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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300174

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300174

lundi 23 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300174
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantROTHDIENER GAËTAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 janvier 2023, M. D, représenté par Me Rothdiener, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2023 par lequel le préfet du Doubs a prononcé sa remise aux autorités italiennes ;

3°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2023 par lequel le préfet du Doubs l'a assigné à résidence dans la Côte-d'Or pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer une attestation de demande d'asile en " procédure normale ", conformément aux dispositions de l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son avocat sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que le signataire de cette décision dispose d'une délégation de signature à cet effet, régulièrement publiée et suffisamment précise pour permettre l'édiction des deux décisions en litige ;

S'agissant de la décision portant remise aux autorités italiennes :

- la décision est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le préfet du Doubs n'apporte pas la preuve qu'il aurait bénéficié des informations prévues par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dans une langue qu'il comprend ;

- il appartient au préfet du Doubs d'établir que l'entretien individuel prévu à l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 a été effectivement mené par un agent qualifié au sens du droit de l'Union européenne ;

- le préfet du Doubs n'apporte la preuve ni de la demande de prise en charge adressée aux autorités italiennes, ni celle de l'existence d'une acceptation implicite ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article 13, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors que le préfet du Doubs n'établit pas qu'il a franchi la frontière italienne en provenance d'un pays tiers il y a moins de douze mois ;

S'agissant de la décision portant assignation à résidence :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant remise aux autorités italiennes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes prévues à l'article R. 777-3-8 de ce code, dans les conditions prévues aux articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 23 janvier 2023 à 8 heures 30 minutes.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. B A.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 8 heures 33 minutes.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant afghan, né en 1987 en Afghanistan, est entré irrégulièrement sur le territoire français. Il a présenté une demande d'asile le 1er septembre 2022. L'examen de ses empreintes digitales a fait apparaître qu'elles avaient déjà été enregistrées par les autorités italiennes le 17 août 2022. Les autorités italiennes ont été saisies d'une demande de prise en charge et ont implicitement donné leur accord. Le 12 janvier 2023, le préfet du Doubs a pris deux arrêtés, notifiés le 17 janvier 2023 par voie administrative, l'un prononçant la remise de l'intéressé aux autorités italiennes et l'autre l'assignant à résidence dans le département de la Côte-d'Or pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable trois fois. M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. C.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Par un arrêté référencé 25-2022-07-25-0001 du 25 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs référencé 25-2022-056 du même jour, le préfet du Doubs a donné délégation à M. Philippe Portal, secrétaire général de la préfecture du Doubs, à l'effet de signer notamment les décisions de transfert des étrangers dont l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre État membre et les décisions portant assignation à résidence. Par suite, le vice d'incompétence allégué manque en fait et doit être, pour ce motif, écarté.

En ce qui concerne la remise aux autorités italiennes :

S'agissant de la légalité externe :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement et notamment : / a) des objectifs du présent règlement () / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C s'est vu délivrer, le 1er septembre 2022, deux brochures d'informations, dites " A " (J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande d'asile ') et " B " (Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce que cela signifie '), dont les pages de garde comportent la signature de l'intéressé. Ces documents constituent la brochure commune visée au paragraphe 3 de l'article 4 du règlement précité et contiennent l'intégralité des informations prévues au paragraphe 1 de cet article. Ces brochures ont été remises à l'intéressé en langue pachtoune, langue qu'il ne conteste pas lire, parler et comprendre. En outre, M. C a signé sans aucune réserve le résumé de son entretien individuel, intervenu le même jour en langue pachtoune, au cours duquel il n'a fait état d'aucune difficulté de compréhension, attestant que les informations sur les règlements communautaires lui ont été remises. Par ailleurs, la circonstance que le " guide du demandeur d'asile " ne lui a pas été remis est sans incidence sur la régularité de la procédure, la remise de la brochure dite " A " et de la brochure dite " B ", qui seules constituent la brochure commune au sens des dispositions de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013, permettant aux demandeurs d'asile de bénéficier d'une information complète sur l'application du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 de ce règlement doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5, intitulé " Entretien individuel ", du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".

8. Il résulte de ces dispositions que les autorités de l'Etat membre doivent, afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable de la demande d'asile, mener un entretien individuel avec le demandeur à l'effet notamment de veiller à ce que celui-ci a reçu et comprend les informations prévues à l'article 4.

9. Il ressort des pièces du dossier que, le 1er septembre 2022, M. C a bénéficié d'un entretien individuel réalisé en langue pachtoune, langue que l'intéressé ne conteste pas comprendre et parler, au cours duquel il a pu présenter ses observations et mentionner les raisons qui l'ont amené à fuir son pays d'origine, et à l'issue duquel il a attesté avoir reçu l'information sur les règlements communautaires. Il ressort également des pièces du dossier que cet entretien a été mené par un agent compétent de la préfecture de la Côte-d'Or, qui est un agent qualifié au sens du 5 de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013, qui manque une nouvelle fois en fait, doit être écarté.

S'agissant de la légalité interne :

10. Aux termes de l'article 13, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " Lorsqu'il est établi, sur la base de preuves ou d'indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, du présent règlement, notamment des données visées au règlement (UE) no 603/2013, que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de la frontière. ". Aux termes de l'article 22 de ce règlement : " 1. L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur dans un délai de deux mois à compter de la réception de la requête. / () 7. L'absence de réponse à l'expiration du délai de deux mois mentionné au paragraphe 1 () équivaut à l'acceptation de la requête et entraîne l'obligation de prendre en charge la personne concernée, y compris l'obligation d'assurer une bonne organisation de son arrivée. ".

11. En premier lieu, le préfet du Doubs produit à l'instance le formulaire de demande de prise en charge adressé le 13 septembre 2022 aux autorités italiennes, son accusé de réception et la lettre par laquelle il a informé ces autorités le 15 novembre 2022 qu'elles devaient être regardées comme ayant accepté le 14 novembre 2022 leur responsabilité et l'accusé de réception de cette lettre. Par suite, le moyen tiré de ce que ce préfet n'établirait ni la demande de prise en charge ni celle de l'existence d'une acceptation implicite, manque en fait et doit être écarté.

12. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C a franchi irrégulièrement la frontière italienne le 16 août 2022, qu'à cette occasion, le 17 août 2022 ont été relevées ses empreintes digitales en Italie et qu'ainsi, à la date à laquelle il a présenté, auprès des autorités françaises, sa première demande d'asile, le 1er septembre 2022, il avait franchi irrégulièrement la frontière italienne depuis moins de douze mois. Ainsi, à cette date, l'Italie était encore, en principe, l'État responsable de l'examen de sa demande de protection internationale, ainsi d'ailleurs que ces autorités l'ont implicitement reconnu. Dès lors, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet du Doubs n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit au regard des dispositions précitées de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

13. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2023, par lequel le préfet du Doubs a prononcé sa remise aux autorités italiennes.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

14. M. C n'ayant pas démontré l'illégalité de l'arrêté portant remise aux autorités italiennes, n'est pas fondé à demander l'annulation, de l'arrêté par lequel le préfet du Doubs l'a assigné à résidence, par voie de conséquence de l'annulation de l'arrêté portant remise aux autorités italiennes. N'ayant présenté aucun autre moyen au soutien de ces conclusions, il n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté par lequel il a été assigné à résidence.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. C, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

17. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le conseil du requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D, au préfet du Doubs et à Me Gaëtan Rothdiener.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon, au préfet de la Côte-d'Or et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

I. A

La greffière,

L. Lelong

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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