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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302914

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302914

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302914
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantLUKEC ANNE-LISE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 octobre 2023, Mme A B épouse D, représentée par Me Lukec, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de l'Yonne a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de procéder à l'examen de sa demande et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence et d'un défaut de motivation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Desseix a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante tunisienne née en 1988 et entrée en France, selon ses déclarations, au mois de juin 2017, demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le préfet de l'Yonne a, selon elle, refusé d'enregistrer sa demande.

Sur la nature du litige :

2. En application des articles R. 432-1 et R. 432-2 de ce code, le silence gardé pendant quatre mois par l'autorité administrative compétente sur une demande de titre de séjour constitue en principe une décision implicite de rejet de cette demande.

3. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du document " avis de réception " du 6 février 2023 et des courriels des 10 et 17 juillet 2023, que le préfet de l'Yonne est réputé avoir implicitement rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme B le 6 février 2023. Ainsi, alors même qu'aucun récépissé n'a été délivré à l'intéressée par l'administration, la décision en litige doit être regardée non comme un refus d'enregistrement de sa demande mais comme une décision de refus de séjour implicite.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve de l'exception prévue à l'article R. 426-3, le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence () ".

5. La décision attaquée, en raison de son caractère implicite, est réputée avoir été prise par l'autorité investie du pouvoir de la prendre, en l'occurrence le préfet de l'Yonne. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, en application du 1° de l'article L. 211-2 et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, une décision refusant à un étranger le droit de séjourner en France constitue une mesure de police qui doit être motivée et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B aurait demandé la communication des motifs de la décision rejetant implicitement sa demande de titre de séjour avant l'expiration du délai de recours contentieux qui est intervenue, au plus tard, le 18 décembre 2023. En s'abstenant de communiquer les motifs de cette décision, le préfet de l'Yonne n'a dès lors pas méconnu l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration.

8. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 4, le préfet de l'Yonne n'a pas opposé un refus d'enregistrement à Mme B, mais a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour. Ainsi, et alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que ce refus de séjour aurait été pris en raison du caractère incomplet du dossier de demande, la circonstance que ce dossier était complet est en tout état de cause sans incidence sur la légalité de cette décision. Le moyen tiré de l'erreur de droit est inopérant et doit par suite être écarté.

9. En dernier lieu, si Mme B fait valoir que le préfet de l'Yonne a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation, elle se borne à affirmer qu'elle est mariée avec une personne titulaire d'une carte de résident, sans d'ailleurs en justifier, et n'apporte aucune précision sur les motifs pour lesquels elle estime remplir les conditions permettant de bénéficier d'un titre de séjour. Un tel moyen n'est donc pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit par suite être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Ses conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse D et au préfet de l'Yonne.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Desseix, première conseillère,

- Mme Bois, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

La rapporteure,

M. DesseixLe président,

L. BoissyLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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