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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302035

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302035

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302035
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationCH 1 JU
Avocat requérantMENDEL - VOGUE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juillet 2023, Mme F E épouse C et M. D C, agissant tant à titre personnel qu'en qualité de représentants légaux de leur fils mineur A G, représentés par Me Mendel, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision, en date du 12 mai 2023, par laquelle le président du conseil départemental de la Côte-d'Or a refusé de leur délivrer, à raison du handicap de leur enfant, une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " ;

2°) d'enjoindre à la maison départementale des personnes handicapées de la Côte-d'Or de leur délivrer cette carte ;

3°) de mettre à la charge de la maison départementale des personnes handicapées de la Côte-d'Or le versement à leur conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- leur enfant n'a pas été convoqué pour être examiné par un médecin ;

- il appartiendra à l'administration de justifier de la composition régulière de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu des pathologies dont leur fils est atteint.

La requête a été communiquée au département de la Côte-d'Or, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique, sur sa proposition, a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été seulement entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. B, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Le clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E épouse C et M. C, agissant tant à titre personnel qu'en qualité de représentants légaux de leur fils mineur A G demandent au tribunal d'annuler la décision, en date du 12 mai 2023, par laquelle le président du conseil départemental de la Côte-d'Or a refusé de leur délivrer, à raison du handicap de cet enfant, une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ".

2. Aux termes de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles : " I. - La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. / () 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements ". Le IV de l'article R. 241-12-1 du même code dispose : " Pour l'attribution de la mention " stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur ". Selon l'annexe de l'arrêté ministériel du 3 janvier 2017 susvisé, pris pour l'application de ces dispositions : " 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. / Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : [a] - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou ; [b] - ou la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur ; - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; ou [c] - la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie. / 2. Critère relatif à l'accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : Ce critère concerne les personnes atteintes d'une altération d'une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu'elles soient accompagnées par une tierce personne dans leurs déplacements. / Ce critère est rempli si elles ne peuvent effectuer aucun déplacement seules, y compris après apprentissage. / La nécessité d'un accompagnement s'impose dès lors que la personne risque d'être en danger ou a besoin d'une surveillance régulière. / Concernant les enfants, il convient de faire référence à un enfant du même âge sans déficience. / S'agissant des personnes présentant une déficience sensorielle, l'accompagnement doit être nécessaire pour effectuer le déplacement lui-même et s'imposer par le risque d'une mise en danger. Cette condition n'est habituellement pas remplie pour une personne qui présente une déficience auditive isolée (). 3. Dispositions communes : La réduction de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied ou le besoin d'accompagnement doit être définitif ou d'une durée prévisible d'au moins un an pour attribuer la carte de stationnement pour personnes handicapées () ".

3. En premier lieu, le recours dirigé contre la décision par laquelle le président du conseil départemental statue sur une demande de carte mobilité-inclusion portant la mention " stationnement " relève du contentieux de pleine juridiction et non du contentieux de l'excès de pouvoir. Eu égard à son office dans un tel cas, il appartient au juge administratif de se prononcer non sur les éventuels vices propres de la décision attaquée mais seulement sur le droit au bénéfice de la carte, en se plaçant à la date à laquelle il rend sa décision. En conséquence, les moyens tirés du vice d'incompétence, de l'irrégularité de la composition de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la Côte-d'Or, chargée de rendre un avis sur les demandes de cartes " mobilité inclusion " soumises à l'autorité départementale, du défaut de motivation et du défaut de convocation à un examen médical, moyens qui invoquent des vices propres de la décision en litige, sont donc en tout état de cause inopérants. Au surplus, s'agissant du dernier d'entre eux, ni les dispositions citées ci-dessus ni aucune autre disposition du code de l'action sociale et des familles ou de l'arrêté ministériel du 3 janvier 2017 ne font obligation au médecin chargé, dans le cadre de l'instruction d'une demande de carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement ", de délivrer un avis sur la capacité et l'autonomie de déplacement du demandeur, de convoquer et d'examiner ce dernier, auquel il appartient de constituer un dossier médical appuyant ses prétentions.

4. En second lieu, les requérants font valoir que le jeune A souffre d'un trouble de déficit de l'attention avec hyperactivité, d'un trouble de l'opposition avec provocation, de dysgraphie quantitative et qualitative, de dyslexie et de dysorthographie. Toutefois, ni le compte rendu d'évaluation neuropsychologique versé aux débats ni les autres pièces du dossier ne permettent de relever que les pathologies de cet enfant, même si elles sont à l'origine de troubles comportementaux et ont justifié notamment la mise en place, dans le cadre scolaire, d'un projet d'accueil individualisé, occasionneraient une altération de ses fonctions mentales, cognitives ou psychiques ou sensorielles imposant, dans des conditions notablement différentes de celles de tout autre enfant du même âge, son accompagnement par une tierce personne lors des déplacements extérieurs. Dans ces circonstances, à défaut de démonstration mieux étayée d'un handicap répondant aux critères limitativement définis par les dispositions précitées, la décision en litige ne peut être regardée comme procédant d'une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme E épouse C et M. C ne sont pas fondés à contester la décision du président du conseil départemental de la Côte-d'Or du 12 mai 2023. Leurs conclusions à fin d'annulation doivent, par suite, être rejetées et il en va de même, par voie de conséquence, de leurs conclusions en injonction et de la demande accessoire présentées au titre des frais de procès, au demeurant mal dirigées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E épouse C et M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E, désignée représentante unique, à Me Mendel et au département de la Côte-d'Or.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

Le président,

D. BLa greffière,

C. CHAPIRON

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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