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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301028

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301028

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301028
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantHASSID SOPHIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 avril et 8 mai 2023, M. B A, représenté par Me Hassid, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2023 par lequel le Préfet de Saône-et-Loire a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) en cas d'annulation pour illégalité interne, d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer une carte de résident et, subsidiairement, une carte de séjour pluriannuelle dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) en cas d'annulation pour illégalité externe, d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer, dans les huit jours suivant la notification du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour comportant un droit au travail jusqu'à réinstruction de sa demande, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat à la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à lui verser directement.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors que le préfet n'a pas saisi la commission de titre de séjour ;

- il est entaché d'une erreur de fait, dès lors que la préfecture aurait dû, d'elle-même, se renseigner et vérifier si l'autorisation de travail avait été délivrée ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 421-1, L. 421-2, R. 421-2 et R. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les dispositions de l'article R. 5221-33 du code du travail ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2023, le préfet de de Saône-et-Loire, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 juin 2023 à 12 heures 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement, sur proposition du rapporteur public, l'a dispensé de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cherief, rapporteur ;

- et les observations de Me Cavalli, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né le 1er janvier 1969, a sollicité le 19 juillet 2022 le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle en qualité de " salarié ". Par un arrêté du 3 février 2023, le préfet de Saône-et-Loire a rejeté la demande de l'intéressé. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 6 janvier 2023, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation à Mme Agnès Chavanon, secrétaire générale, " à l'effet de signer tous arrêtés, décisions circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département ", à l'exception de la réquisition des comptables publics et des arrêtés de conflit. Cette délégation a été régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de Saône-et-Loire du 6 janvier 2023, aisément consultable en ligne. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'incompétence manque en fait et doit, par conséquent, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ".

4. Contrairement à ce que fait valoir M. A, la commission de titre de séjour n'avait pas à être saisie dans le cadre d'une demande présentée sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'est pas visé par les dispositions énoncées au point 3 du présent jugement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à la date d'intervention de la décision attaquée, le 3 février 2023, le requérant n'a pas produit les autorisations de travail relatives aux deux contrats de travail dont il s'est prévalu à l'appui de sa demande de renouvellement, malgré la demande de pièce complémentaire formulée par le préfet. La seule circonstance que la société " Onur Construction ", avec laquelle M. A a conclu un contrat de travail à durée indéterminée à temps plein le 20 octobre 2022, ait déposé une demande d'autorisation de travail le 23 novembre 2022 et que la société " Art Bat 71 " ait formulé une demande d'autorisation de travail en date du 28 janvier 2023 pour un contrat à durée indéterminée n'était pas de nature à justifier la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a coché les cases " renouvellement " et " salarié " sur le formulaire de demande de demande de titre de séjour qu'il a déposé le 19 juillet 2022 auprès de services de la préfecture de Saône-et-Loire. Ainsi, le requérant, qui s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " et valable du 7 septembre 2018 au 6 septembre 2022, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et dès lors que le préfet n'était pas tenu d'examiner d'office s'il pouvait prétendre à la délivrance d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans, M. A ne peut utilement faire valoir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 421-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 433-6, l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " et qui est titulaire d'une carte de séjour délivrée pour un autre motif bénéficie d'une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention demandée lorsque les conditions de délivrance de cette carte sont remplies. / A l'expiration de la durée de validité de cette carte, s'il continue à en remplir les conditions de délivrance, il bénéficie, à sa demande, d'une carte de séjour pluriannuelle portant la même mention. / Lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'une première carte de séjour pluriannuelle dans les conditions prévues au présent article, il doit en outre justifier du respect des conditions prévues au 1° de l'article L. 433-4. ".

8. Il ressort des pièces du dossiers que M. A était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié ", valable du 7 septembre 2018 au 6 septembre 2022, dont il demande le renouvellement, et non pas de la carte de séjour temporaire d'une durée d'un an délivrée, en application des dispositions précitées de l'article L. 421-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " et qui est titulaire d'une carte de séjour délivrée pour un autre motif. Dès lors, il ne peut utilement faire valoir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 421-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article L.421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail ". Aux termes de l'article R. 421-2 du même code : " L'étranger titulaire de la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " qui se trouve involontairement privé d'emploi présente tout justificatif relatif à la cessation de son emploi et, le cas échéant, à ses droits au regard des régimes d'indemnisation des travailleurs privés d'emploi. / Le préfet statue sur sa demande de renouvellement conformément aux dispositions de l'article L. 421-1. ". Aux termes de l'article R. 421-3 de ce code : " La carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " salarié " délivrée en application de l'article L. 421-1 ne peut être retirée au motif que l'étranger s'est trouvé, autrement que de son fait, privé d'emploi. ". Aux termes de l'article R. 5221-33 du code du travail : " Par dérogation à l'article R. 5221-32, la validité de l'autorisation de travail mentionnée au 2° du I de l'article R. 5221-3 est prorogée d'un an lorsque l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi à la date de la première demande de renouvellement. / Si, au terme de cette période de prorogation, l'étranger est toujours privé d'emploi, il est statué sur sa demande compte tenu de ses droits au regard du régime d'indemnisation des travailleurs involontairement privés d'emploi. ".

10. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, qu'à la date de la demande de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle, M. A était salarié en qualité de maçon auprès de la société " JC Bat " dans le cadre d'un contrat à durée déterminée conclu pour la période du 14 juin 2022 au 18 septembre 2022 et, d'autre part, ainsi que cela ressort du courrier du 14 décembre 2022 par lequel les services de la préfecture de Saône-et-Loire ont demandé au requérant de compléter son dossier par la production d'une autorisation de travail, que M. A s'est prévalu de la conclusion d'un contrat à durée indéterminée avec la société " Onur Construction " le 20 octobre 2022 pour un emploi en qualité de maçon. Enfin, l'intéressé produit à l'appui de sa requête une demande d'autorisation de travail signée par la société " Art Bat 71 " pour un contrat à durée indéterminé en qualité de maçon. Ainsi, M. A n'était pas, à la date de sa demande de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle en qualité de salarié, ni d'ailleurs à la date d'intervention de la décision attaquée, involontairement dépourvu d'emploi et ne peut, par conséquent utilement se prévaloir des dispositions des articles L. 421-1, R. 421-2 et R. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 5221-33 du code du travail.

11. En septième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré régulièrement sur le territoire français le 26 novembre 2000, et qu'il a obtenu un premier titre de séjour en qualité de conjoint de Français de manière frauduleuse, son mariage ayant été annulé par le tribunal de grande instance de Mâcon par un jugement du 11 septembre 2003, ce qui a conduit le préfet de Saône-et-Loire à lui refuser le renouvellement de ce titre de séjour par une décision du 25 novembre 2003. Par un arrêté 23 mars 2009, le préfet de l'Isère a pris à son encontre un arrêté de reconduite à la frontière, un second arrêté fixant la Turquie comme pays de destination. Le requérant a, par la suite, bénéficié d'un premier titre de séjour valable du 31 octobre 2013 au 31 octobre 2014, qui a été renouvelé jusqu'au 26 juillet 2018, une carte pluriannuelle de séjour portant la mention " salarié ", valable du 7 septembre 2018 au 6 septembre 2022, lui ayant été alors délivrée. Si M. A fait valoir qu'il entretient une relation avec une ressortissante turque, mère de trois enfants français, il n'établit pas, par la seule production d'une attestation émanant d'un fournisseur d'électricité, au demeurant récente, partager avec cette personne une vie commune ou contribuer effectivement à l'éducation et à l'entretien de ses enfants alors que, au demeurant, le bail de location qu'il produit à l'appui de sa requête a été conclu en son seul nom. Par ailleurs, le requérant n'établit pas être dépourvu de toute attache en Turquie, et il a lui-même déclaré, dans sa demande de renouvellement, que ses deux enfants ne vivaient pas en France. Ainsi, et nonobstant la circonstance que le requérant a régulièrement travaillé en France depuis 2013, M. A n'établit pas disposer de liens intenses, anciens et stables sur le territoire français. Dès lors, l'arrêté attaqué ne porte pas au droit du requérant à une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Par suite, les moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Saône-et-Loire.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Hascoët, première conseillère,

M. Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

Le rapporteur,

H. Cherief

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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