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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303068

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303068

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303068
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSI HASSEN MYRIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 octobre 2023 et un mémoire enregistré le 27 février 2024, M. D A B, représenté par Me Si Hassen, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle devra être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour ;

- elle a été prise en violation de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant fixation du pays de destination :

- elle devra être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. A B une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du

27 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Si Hassen, représentant M. A B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant angolais né le 20 février 1995, est entré en France en août 2011, alors âgé de 16 ans, et a été confié aux services d'aide sociale à l'enfance de la Côte-d'Or. Il a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) préparation et réalisation d'ouvrages électriques en 2014, puis un baccalauréat professionnel électrotechnique en 2016. Il a ensuite préparé le brevet de technicien supérieur (BTS) électrotechnique. A sa majorité, il a été mis en possession de titres de séjour en qualité d'étudiant, dont le dernier a expiré le 15 octobre 2018. Le

9 novembre 2021, il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour. La commission du titre de séjour a émis un avis favorable à sa demande. Par arrêté du 5 octobre 2023 dont il demande l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

3. En l'espèce, pour refuser de délivrer à M. A B le titre de séjour demandé, le préfet s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé n'a pas terminé son BTS par manque de travail et de sérieux dans les études entreprises, et que, " depuis trois années, il ne fait preuve d'aucune insertion particulière dans la société française ". En défense, le préfet ajoute que le requérant n'a pas sollicité le renouvellement de son titre de séjour à la péremption de son dernier titre de séjour, alors qu'il lui appartenait d'entreprendre des démarches pour faire renouveler son passeport en temps voulu, et qu'il a tenu compte de la rupture de la continuité du droit au séjour pour apprécier si la situation de l'intéressé pouvait être regardée comme exceptionnelle. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les services de la préfecture ont refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par M. A B et l'ont retournée le 6 mars 2019 au motif que son dossier était incomplet en l'absence de passeport en cours de validité et d'acte de naissance légalisé par une autorité française en Angola. Une nouvelle demande de titre de séjour a fait l'objet d'un refus d'enregistrement le 13 avril 2021 au motif que le dossier ne comportait pas de Cerfa récent, de curriculum-vitae, de documents relatifs à l'entreprise et d'attestation de l'employeur. Enfin, le préfet a laissé sans réponse pendant près de deux ans la demande de titre de séjour de M. A B. Il ne peut dans ces conditions être reproché à M. A B un défaut d'insertion en raison de sa situation irrégulière, qui est en grande partie la conséquence du refus des services de la préfecture de traiter ses demandes successives de titre de séjour. En outre, le constat qu'un étranger s'est maintenu en France en situation irrégulière ne peut en lui-même fonder un refus de régularisation, le titre de séjour mentionné à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne pouvant être regardé comme réservé aux seuls étrangers qui justifient avoir séjourné régulièrement en France et qui souhaitent changer de statut.

4. Il ressort pour le reste des pièces du dossier que M. A B, est entré en France à l'âge de seize ans et y séjourne de manière ininterrompue depuis plus de douze ans. Il a démontré des qualités de sérieux et de motivation dans sa scolarité secondaire, qui lui ont permis d'obtenir un baccalauréat professionnel, quand bien même il a ensuite échoué à l'examen du BTS ; il a, parallèlement à ses études, cumulé une quinzaine de périodes de travail en intérim et dispose d'une promesse d'emploi de la part d'une agence qui l'a déjà employé et indique qu'il s'agit d'un salarié exemplaire, qu'elle est prête à déléguer auprès de ses clients dès qu'il justifiera d'un titre de séjour. Il présente des appréciations favorables de la part des membres des services d'aide sociale qui l'ont accueilli et accompagné, qui soulignent son comportement sérieux et volontaire, son engagement et son rôle exemplaire auprès des autres jeunes, l'un des témoignages relatant en particulier une intervention de sa part pour protéger une éducatrice d'une agression. Il ressort également des pièces du dossier qu'il a bâti un cercle d'amis et de connaissances. Il présente ainsi des gages de bonne insertion, qui ont conduit la commission du titre de séjour à émettre un avis favorable sur sa demande de régularisation. Par suite, dans les circonstances très particulières de l'espèce,

M. A B est fondé à soutenir que le préfet de la Côte-d'Or a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour au motif qu'il ne justifiait pas d'une insertion particulière dans la société française.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés, que M. A B est fondé à demander l'annulation de la décision du

5 octobre 2023 par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par voie de conséquence, les décisions d'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination doivent aussi être annulées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement implique que, dans un délai de deux mois suivant sa notification, le préfet de la Côte-d'Or délivre un titre de séjour à M. A B.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. A B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : L'arrêté du 5 octobre 2023 du préfet de la Côte-d'Or est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or de délivrer un titre de séjour à M. A B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Si Hassen.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dijon en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

La rapporteure,

M-E C

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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