mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2303150 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 novembre 2023, M. F E, représenté par la société civile professionnelle Themis Avocats et Associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er août 2023 par laquelle le directeur du centre de détention de Joux-la-Ville a ordonné son placement en régime contrôlé de détention ;
2°) d'enjoindre au directeur du centre de détention de Joux-la-Ville d'ordonner son placement en régime normal de détention, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jours de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision attaquée lui fait grief et sa requête est recevable ;
- il n'est pas établi que le signataire de la décision attaquée disposait d'une délégation de signature à cet effet, consentie par le directeur du centre de détention ;
- les faits sur lesquels se fonde cette décision ne sont pas établis ;
- le directeur du centre de détention a commis une erreur d'appréciation, dès lors que les faits sur lesquels il se fonde, à les supposer établis, ne sont pas de nature à justifier le placement en régime contrôlé de détention.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au chef d'établissement du centre de détention de Joux-la-Ville d'ordonner le placement en régime normal de détention de M. E sont devenues sans objet au regard de la libération de ce dernier le 21 juin 2024 ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon du 2 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hamza Cherief,
- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, écroué le 1er mars 2019, a été incarcéré au centre de détention de Joux-la-Ville entre le 16 février 2021 et le 21 juin 2024. Il a fait l'objet, le 1er août 2023, d'un placement en régime dit " contrôlé " en raison de son incapacité à vivre en collectivité. M. E demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 211-4 du code pénitentiaire : " La répartition des personnes condamnées dans les établissements pour peines s'effectue compte tenu de leur catégorie pénale, de leur âge, de leur état de santé et de leur personnalité. / Leur régime de détention est déterminé en prenant en compte leur personnalité, leur santé, leur dangerosité et leurs efforts en matière de réinsertion sociale. / Le placement d'une personne détenue sous un régime de détention plus sévère ne saurait porter atteinte aux droits mentionnés par les dispositions de l'article L. 6. ". Aux termes de l'article D. 211-36 du même code : " Des modalités de prise en charge individualisées peuvent, pour l'application des dispositions de l'article L. 211-4, être appliquées, au sein de chaque établissement pénitentiaire, aux personnes détenues, en tenant compte de leur parcours d'exécution de la peine et de leur capacité à respecter les règles de vie en collectivité. Les modalités de prise en charge de chaque personne détenue sont consignées dans le parcours d'exécution de la peine. ". Aux termes de l'article R. 112-23 du même code : " Chaque chef d'établissement pénitentiaire adapte le règlement intérieur type applicable à la catégorie dont relève l'établissement qu'il dirige en prenant en compte les modalités spécifiques de fonctionnement de ce dernier () ". Ces dispositions autorisent le chef d'établissement à prévoir, dans le cadre du règlement intérieur adapté à son établissement, des régimes différenciés de détention selon les détenus, sans que ce placement en régime différencié ne revête un caractère disciplinaire.
3. En premier lieu, par un arrêté du 5 janvier 2023, référencé 89-2023-01-05-00005, régulièrement publié le 6 janvier 2023 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Yonne référencé 89-2023-008, M. C A, chef d'établissement du centre de détention de Joux-la-Ville, a donné délégation permanente de signature à M. D B, chef de détention, à fin de signer tous arrêtés, décisions, actes, documents et correspondances se rapportant notamment à la définition des modalités de prise en charge individualisées et à la prise de décisions de placement dans des régimes de détention différenciés. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée, qui manque en fait, doit, pour ce motif, être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E a, le 28 juillet 2023, adopté un comportement irrespectueux envers un surveillant pénitentiaire en le qualifiant de " fonctionnaire de merde " et en déclarant " les CPIP sont des débiles ". Le requérant a, par ailleurs, précédemment à l'intervention de la décision en litige, fait l'objet de deux sanctions disciplinaires, le 29 septembre 2022 et le 23 février 2023, pour avoir adressé, le 12 avril 2022, un courrier insultant à un membre du personnel pénitentiaire en écrivant " tu esi debyle " et, le 27 janvier 2023, pour avoir refusé d'obéir aux injonctions d'un surveillant pénitentiaire, s'imposant physiquement face à ce dernier, son attitude menaçante ayant nécessité l'intervention de deux autres agents. L'intéressé n'apporte aucun élément susceptible de remettre en cause la matérialité des griefs retenus à son encontre et qui ont motivé l'adoption de la décision en litige. Ainsi, c'est sans commettre d'erreur de fait que, par la décision attaquée, l'administration pénitentiaire a placé M. E en régime de détention contrôlé. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
5. En troisième lieu, eu égard aux faits qui viennent d'être rappelés au point précédent du présent jugement, à l'ensemble des faits dont se prévaut le garde des sceaux, ministre de la justice, en défense, survenus au cours de la seule année 2023, révélateurs d'un comportement manifestement provocateur du requérant, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le directeur du centre de détention de Joux-la-Ville a pu placer M. E en régime contrôlé de détention.
6. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 1er août 2023, par laquelle le directeur du centre de détention de Joux-la-Ville a ordonné son placement en régime contrôlé de détention. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée en défense par le garde des sceaux, ministre de la justice, les conclusions à fin d'annulation, et par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. E, doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par le conseil de M. E au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, à la société civile professionnelle Themis Avocats et Associés et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
M. Hugez, premier conseiller,
M. Cherief, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024
Le rapporteur,
H. Cherief
Le président,
Ph. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608358
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2607258
01/07/2026