éléments suffisants pour établir le risque allégué.
10. D'autre part, Mme D se prévaut de la présence en France de sa belle-sœur, qui est de nationalité française et qui est en mesure de l'héberger, et de lui apporter le soutien nécessaire. Si le compte-rendu d'entretien mené lors du dépôt de la demande d'asile de son époux ne fait pas état de la présence de sa sœur en France, cet élément est bien retranscrit dans le compte-rendu de l'entretien mené avec Mme D, et est mentionné dans la décision en litige, ce qui montre que le préfet du Doubs a pris connaissance des liens dont les époux D disposent en France. Pour autant, la présence de la sœur de M. D en France n'est pas, à elle seule, un élément suffisant pour considérer qu'en s'abstenant de faire usage de la faculté d'examiner la demande d'asile déposée en France par la requérante, le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 et les dispositions de l'article L.571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'arrêté d'assignation à résidence :
11. Dès lors que la requérante n'établit pas l'illégalité de la décision de transfert, elle n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'arrêté portant à assignation à résidence.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées pour Mme D doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
13. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le conseil de la requérante demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au préfet du Doubs et à Me Ben Hadj Younes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur, au préfet de la Côte d'Or et au bureau d'aide juridictionnelle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023
La magistrate désignée,
M. BLa greffière,
L. LELONG
La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026