jeudi 29 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2301721 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | REFERE |
| Avocat requérant | BADESCU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 et 27 juin 2023, par laquelle M. D C, représenté par Me Badescu, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2023, par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination de la Roumanie et a assorti ces décisions d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans ou, à défaut, d'annuler cette dernière décision ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens, ainsi que la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il ne présente pas de menace actuelle et suffisamment grave à l'ordre public et aucune atteinte à un intérêt fondamental de la société n'est démontré ;
- la décisions portant interdiction de circuler sur le territoire français méconnait les articles 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, ainsi que 15 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 22 juin 2023 à 12 heures.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de Mme Lelong, greffière :
- le rapport de Mme Hunault, première conseillère,
- et les observations de Mme B, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui s'en est rapportée à ses écritures.
M. C n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Le dossier a été radié du rôle de l'audience du 22 juin 2023 et des pièces produites à la demande du tribunal par le préfet de la Côte-d'Or les 23 et 27 juin 2023, ont été communiquées à M. C.
Un mémoire, enregistré le 23 juin 2023, a été produit par la préfet de la Côte-d'Or et communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Hunault en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 27 juin 2023 à 13h30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de M. Testori, greffier :
- le rapport de Mme Hunault, première conseillère,
- et les observations de Mme A, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans sa requête, en insistant sur la circonstance que même si M. C n'a été ni condamné ni poursuivi, il n'a contesté les faits qui lui sont reprochés qu'à l'occasion de son mémoire en réplique et qu'elle pense que le défaut d'acquittement de péages a été vraisemblablement commis sur le territoire français mais qu'elle ne dispose pas d'éléments permettant d'en attester.
M. C n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 14h08.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant roumain né le 13 novembre 1991, a déclaré être entré en France pour la dernière fois, le 16 juin 2023. Chauffeur-routier, il a été interpellé le lendemain par la brigade de gendarmerie de Chevigny-Saint-Sauveur, pour des faits de vol aggravé de carburant. Par arrêté du 17 juin 2023, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant la Roumanie comme pays de destination et a assorti ces décisions d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par sa requête, M. C, assigné par ailleurs à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, demande au tribunal d'annuler ce premier arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres : " () Les mesures d'ordre public ou de sécurité publique doivent respecter le principe de proportionnalité et être fondées exclusivement sur le comportement personnel de l'individu concerné. L'existence de condamnations pénales antérieures ne peut à elle seule motiver de telles mesures ".
3. L'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions transposent en droit interne la directive mentionnée au point 2, dispose : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
4. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 251-4 du code précité : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".
5. L'arrêté en litige a été pris au motif notamment que M. C, qui transitait par la France, a été interpellé le 17 juin 2023 pour des faits de vol de carburant " aggravé ", puis placé en garde à vue sans être poursuivi et sans que la moindre indication ne soit fournie quant à la nature des circonstances qui auraient été aggravantes, en dépit d'une demande du tribunal. Le préfet s'est également fondé sur la circonstance que l'intéressé " a été signalé " le 29 mars 2023 à Poussan, pour des faits constitutifs non pas d'un délit, mais une contravention prévue à l'article L. 419-1 du code de la route, de " circulation sur une autoroute ou un ouvrage routier ouvert à la circulation publique en éludant de manière habituelle le paiement du péage " à hauteur de 20 000 euros. A cet égard, il ressort des termes mêmes du formulaire de renseignements administratifs que l'évaluation de cette somme est présentée comme résultant des seules " déclarations " du requérant et non des constatations circonstanciées d'un officier de police judiciaire de sorte que rien ne permet de déterminer le nombre, les dates et lieux des défauts de paiements ou encore leur imputabilité au comportement personnel du requérant, lequel soutient, sans être sérieusement contredit, que le véhicule dont les péages n'ont pas été acquittés n'est pas sa propriété mais celle de la société de transport qui l'emploie, de sorte que d'autres employés sont susceptibles d'avoir été à son volant. Enfin, et alors qu'il ressort des pièces du dossier que son contrat de travail en qualité de chauffeur-routier effectuant des trajets entre l'Espagne, la Hollande et les Pays Bas via la France a été signé en octobre 2020, soit il y a près de trois ans, il n'est fait état à l'encontre de M. C d'aucune condamnation, amende ni même poursuite pénale et la seule circonstance que ce dernier est défavorablement connu des services de police ne suffit pas à démontrer que sa présence en France constituait, à la date à laquelle l'arrêté attaqué portant éloignement et interdiction de circulation a été pris, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre des intérêts fondamentaux de la société. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que le préfet de la Côte-d'Or a commis une erreur d'appréciation en estimant que sa présence sur le territoire français constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française.
6. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 juin 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français et lui a interdit la circulation sur ce dernier durant de deux ans.
Sur les dépens :
7. Dans la présente instance, les dépens sont inexistants. Les conclusions présentées sur ce fondement par M. C ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 17 juin 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a obligé M. C à quitter le territoire français et lui a interdit de circuler sur ce dernier durant deux ans, est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de la Côte-d'Or.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.
La magistrate désignée,
K. HunaultLe greffier,
J. Testori
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
No 2301721
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026