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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303043

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303043

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303043
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGRENIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 octobre 2023, M. E B, représenté par Me Grenier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- à titre subsidiaire, elle est entachée d'un vice de procédure faute de saisine de la commission du titre de séjour ;

- à titre principal, elle a été prise en violation de l'article 6 5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit, le préfet n'ayant pas tenu compte de son insertion sur le territoire français ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

S'agissant des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de renvoi :

- elles sont illégales par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25%) par décision du 27 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Grenier, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, est entré en France le 2 décembre 2018, muni d'un visa de court séjour valable du 1er décembre 2018 au 14 janvier 2019. La demande de regroupement familial déposée, à son profit, le 14 janvier 2019 par son épouse, Mme A B, a été rejetée par décision du 3 avril 2019 du préfet de Saône-et-Loire, confirmée par jugement du tribunal administratif de Dijon du 27 août 2019 et par une décision de la cour administrative d'appel de Lyon du 12 mars 2020. Puis, par une décision du 13 janvier 2020, confirmée par le tribunal administratif de Dijon par un jugement du 28 septembre 2020, le préfet de Saône-et-Loire a rejeté la demande de l'intéressé, déposée le 6 juin 2019, tendant à la délivrance d'un certificat de résidence algérien au titre de sa vie privée et familiale. Le 29 janvier 2021, M. B a déposé une nouvelle demande de certificat de résidence algérien " vie privée et familiale " sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui a été rejetée par arrêté du 2 février 2022 du préfet de Saône-et-Loire confirmé par jugement du tribunal du 7 juin 2022. Enfin, le 15 mai 2023, il a de nouveau sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien " vie privée et familiale " sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui a été rejetée par arrêté du préfet de Saône-et-Loire du 28 septembre 2023 dont il demande l'annulation.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

3. M. B a épousé le 3 août 2014 une ressortissante algérienne, séjournant régulièrement en France et deux enfants sont nés de cette union. Dès lors, le requérant entrait dans la catégorie des ressortissants algériens ouvrant droit au regroupement familial. Par suite, le préfet de Saône-et-Loire n'a pas commis d'erreur de droit en rejetant la demande de M. B tendant à la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien au motif qu'il entrait dans les catégories ouvrant droit au regroupement familial, et cette décision ne peut être regardée comme prise en violation de ces stipulations.

4. En deuxième lieu, aux termes l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a épousé Mme D en Algérie le 3 août 2014 ; son épouse , qui est employée sous couvert d'un contrat à durée indéterminée depuis avril 2021, est titulaire d'un certificat de résidence algérien et le couple a eu deux enfants nés en 2016 et 2019. M. B est toutefois entré en France au mois de décembre 2018, quatre ans après son mariage en contournant la procédure de regroupement familial à laquelle il était éligible et s'y est maintenu en situation irrégulière malgré le rejet de ses précédentes demandes d'admission au séjour et les mesures d'éloignement dont il faisait l'objet. S'il soutient faire état d'éléments nouveaux depuis la précédente décision de refus de séjour, à savoir la naissance de son deuxième enfant et l'état de santé de l'aîné, il ressort des mentions du jugement du tribunal du 7 juin 2022 que ces éléments avaient déjà été portés à la connaissance du préfet de Saône-et-Loire lors de la précédente demande de titre de séjour. S'il se prévaut d'une promesse d'embauche et de sa qualité de donneur de sang, ces seuls éléments ne permettent pas d'établir une insertion toute particulière dans la société française. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier qu'il prend part à l'éducation de ses enfants, la décision de refus de séjour n'a pas pour effet de l'empêcher de maintenir des liens avec la cellule familiale, qui a vocation à se reconstituer, soit en France par le biais du regroupement familial, soit en Algérie, pays dont les intéressés ont la nationalité. Si son fils doit subir une ablation partielle des amygdales, il ne ressort pas des éléments produits que l'état de santé de cet enfant soit particulièrement préoccupant.

6. En outre, le préfet de Saône-et-Loire a relevé qu'il appartenait à Mme B, qui bénéficie désormais de ressources stables, d'entreprendre les démarches nécessaires pour déposer une nouvelle procédure de regroupement familial lorsque son époux sera retourné en Algérie. Enfin, M. B ne soutient ni même n'allègue qu'il serait isolé dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-six ans. Ainsi, eu égard à l'ensemble des considérations qui précèdent, le préfet n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel sa décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et la décision attaquée n'apparait pas davantage entachée d'erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation de l'intéressé.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors en vigueur : " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative :

1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-23, () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Ces dispositions s'appliquent aux ressortissants algériens dont la situation est examinée sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien régissant, comme celles, de portée équivalente en dépit des différences tenant au détail des conditions requises, de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet est néanmoins tenu de saisir la commission du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent.

8. En l'espèce, M. B ne remplit pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en application du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Dès lors que le requérant n'est pas au nombre des étrangers pouvant obtenir de plein droit le titre de séjour visé par ces dispositions, le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour et n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 432-13 du code précité. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en raison du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision refusant le titre de séjour n'est pas illégale. Par suite, le requérant ne peut se prévaloir de l'illégalité par la voie de l'exception de cette décision. Un tel moyen soulevé au soutien des conclusions d'annulation de la décision par laquelle le préfet a prononcé une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de l'intéressée ne peut qu'être écarté.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 5 et 6, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :

11. Le requérant n'établit pas l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français et n'est, par suite, pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision relative au délai de départ volontaire et contre la décision fixant le pays de destination.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence celles présentées à fin d'injonction. Il s'ensuit que sa requête doit être rejetée y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-l du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Grenier.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

La rapporteure,

M-E C

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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