mercredi 25 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2300210 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | REFERE |
| Avocat requérant | ROTHDIENER GAËTAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 janvier 2023, M. A F, représenté par Me Rothdiener, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2023, par lequel le préfet de la Nièvre l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année ;
3°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2023, par lequel le préfet de la Nièvre l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que le signataire des deux arrêtés litigieux dispose d'une délégation de signature à cet effet, régulièrement publiée et suffisamment précise pour permettre l'édiction des décisions en litige ;
S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée, dès lors notamment qu'elle ne fait pas l'objet d'une motivation distincte de la décision portant refus de séjour au titre de l'asile et qu'elle ne mentionne pas le motif du refus de sa demande d'asile, en méconnaissance du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation familiale, dès lors que la demande d'asile de sa fille est passée sous silence ;
- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision portant assignation à résidence :
- cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2022, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B, par une décision du 1er septembre 2022, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes prévues à l'article L. 614-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 25 janvier 2023 à 14 heures.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. D B.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 14 heures 03 minutes.
Considérant ce qui suit :
1. M. A F, ressortissant arménien, né en 1983 en Union des républiques socialistes soviétiques, a déclaré être entré irrégulièrement en France en avril 2019, avec son épouse et ses deux enfants. A la suite du rejet le 8 octobre 2020 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de la demande d'asile de l'intéressé, et du rejet le 15 décembre 2020 par la Cour nationale du droit d'asile de sa requête dirigée contre cette décision, celui-ci a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 14 janvier 2021, demeurée non exécutée. A la suite d'un contrôle routier, l'intéressé a été interpellé le 20 janvier 2023 par les services de gendarmerie de La Charité-sur-Loire et a fait l'objet d'un contrôle de son droit au séjour. Par un nouvel arrêté, en date du 20 janvier 2023, notifié le même jour, le préfet de la Nièvre l'a obligé de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année. Par un second arrêté du même jour et notifié simultanément au premier, le préfet de la Nièvre l'a assigné à résidence dans le département de la Nièvre pour une durée de quarante-cinq jours. M. F demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. F.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. Par un arrêté du 27 octobre 2022, référencé 58-2022-10-27-00004, publié le même jour au recueil des actes administratifs référencé 58-2022-120 du même jour, le préfet de la Nièvre a donné délégation à M. C E de Ballangen, directeur des services du cabinet, à l'effet de prendre, lors des permanences qu'il est amené à réaliser périodiquement au niveau départemental, toute décision nécessitée par une situation d'urgence, à l'exception de décisions limitativement énumérées au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E de Ballangen n'aurait pas agi dans le cadre d'une telle permanence ni qu'il ne serait pas intervenu dans le cadre d'une situation d'urgence, eu égard notamment aux circonstances et au jour et à l'heure auxquels les décisions litigieuses ont été édictées et notifiées à l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée, qui manque en fait, doit être écarté.
En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée en droit par le visa de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par la mention du 3° de cet article, et en fait par diverses circonstances au nombre desquelles l'intéressé a vu sa demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile, il se maintient en situation irrégulière sur le territoire français malgré la notification d'une précédente obligation de quitter le territoire français, et il n'entre dans aucun des cas faisant obstacle à son éloignement. En outre, il ne ressort pas des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Nièvre ait entendu se fonder sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que les arguments de l'intéressé au soutien de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, sont dépourvus de toute pertinence. Par suite, et alors que le bien-fondé des motifs ne se confond pas avec l'obligation de motivation, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui manque en fait, doit être écarté.
6. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que le préfet de la Nièvre a constaté que tant M. F que Mme G, son épouse, avaient fait l'objet d'obligations de quitter le territoire français, consécutives au rejet de leur demande d'asile, tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile, demeurées non exécutées. Alors que le préfet de la Nièvre a examiné notamment et successivement la situation familiale du requérant, le droit au séjour de l'intéressé et de sa famille, sa demande d'asile, l'existence de risques en cas de retour en Arménie, l'existence d'une précédente mesure d'éloignement, l'existence de circonstances humanitaires et l'intégration de l'intéressé sur le territoire français, M. F ne saurait soutenir que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation, en faisant valoir qu'il ne fait pas mention de la demande d'asile formée pour leur fille mineure, alors que cette demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 septembre 2020, simultanément à celles de ses parents. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Si M. F se prévaut de l'existence d'une demande d'asile présentée pour sa fille mineure, il ressort des pièces du dossier que cette demande, comme cela a été dit précédemment, a été rejetée par une décision du 30 septembre 2020 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, de sorte qu'en tout état de cause, M. F ne saurait tirer aucun droit au séjour de cette demande d'asile. En l'espèce, si l'intéressé est présent sur le sol français depuis un peu plus de trois années, la durée de cette présence ne s'explique que par l'examen des demandes d'asile présentées par sa femme et par lui-même et par l'absence d'exécution de la mesure d'éloignement prononcée à l'issue de cet examen. L'intéressé ne se prévaut d'aucun lien personnel, familial ou professionnel qu'il aurait pu nouer sur le territoire français et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait isolé en Arménie. En outre, son épouse fait également l'objet d'une mesure d'éloignement et rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Arménie ou dans l'un des pays dans lesquels la famille serait admissible. Par suite, le préfet de la Nièvre n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'a pas davantage méconnu le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 janvier 2023, par lequel le préfet de la Nièvre l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
10. Il résulte de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant assignation à résidence par voie de conséquence de l'annulation de ces décisions. M. F n'ayant présenté aucun autre moyen au soutien de ses conclusions dirigées contre la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet, ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette décision doivent être rejetées.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. F doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
12. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par le conseil de M. F.
D E C I D E :
Article 1er : M. A F est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, au préfet de la Nièvre, et à Me Gaëtan Rothdiener.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
I. B
La greffière,
L. Lelong
La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026