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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302211

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302211

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302211
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon rejette la requête de Mme A, professeure de lettres modernes, qui contestait sa mutation au collège Jacques Prévert suite à la suppression de son poste au collège Louise Michel par mesure de carte scolaire. La décision attaquée a été signée par une autorité compétente bénéficiant d’une délégation régulière. Le tribunal rappelle que les décisions de mutation pour suppression de poste ne sont pas soumises à l’obligation de motivation prévue par l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration. Enfin, la requérante n’établit pas que l’administration aurait méconnu les critères légaux ou les lignes directrices de gestion en matière de mobilité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2023, Mme C A, représentée par la SCP Themis Avocats et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 juin 2023 par laquelle le recteur de l'académie de Dijon a ordonné sa mutation au sein du collège Jacques Prévert à Chalon-sur-Saône par mesure de carte scolaire ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Dijon de la réaffecter au sein du collège

Louise Michel de Chagny dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- c'est à tort qu'elle a été considérée comme étant l'enseignante ayant la plus faible ancienneté au sein du collège Louise Michel de Chagny, l'une de ses collègues étant arrivée en 2012 à la suite d'une mesure de carte scolaire qui avait en réalité pour objet de déplacer l'intéressée en raison des difficultés rencontrées dans son précédent poste, qui n'a jamais été supprimé ;

- la situation du collège Louise Michel ne justifiait pas la fermeture d'un poste de lettres modernes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2024, le recteur de l'académie de Dijon conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une décision du 18 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 17 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2019-1265 du 29 novembre 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique ;

- les observations de Me Weber, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, professeure certifiée de lettres modernes, était affectée au collège Louise Michel à Chagny. Elle a été informée par lettre du 13 mars 2023 de la suppression d'un poste de professeur de lettres modernes par mesure de carte scolaire et invitée à participer au mouvement intra-académique. Par décision du 15 juin 2023, dont elle demande l'annulation, le recteur de l'académie de Dijon a prononcé sa mutation au sein du collège Jacques Prévert à Chalon-sur-Saône par mesure de carte scolaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 931-2 du code de l'éducation : " Les fonctionnaires appartenant aux corps des chargés d'enseignement d'éducation physique et sportive, des professeurs d'enseignement général de collège, des conseillers d'orientation et directeurs de centre d'information et d'orientation, des conseillers principaux d'éducation, des professeurs agrégés de l'enseignement du second degré, des professeurs certifiés, des chargés d'enseignement, des adjoints d'enseignement, des professeurs adjoints d'éducation physique et sportive, des professeurs de lycée professionnel, des professeurs d'éducation physique et sportive, dont le poste a été supprimé ou transformé par décision rectorale prise en application des dispositions des articles D. 222-20, D. 222-27 et D. 222-28, reçoivent une affectation dans les conditions définies aux articles R. 931-3 à R. 931-5 ". Et aux termes de l'article R.931-3 du même code : " Les affectations prévues à l'article R. 931-2 sont prononcées préalablement aux opérations annuelles de mutation. Par dérogation, le cas échéant, aux règles d'affectation et de mutation prévues par les statuts particuliers des corps visés à l'article R. 931-2, délégation de pouvoirs est donnée au recteur d'académie pour prononcer ces affectations dans la même académie ".

3. En premier lieu, le signataire de la décision attaquée, chef de la division des personnels enseignants au sein du rectorat, a reçu délégation, par arrêté du 28 mars 2022, publié aux recueils des actes administratifs du 4 avril 2022, pour signer tous les actes de gestion des personnels enseignants, dont relèvent les décisions de mutation. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions de mutation des fonctionnaires, même prononcées à la suite d'une mesure de suppression de poste, ne sont pas au nombre des décisions individuelles défavorables dont l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration impose la motivation.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 413-2 du code général de la fonction publique : " Les lignes directrices de gestion fixent, en outre, pour les administrations ou établissements publics de l'Etat, les orientations générales en matière de mobilité dans le respect des priorités énumérées à l'article L. 442-5 ainsi qu'aux articles L. 512-19 et L. 512-20, sans préjudice du pouvoir d'appréciation de l'autorité compétente en fonction des situations individuelles, des circonstances ou d'un motif d'intérêt général. ". Et aux termes de l'article 8 du décret du 29 novembre 2019 relatif aux lignes directrices de gestion et à l'évolution des attributions des commissions administratives paritaires () 3° Les modalités de prise en compte des priorités de mutation et, le cas échéant, de mise en œuvre de critères supplémentaires prévus au II et au IV de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, permettant d'examiner et de départager les demandes individuelles de mobilité, sans préjudice du pouvoir d'appréciation de l'autorité compétente en fonction des situations individuelles, des besoins du service ou de tout autre motif d'intérêt général ; () ". Aux termes des lignes directrices de gestion ministérielles relatives à la mobilité des personnels du ministère de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports du

12 novembre 2020 publiées au bulletin officiel spécial n°10 du 16 novembre 2020 : " En cas de changement de type de poste (passage d'un poste classique à un poste spécifique académique ou national, et inversement), y compris au sein d'un même établissement, l'ancienneté de poste acquise n'est pas conservée. Ces règles admettent toutefois quelques exceptions : - les personnels ayant fait l'objet d'une ou plusieurs mesures de carte scolaire conservent l'ancienneté d'affectation acquise sauf s'ils ont demandé et obtenu un poste sur un vœu non bonifié () ". Enfin, les lignes directrices de gestion relatives à la mobilité des personnels de l'académie de Dijon en date du 25 janvier 2023 indiquent que " En règle générale, l'agent concerné par une mesure de carte scolaire est l'agent ayant la plus faible ancienneté de poste. () ".

6. Mme A soutient que c'est à tort qu'elle a été désignée comme ayant la plus faible ancienneté de service, dès lors qu'une de ses collègues, affectée au collège Louise Michel après elle, ne pouvait se prévaloir du maintien de son ancienneté acquise dans son précédent poste, son affectation ne résultant pas d'une mesure de carte scolaire, mais d'une mutation prononcée en raison de sa manière de servir. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la professeure en question a été mutée au sein du collège Louise Michel par un arrêté du 2 juillet 2013 à la suite de la suppression de son poste dans son précédent établissement par mesure de carte scolaire. Les éléments produits par Mme A, s'ils permettent de corroborer l'existence de difficultés rencontrées par sa collègue dans sa précédente affectation, n'établissent pas en revanche la réalité de ses allégations quant au caractère fictif de la suppression du poste qu'elle occupait dans cet établissement. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que sa collègue a bénéficié du maintien de son ancienneté.

7. En quatrième lieu, il ressort des explications apportées par le rectorat que les besoins en heures d'enseignement en lettres modernes sont passés, au sein du collège Louise Michel de

112 heures par semaine à la rentrée 2020 à 97 heures à la rentrée 2023, pour six professeurs à temps plein, alors que les obligations de service de chacun sont de 18 heures hebdomadaires. Cette situation pouvait dès lors justifier la suppression de l'un de ces six postes.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les moyens soulevés par Mme A doivent être écartés. Par suite, ses conclusions en annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions en injonction :

9. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à Mme A de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la ministre de l'éducation nationale. Copie en sera délivrée à la rectrice de l'académie de Dijon.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

La rapporteure,

M-E B

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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