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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302742

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302742

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302742
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSI HASSEN MYRIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 septembre 2023, M. B A, représenté par

Me Si Hassen demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 mars 2023 par laquelle le préfet de l'Yonne a rejeté la demande de regroupement familial qu'il a présentée au profit de son épouse, ainsi que la décision du 20 juillet 2023 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui accorder le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse, et de délivrer à Mme D épouse A un visa de long séjour valant titre de séjour, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de prendre une nouvelle décision, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur des décisions attaquées ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2023, le préfet de l'Yonne, représenté par Me Claisse, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du

25 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Si Hassen, représentant de M. A et de Me Reis, représentant le préfet de l'Yonne.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de Centrafrique, séjourne en France sous couvert d'une carte de résident. Il a déposé le 14 avril 2022 une demande de regroupement familial pour son épouse, Mme D. Cette demande a été refusée au motif que ses ressources étaient insuffisantes. Le recours gracieux formé par le requérant contre cette décision a également été rejeté. M. A demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation

2. En premier lieu, la décision a été signée par la secrétaire générale de la préfecture, régulièrement investie, en vertu d'un arrêté du préfet de l'Yonne du 25 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 26 août suivant, d'une délégation à l'effet de signer notamment les décisions relatives au regroupement familial. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : 1° Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. Les ressources doivent atteindre un montant qui tient compte de la taille de la famille du demandeur. Le décret en Conseil d'Etat prévu à l'article L. 441-1 fixe ce montant qui doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. () ". Et aux termes de l'article R. 411-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 411-5, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : - cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; () ".

4. Pour l'application de ces dispositions, le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) au cours de cette même période. Néanmoins lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible pour le préfet de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

5. M. A ayant déposé sa demande le 14 avril 2022, le montant du SMIC à prendre en compte est, conformément aux dispositions précitées, la moyenne mensuelle au cours de la période de référence de mai 2021 à avril 2022. Cette moyenne s'élevait en l'espèce à environ 1 579 euros brut. Pendant cette même période, le requérant a perçu des revenus moyens de l'ordre de

1 336 euros brut, inférieur de plus de 200 euros au montant requis. Si le requérant a fait valoir un nouveau contrat à durée indéterminée à l'appui de son recours gracieux, il ne produit aucun élément permettant d'apprécier le montant des revenus perçus à ce titre.

6. Par suite, le préfet de l'Yonne n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant d'accorder à M. A le regroupement familial demandé.

7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Si, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises, il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. M. A fait valoir qu'il est présent en France depuis dix-huit ans, et qu'il ne pourrait vivre avec son épouse au Congo, pays dont il n'est pas ressortissant et où le couple ne dispose ni d'un travail ni d'un logement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le mariage du couple a été célébré le 15 mars 2022 en république du Congo. Ce mariage était ainsi très récent à la date de la décision attaquée et aucun élément n'est apporté s'agissant d'une éventuelle communauté de vie antérieure. Enfin, alors que le couple n'a pas d'enfant à charge, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A serait dans l'impossibilité de rejoindre son épouse au Congo. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige

12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'avocat de M. A de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Yonne et à

Me Si Hassen.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

La rapporteure,

M-E C

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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