jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2303020 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | DUBERSTEN RACHEL |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2023, M. B C, représenté par Me Dubersten, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
- la décision de refus de séjour méconnait les dispositions des articles L. 426-11, L. 426-20 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droits d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait l'article L. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 6 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, les articles 12 et 22 de la directive n°2003/109/CE du 25 novembre 2003 ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles 12 et 22 de la directive n°2003/109/CE du 25 novembre 2003.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Le préfet de Saône-et-Loire soutient que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 28 novembre 2023, Mme A C, représentée par Me Dubersten, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
- la décision de refus de séjour est entachée d'une insuffisance de motivation, méconnait les dispositions des articles L. 426-11, L. 426-20 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droits d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait l'article L. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 6 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, les articles 12 et 22 de la directive n°2003/109/CE du 25 novembre 2003 ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles 12 et 22 de la directive n°2003/109/CE du 25 novembre 2003.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Le préfet de Saône-et-Loire soutient que les moyens invoqués par Mme C ne sont pas fondés.
Par une décision du 20 novembre 2023, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2003/109/CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée ;
- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Boissy a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né en 1982, et son épouse, Mme C, née en 1986, ressortissants marocains, déclarent être entrés régulièrement sur le territoire français le 1er mai 2021, munis chacun d'un passeport marocain et d'une carte de résident de longue durée-UE délivrée par les autorités italiennes, respectivement les 19 décembre 2017 et 10 septembre 2020. Mme C a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 14 mars 2022 auprès du préfet du Nord. Par un arrêté du 6 janvier 2023, le préfet du Nord a refusé de lui accorder le titre de séjour sollicité et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi. Le 16 mars 2023, les requérants ont sollicité des titres de séjour en qualité de " visiteur " en application des dispositions des articles L. 426-11 et L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des arrêtés du 4 octobre 2023, le préfet de Saône-et-Loire a rejeté leurs demandes et leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant les pays de renvoi. M. et Mme C demandent l'annulation de ces arrêtés du 4 octobre 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions de refus de séjour :
2. En premier lieu, la décision refusant d'accorder à Mme C le droit de séjourner en France comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle n'a dès lors pas méconnu les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
3. En deuxième lieu, en vertu du 3° de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne, qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille, ainsi que d'une assurance maladie, obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France, la carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " s'il remplit les conditions prévues à l'article L. 426-20 et sans que la condition prévue à l'article L. 412-1 ne lui soit alors opposable.
4. Aux termes de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui apporte la preuve qu'il peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel, indépendamment de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale et de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "visiteur" d'une durée d'un an. / Il doit en outre justifier de la possession d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour et prendre l'engagement de n'exercer en France aucune activité professionnelle. / Par dérogation à l'article L. 414-10, cette carte n'autorise pas l'exercice d'une activité professionnelle () ".
5. M. et Mme C ont déposé des demandes de titre de séjour en novembre 2022 et mars 2023, soit plus de trois mois après leur entrée sur le territoire français. Le préfet de Saône-et-Loire a dès lors pu, pour ce seul motif, refuser de leur délivrer les cartes de séjour temporaire portant la mention " visiteur " sollicitées. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 426-11 et L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent par suite être écartés.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
7. Il ne ressort ni des demandes de titre de séjour présentées par les intéressés ni du " courrier explicatif " daté de 2022 dont se prévaut Mme C que les requérants, qui font essentiellement valoir la présence de cette dernière en France pendant de nombreuses années, auraient sollicité leur admission exceptionnelle au séjour au titre du travail ou de la vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou que le préfet de Saône-et-Loire aurait, d'office, examiné les demandes des intéressés sur un tel fondement. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 435-1 sont donc inopérants et doivent être écartés pour ce motif.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Tout d'abord, si M. C transmet à l'appui de sa requête des bulletins salaires de " SUP Interim " et de la société " Renov AG " et se prévaut du contrat à durée déterminée dont il a bénéficié du 6 décembre 2021 au 5 février 2022 auprès de cette société, il a toutefois exercé ces activités sans disposer d'un droit au séjour ou d'une autorisation de travail. Par ailleurs, la seule attestation de Mme C, datant de 2009, auprès de l'association " Solidarité aux femmes et familles d'ici et d'ailleurs " et la notice d'information du département de Saône-et-Loire témoignant de son implication au sein d'une action collective proposée par le département, ne sont pas révélateurs d'une intégration significative sur le territoire. Ensuite, si le couple fait valoir que leurs enfants sont scolarisés en France, rien ne fait obstacle à ce qu'ils poursuivent leur scolarité en Italie, pays qui leur a délivré un titre de séjour de longue durée et où est né notamment le petit Hicham, ou au Maroc, pays dont ils ont la nationalité. Enfin, les intéressés, qui se trouvent tous deux en situation irrégulière, ne peuvent pas se prévaloir de la présence depuis plusieurs années sur le territoire de Mme C, qui a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement prononcée par le préfet du Nord qu'elle n'a pas exécutée, afin de caractériser une intégration significative en France. Dans ces conditions, les décisions de refus de séjour n'ont pas porté au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et les décisions fixant le pays de renvoi :
S'agissant des moyens tirés de la méconnaissance des directives 2003/109/CE du 25 novembre 2003 et 2008/115/CE du 16 décembre 2008 :
10. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 : " 1. Les États membres prennent une décision de retour à l'encontre de tout ressortissant d'un pays tiers en séjour irrégulier sur leur territoire, sans préjudice des exceptions visées aux paragraphes 2 à 5. / 2. Les ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier sur le territoire d'un État membre et titulaires d'un titre de séjour valable ou d'une autre autorisation conférant un droit de séjour délivrés par un autre État membre sont tenus de se rendre immédiatement sur le territoire de cet autre État membre. En cas de non-respect de cette obligation par le ressortissant concerné d'un pays tiers ou lorsque le départ immédiat du ressortissant d'un pays tiers est requis pour des motifs relevant de l'ordre public ou de la sécurité nationale, le paragraphe 1 s'applique ". En vertu des articles 12, paragraphe 1, et 22, paragraphe 3, de la directive 2003/109/CE du 25 novembre 2003, un État membre ne peut prendre une décision d'éloignement du territoire de l'Union européenne à l'encontre d'un étranger résident de longue durée dans un autre État membre que lorsque l'intéressé représente une menace réelle et suffisamment grave pour l'ordre public ou la sécurité publique.
11. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 621-1 du même code : " Par dérogation () à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 (), l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7 () ". Aux termes de l'article L. 621-4 de ce code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne l'étranger, détenteur d'un titre de résident de longue durée - UE en cours de validité accordé par cet Etat, en séjour irrégulier sur le territoire français () ". Aux termes de l'article R. 621-5 du même code : " L'autorité administrative désignée à l'article R. 621-1 peut, en application des dispositions de l'article L. 621-4, prendre une décision de remise à l'encontre de l'étranger titulaire du statut de résident de longue durée - UE accordé par un autre Etat, dans les cas suivants : / 1° L'étranger a séjourné sur le territoire français plus de trois mois consécutifs sans se conformer aux dispositions de l'article L. 426-11 ; / 2° L'étranger fait l'objet d'un refus de délivrance ou de renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle en application de l'article L. 426-11 ou du retrait d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle délivrée en application du même article ". Aux termes de l'article R. 621-7 de ce même code : " Lorsque l'autorité administrative désignée à l'article R. 621-1 constate qu'un étranger titulaire du statut de résident longue durée - UE accordé par un autre Etat fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire édictée en raison de l'existence d'une menace grave pour l'ordre public, elle consulte cet Etat aux fins de l'examen du droit au séjour sur son territoire () ". L'article R. 621-8 du même code dispose que : " Lorsqu'au terme des consultations prévues à l'article R. 621-7, l'Etat qui a accordé le statut de résident de longue durée - UE maintient le droit au séjour sur son territoire ou suspend le retrait de ce droit, l'autorité administrative édicte une décision de remise de l'intéressé aux autorités compétentes de cet Etat en application de l'article L. 621-4 ". En application des dispositions du 1° de l'article L. 700-1 et de l'article L. 711-2 de ce même code, pour satisfaire à l'exécution d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, l'étranger rejoint le pays dont il a la nationalité ou tout pays dans lequel il est légalement admissible.
12. Il résulte des dispositions citées au point 11, qui ont assuré la transposition des directives mentionnées au point 10, que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application de l'article L. 621-1, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'État membre de l'Union Européenne d'où il provient, sur le fondement des articles L. 621-2 et suivants, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1.
13. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'État membre de l'Union européenne d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un État membre -en dehors du cas de l'existence d'une menace grave pour l'ordre public qui fait l'objet d'une procédure spécifique-, il appartient alors au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet État ou de le réadmettre dans cet État et, à défaut, en cas d'abstention, de silence, de refus ou de renonciation de l'étranger à être reconduit vers cet État membre, de l'éloigner vers le pays dont il a la nationalité ou tout pays dans lequel il est légalement admissible.
14. D'une part, le préfet de Saône-et-Loire, en accordant à M. et Mme C un délai de départ volontaire de trente jours pour quitter volontairement le territoire français et rejoindre l'Italie, pays dans lequel ils justifient d'un droit au séjour, ou le Maroc, pays dont ils ont la nationalité, doit être regardé comme ayant informé les intéressés, d'une part, de leur " obligation " de se " rendre immédiatement " en Italie, au sens de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 et, d'autre part, de la possibilité qui leur était également offerte, compte tenu de leur nationalité, de regagner spontanément et volontairement le Maroc.
15. D'autre part, en précisant que, si M. et Mme C n'avaient pas, à l'expiration du délai de trente jours qui leur était accordé, volontairement rejoint l'Italie ou le Maroc, l'obligation de quitter le territoire serait mise à exécution à destination de l'Italie ou du Maroc, le préfet de Saône-et-Loire doit être regardé comme ayant prioritairement décidé, par une mesure ayant des effets identiques à celle d'une décision de remise, de reconduire d'office en Italie les intéressés, lesquels ont la qualité de résidents de longue-durée dans cet État membre de l'Union européenne et ne représentent pas une menace grave pour l'ordre public, et comme ayant, à défaut, précisé que leur éloignement se ferait vers le Maroc si ces derniers renonçaient ou ne souhaitaient pas être reconduits en Italie.
16. Il résulte de l'ensemble de ce qui a été dit aux points 10 à 15 que, en tout état de cause, les moyens tirés de la méconnaissance des directives 2003/109/CE du 25 novembre 2003 et 2008/115/CE du 16 décembre 2008 doivent être écartés.
S'agissant des autres moyens :
17. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 9, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de Saône-et-Loire a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
18. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et doivent dès lors être écartés pour ce motif.
19. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Leurs conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
20. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. et Mme C doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
21. D'une part, les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
22. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. C, qui n'a ni obtenu ni même demandé le bénéfice de l'aide juridictionnelle, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : Les requêtes de M. et Mme C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme A C, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Dubersten.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 29 février 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Bois, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
L'assesseure la plus ancienne,
M. DesseixLe président,
L. Boissy
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Nos 2303020, 2303376
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026