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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301357

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301357

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301357
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBIDOIS JEAN-LUC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le numéro 2301357, le 16 mai 2023, le 16 juin 2023 et le 3 juillet 2023, M. B A E, représenté par Me Bidois, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aude de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, soit en qualité de salarié, soit au titre de la vie privée et familiale, et, subsidiairement, de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer pour la durée de l'instruction un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) de joindre cette instance avec celle engagée par M. A E le 1er juin 2023 et d'ordonner la réinscription au rôle ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié que le signataire de l'arrêté disposait d'une délégation de compétence ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure dès lors que le principe du contradictoire n'a pas été respecté, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et du droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet aurait dû examiner la demande de titre au regard de l'article 3 de l'accord franco-marocain et aurait dû préciser que l'admission au séjour en qualité de salarié était refusée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle ;

- le préfet aurait dû mettre en œuvre son pouvoir de régularisation eu égard à sa situation privée et familiale ;

- la décision portant refus de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure dès lors que le principe du contradictoire n'a pas été respecté, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et du droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- il fait siens les moyens présentés dans la requête enregistrée le 1er juin 2023.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des lettres du 12 juin 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2301519 le 1er juin 2023 et le 30 juin 2023, M. B A E, représenté par Me Dubersten, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de même que les dépens.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale dès lors que le préfet n'a pas examiné la demande au regard des dispositions de l'arrêté franco-marocain alors qu'il a présenté une demande de titre de séjour en qualité de salarié ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il justifie contribuer à l'entretien de son fils ; il a conservé des liens avec son fils ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il établit s'occuper matériellement et affectivement de son fils ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le requérant ne peut pas se prévaloir de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui n'est pas applicable aux ressortissants marocains ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A E, ressortissant marocain né le 20 août 1982, déclare être entré sur le territoire français le 7 mai 2016 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 5 mai 2016 au 18 juin 2016 pour rejoindre Mme D, ressortissante marocaine titulaire en France d'une carte de résident, avec laquelle il s'était marié le 28 avril 2014 au Maroc. Par une décision du 31 octobre 2019, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " au motif que sa demande relevait du regroupement familial et un titre de séjour " salarié " au motif que son employeur n'avait pas donné suite à des demandes de pièces. Par une décision du 20 mars 2020, le préfet de Saône-et-Loire a de nouveau rejeté une demande de titre de séjour en qualité de salarié. Par un courrier daté du 8 novembre 2022, M. A E a sollicité un titre de séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 4 mai 2023, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par ses deux requêtes,

M. A E demande l'annulation de ces décisions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2301357 et 2301519 présentées pour M. A E sont dirigées contre la même décision et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. / () ". Aux termes du premier alinéa de l'article 9 de cet accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. ".

4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

5. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

6. Alors que M. A E a sollicité, par un courrier daté du 8 novembre 2022, " un titre de séjour en tant que salarié " en faisant valoir qu'il était salarié, exerçant un emploi de vendeur en poissonnerie, le préfet s'est borné à indiquer dans l'arrêté du 4 mai 2023 refusant de l'admettre au séjour que l'intéressé avait sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de " salarié " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que cette demande ne saurait être examinée au motif que seul l'article 3 de l'accord franco-marocain était applicable à la délivrance d'une carte de séjour salarié à ses ressortissants. Toutefois, aucune pièce du dossier ne fait état d'une demande présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de sorte que le préfet a commis une erreur de droit et entaché sa décision d'un défaut d'examen de la demande dès lors qu'il n'a pas examiné la demande de M. A E sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain ou sur le fondement de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des deux requêtes, que M. A E est fondé à demander l'annulation de la décision de refus de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ et le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Compte tenu du moyen d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que le préfet réexamine la demande de titre de séjour de M. A E et lui délivre dans l'attente une autorisation provisoire de séjour. Il y lieu de lui enjoindre de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et à la délivrance de l'autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement.

Sur les dépens et les frais liés au litige :

9. En l'absence de dépens exposés dans la présente instance, les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A E d'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par celui-ci et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 mai 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A E, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Saône-et-Loire de réexaminer la demande de M. A E dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette même date.

Article 3 : L'Etat versera à M. A E la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A E et au préfet de Saône-et-Loire.

Copie sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Mâcon.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Nicolet, président,

M. Irénée Hugez, premier conseiller,

Mme Pauline Hascoët, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

La rapporteure,

P. C

Le président,

P. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

N°s 2301357 - 2301519

lc

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