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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302255

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302255

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302255
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 2 JU
Avocat requérantDESPRAT ADÈLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2023, M. D C, représenté par

Me Desprat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de statuer à nouveau sur sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle a été irrégulièrement notifiée ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du requérant le versement de la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Nicolet, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Nicolet, magistrat désigné, a présenté son rapport lors de l'audience publique qui s'est tenue en l'absence des parties.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant malien né le 10 janvier 1994, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 1er janvier 2018. Il a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a donné lieu à une procédure de transfert aux autorités italiennes, qui n'a cependant pas pu être menée à son terme, de sorte que la France en est devenue responsable. Cette demande d'asile a été rejetée par une décision du 19 février 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 4 novembre 2021. Par un arrêté du 7 décembre 2021, le préfet de la Côte-d'Or lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. La légalité de cet arrêté a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Dijon du 24 mars 2022. Le 25 février 2022, le requérant a sollicité le réexamen de sa demande d'asile, lequel a été rejeté par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 4 mars 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 3 juin 2022. Le 19 juin 2023, le requérant a sollicité un second réexamen de sa demande d'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté cette nouvelle demande de réexamen par une décision du 22 juin 2023. Le 29 juillet 2023, le requérant a été placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du 30 juillet 2023, dont il est demandé l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence, d'accorder au requérant l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui le moyen commun aux décisions attaquées :

4. L'arrêté attaqué a été signé par Mme A B, administratrice territoriale, sous-préfète chargée de mission auprès du préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté, préfet de la Côte-d'Or, investie à cet effet d'une délégation en vertu d'un arrêté du préfet de la Côte-d'Or du 30 janvier 2023, publié le 2 février 2023 au recueil des actes administratifs de la préfecture, aisément consultable en ligne. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées manque en fait et doit, pour ce motif, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, M. C soutient que la décision attaquée ne mentionne pas, d'une part, la langue dans laquelle elle lui a été traduite et l'identité de l'interprète lui portant assistance lors de la notification de la mesure d'éloignement, d'autre part, l'heure de cette notification. Toutefois, si l'irrégularité de la notification de l'arrêté attaqué est de nature à faire obstacle au déclenchement du délai de recours contentieux, elle est en revanche sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la notification de la décision litigieuse doit être écarté comme inopérant.

6. En deuxième lieu, la décision contestée, qui vise notamment les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que la demande d'asile du requérant a été refusée, à la suite de la décision de rejet qui a été opposée le 22 juin 2023 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à sa seconde demande de réexamen, mentionne les considérations de droit et de fait qui la fondent, et est ainsi suffisamment motivée.

7. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision litigieuse ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de la Côte-d'Or se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation du requérant avant de prendre la décision contestée.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ".

9. M. C, qui séjourne sur le territoire français depuis un peu plus de cinq ans à la date de la décision attaquée et ce en dépit d'une mesure d'éloignement prise à son encontre en 2021 qu'il n'a pas exécutée, soutient qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française et qu'il a désormais fixé le centre de ses attaches privées en France. Toutefois, en se bornant à produire une déclaration de concubinage, une attestation d'une sage-femme indiquant que le requérant et sa concubine ont un projet de grossesse, une attestation d'une personne membre de l'association SOS refoulement indiquant qu'il est intégré en France, et une photographie avec sa concubine, le requérant ne justifie pas avoir fixé le centre de ses attaches privées en France, à la date de la décision attaquée. Aucune circonstance de l'espèce ne justifie qu'il ne puisse pas poursuivre sa vie personnelle et familiale dans son pays d'origine, le Mali, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Par ailleurs, il ne justifie d'aucune intégration sociale ou professionnelle au sein de la société française. Dans ces conditions, la décision attaquée ne peut être regardée comme portant une atteinte excessive aux intérêts privés et familiaux de M. C. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, la décision litigieuse mentionne qu'elle est prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressé étant obligé de quitter le territoire français sans délai, et mentionne que le requérant est entré irrégulièrement en France en 2018, qu'il est présent sur le territoire français depuis plus de cinq ans, qu'il a été définitivement débouté de sa demande d'asile et s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, qu'il se maintient volontairement sur le territoire français sans droit au séjour, qu'il est célibataire et sans enfant, dépourvu de toute attache familiale sur le territoire français, qu'il ne justifie pas être isolé en cas de retour dans son pays d'origine, respectant ainsi les critères requis par l'article L. 612-10 qui ont été pris en compte par le préfet pour en fonder le principe et la durée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

11. En second lieu, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales soulevés à l'encontre de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du présent jugement.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée par le conseil du requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu, de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le préfet de la Côte-d'Or.

D E C I D E :

Article 1er: M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions du préfet de la Côte-d'Or présentées sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Desprat.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

P. NicoletLa greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

lc

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