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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302489

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302489

jeudi 31 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302489
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantABRAMOWITCH LAURE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 août 2023, l'Association Football Club Autunois, représentée par Me Abramowitch, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'arrêté du 12 juillet 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a prononcé la fermeture de son établissement situé à Autun pour une durée d'une année à compter de sa notification, sur le fondement de l'article L. 322-5 du code du sport, à titre subsidiaire d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de prendre toute mesure utile de nature à préserver les libertés fondamentales du Football Club Autunois, et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est établie dès lors que la fermeture du club pour un an a pour effet de le condamner à titre sportif et économique, le privant du soutien financier de la commune, le discréditant auprès de ses partenaires sponsors, conduisant au non-renouvellement des contrats de travail de ses cinq salariés, à l'inscription de ses joueurs licenciés dans d'autres clubs voisins, générant pour eux des temps et des frais de déplacement importants, et la décision contestée fait obstacle à l'ouverture des inscriptions pour la nouvelle saison sportive alors que les premiers matchs de championnat débuteront le 3 septembre et au recrutement de nouveaux salariés, indispensables au fonctionnement du club et à l'entrainement des équipes ;

- la décision contestée porte atteinte à la liberté d'entreprendre, à la liberté d'association et à la liberté de réunion et d'expression, et méconnaît la présomption d'innocence et le principe général d'accès aux loisirs ;

- la décision contestée est entachée d'erreur de fait dès lors que le district aurait dû prendre une sanction avant le 16 juin 2023 et la Ligue avant le 7 août, et d'erreur de droit dès lors que le préfet a décidé la fermeture de l'établissement sans laisser au club le temps de mettre en œuvre les mesures envisagées, en méconnaissance de l'article R. 322-9 du code du sport ;

- la mesure est disproportionnée au regard des faits, dont la matérialité n'est pas définitivement établie, qui ne caractérisent pas des troubles graves à l'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du sport ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Nicolet, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, l'article L. 522-3 de ce code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

2. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1, L. 521-2 et L. 521-4 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, de prendre les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte. Ces mesures doivent en principe présenter un caractère provisoire, sauf lorsqu'aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte. Toutefois, le juge des référés ne peut, au titre de la procédure particulière prévue par l'article L. 521-2 précité, qu'ordonner les mesures d'urgence qui lui apparaissent de nature à sauvegarder, dans un délai de quarante-huit heures, la liberté fondamentale à laquelle il est porté une atteinte grave et manifestement illégale. Eu égard à son office, il peut également, le cas échéant, décider de déterminer dans une décision ultérieure prise à brève échéance les mesures complémentaires qui s'imposent et qui peuvent également être très rapidement mises en œuvre. Dans tous les cas, l'intervention du juge des référés dans les conditions d'urgence particulière prévues par l'article L. 521-2 précité est subordonnée au constat que la situation litigieuse permette de prendre utilement et à très bref délai les mesures de sauvegarde nécessaires.

3. Et aux termes du dernier alinéa de l'article L. 322-5 du code du sport : " L'autorité administrative peut prononcer également la fermeture temporaire ou définitive d'un établissement lorsque son maintien en activité présenterait des risques pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants ou exposerait ceux-ci à l'utilisation de substances ou de procédés interdits par l'article L. 232-9. ". Aux termes de l'article R. 322-9 du même code : " Le préfet peut adresser à l'exploitant de l'établissement les mises en demeure nécessaires et lui impartir un délai pour mettre fin : / () 3° Aux risques particuliers que présente l'activité de l'établissement pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants ; / () A l'issue du délai fixé, le préfet peut s'opposer à l'ouverture ou prononcer la fermeture temporaire ou définitive de l'établissement, par arrêté motivé, si l'exploitant n'a pas remédié aux situations qui ont fait l'objet des mises en demeure. / En cas d'urgence, l'opposition à ouverture ou la fermeture temporaire peut être prononcée sans mise en demeure préalable. ".

4. A la suite de différents faits qui se sont notamment déroulés les 27 février 2022 et les 26 mars et 2 avril 2023, à l'occasion de rencontres sportives de football opposant le Football Club Autun et respectivement les clubs de Varennes-le-Grand, Orion et Montcenis, en Saône-et-Loire, et d'une lettre du 17 mai 2023 du district de Saône-et-Loire de football, faisant état d'une " escalade de la violence () sans préoccupation aucune des sanctions sportives et des dommages causés aux tiers (arbitres, joueurs adverses) de la part du club " et d'une " défiance envers l'autorité ", le préfet de Saône-et-Loire a mis en demeure le 26 mai 2023 l'association Football Club Autun de mettre fin aux faits relevés " présentant des risques particuliers pour la santé ou la sécurité physique ou morale des pratiquants " et l'a invitée à présenter, dans un délai de dix jours, les mesures qu'elle envisageait de prendre afin de garantir l'absence de réitération des actes de violence constatés. Malgré la réponse du club, le préfet de Saône-et-Loire a prononcé, par un arrêté du 12 juillet 2023, la fermeture pour une durée d'une année de l'établissement, situé à Autun, de l'association, sur le fondement de l'article L. 322-5 du code du sport. L'association Football Club Autunois demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'arrêté du 12 juillet 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a prononcé la fermeture de son établissement situé à Autun pour une durée d'une année à compter de sa notification, sur le fondement de l'article L. 322-5 du code du sport, à titre subsidiaire d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de prendre toute mesure utile de nature à préserver les libertés fondamentales du Football Club Autunois.

5. Si l'Association Football Club Autunois, fait valoir que l'arrêté du 12 juillet 2023 du préfet de Saône-et-Loire prononçant la fermeture de son établissement pour un an, sur le fondement de l'article L. 322-5 du code du sport, pour des motifs d'ordre public, a pour effet de condamner le club à titre sportif et économique, en le privant du soutien financier de la commune et le discréditant auprès de ses partenaires sponsors, en conduisant au non-renouvellement des contrats de travail de ses cinq salariés, à l'inscription de ses joueurs licenciés dans d'autres clubs voisins, générant pour eux des temps et des frais de déplacement importants, et que la décision contestée fait obstacle à l'ouverture des inscriptions pour la nouvelle saison sportive alors que les premiers matchs de championnat débuteront le 3 septembre, ainsi qu'au recrutement de nouveaux salariés, indispensables au fonctionnement du club et à l'entrainement des équipes, les circonstances ainsi alléguées ne suffisent pas à créer une urgence caractérisée justifiant que le juge des référés fasse usage, dans les quarante-huit heures, des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de l'Association Football Club Autunois doit être rejetée selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de l'Association Football Club Autunois est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à l'Association Football Club Autunois.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à la ministre des sports et des jeux olympiques et paralympiques et au préfet de Saône-et-Loire.

Fait à Dijon, le 31 août 2023.

Le juge des référés,

P. Nicolet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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