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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301219

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301219

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301219
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBREY CÉLINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mai 2023, M. B A, représenté par Me Brey, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mars 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 435-3 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat à la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Brey et, en ce cas, donner acte à cette dernière qu'elle renonce par avance au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- le préfet a consulté des fichiers de manière irrégulière ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet ne remet pas en cause la régularité des actes produits à savoir, un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance, une transcription de jugement supplétif, une carte d'identité consulaire et un passeport, lequel aurait dû être pris en considération puisque donné à la préfecture avant la prise de décision ; la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 et de l'article

L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation, le préfet de Saône-et-Loire a entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2023, le préfet de de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon en date du 12 juin 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement, sur proposition du rapporteur public, l'a dispensé de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cherief, rapporteur ;

- et les observations de Me Brey, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen affirmant être né le 5 août 2004, a sollicité le 4 août 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 435-3 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 3 mars 2023, le préfet de Saône-et-Loire a rejeté la demande du requérant. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". Aux termes de cet article : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. En outre, aux termes de l'article 388 du code civil : " Le mineur est l'individu de l'un ou l'autre sexe qui n'a point encore l'âge de dix-huit ans accomplis. / Les examens radiologiques osseux aux fins de détermination de l'âge, en l'absence de documents d'identité valables et lorsque l'âge allégué n'est pas vraisemblable, ne peuvent être réalisés que sur décision de l'autorité judiciaire et après recueil de l'accord de l'intéressé. / Les conclusions de ces examens, qui doivent préciser la marge d'erreur, ne peuvent à elles seules permettre de déterminer si l'intéressé est mineur. Le doute profite à l'intéressé. () ".

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a produit, à l'appui de sa demande de titre de séjour un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance n° 591, légalisé le 21 janvier 2022, une transcription du jugement supplétif légalisé le même jour et une carte d'identité consulaire valable du 31 décembre 2021 au 30 décembre 2023. Afin de contester l'authenticité de ces actes et d'établir qu'à la date de son entrée en France M. A était majeur, le préfet de Saône-et-Loire s'est fondé sur les circonstances que l'intéressé a déclaré différentes identités dans plusieurs départements français sous l'identité de B A né le 5 août 2004, que parmi ces départements, le département du Doubs a estimé, après avoir procédé à son évaluation, qu'il était majeur, que le département de la Drôme a refusé de le prendre en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance et qu'en janvier 2021 il a déclaré comme date de naissance le 9 août 2004, dans le département du Loir-et-Cher, différente de celle déclarée dans ses autres demandes. Toutefois, le préfet de Saône-et-Loire ne produit pas les éléments sur lesquels le département du Doubs s'est fondé pour estimer que l'intéressé était majeur ni les éléments sur lesquels le département de la Drôme s'est appuyé pour refuser de prendre en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance M. A. Par ailleurs, les services de l'aide sociale à l'enfance et aux familles du département de Saône-et-Loire ont attesté, à l'occasion de la demande de titre de séjour de M. A, que ce dernier est né le 5 août 2004, qu'il est entré en France comme mineur non-accompagné après ses 16 ans et qu'il avait été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance et aux familles dans un cadre judiciaire à compter du 23 février 2021. Enfin, à l'appui de sa requête, le requérant produit un passeport guinéen, délivré le 10 novembre 2022, indiquant comme date de naissance le 5 août 2004. A cet égard, la seule circonstance que M. A aurait présenté plusieurs demandes de prise en charge par l'aide sociale à l'enfance et que, à l'occasion d'une de ces demandes, il aurait renseigné une date de naissance comportant une différence de quatre jours, ne suffit pas, à elle seule, à établir la majorité de M. A lors de son entrée sur le territoire national. Par suite, M. A est fondé à faire valoir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation. Il y a dès lors lieu, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, d'annuler l'arrêté du 3 mars 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 435-1 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Le motif d'annulation retenu n'implique pas que le préfet de Saône-et-Loire délivre à M. A le titre de séjour sollicité. Dès lors, les conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 doivent être rejetées. Il y a lieu, en revanche, d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire, en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Sur les frais liés à l'instance :

5. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par conséquent, son conseil est fondé à se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, sous réserve que Me Brey renonce à percevoir le montant de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 3 mars 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 435-3 et

L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Saône-et-Loire de réexaminer la situation de

M. A dans un délai d'un mois à compter du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Brey la somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Brey renonce à percevoir le montant de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Brey.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Mâcon.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Hascoët, première conseillère,

M. Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

Le rapporteur,

H. Cherief

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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