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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303448

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303448

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303448
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantMANHOULI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 4 décembre 2023, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, la magistrate désignée du tribunal administratif de Nancy a transmis au tribunal, en application de l'article R. 776-16 du code de justice administrative, la requête présentée par M. E.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nancy le 29 novembre 2023, M. G E, désormais représenté par Me Manhouli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2023, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'auteur des décisions attaquées n'avait pas compétence pour édicter ces mesures ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision porte une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

S'agissant de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- il ne présente pas de risque de fuite ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de cette interdiction.

Par un arrêté du 28 novembre 2023, le préfet de la Côte-d'Or a maintenu M. E dans les locaux d'un centre de rétention administrative ne relevant pas de l'administration pénitentiaire pour une durée de 48 heures à compter de sa notification.

Par une ordonnance du 30 novembre 2023, le juge des libertés et de la détention a prononcé la remise en liberté de M. E.

Par un arrêté du 30 novembre 2023, notifié par voie administrative le même jour, le préfet de la Côte-d'Or a assigné à résidence M. E sur le territoire de la commune de Chenôve pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de M. E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, par une décision du 1er septembre 2023, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes prévues à l'article L. 614-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 7 décembre 2023 à 15 heures.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez ;

- et les observations de Me Manhouli, représentant M. E, qui soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées, s'agissant de son état de santé et que le préfet ne pouvait prendre en considération dans sa motivation l'existence d'une menace à l'ordre public sans la mettre en balance avec l'état de santé ;

- le risque de soustraction n'est pas suffisamment caractérisé pour fonder une décision de refus de délai de départ volontaire ;

- la menace à l'ordre public, qui doit être appréciée en lien avec l'état de santé, sur laquelle se fonde la décision de refus de délai de départ volontaire n'est pas établie par les seules pièces du dossier ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il ne peut être établi qu'un retour au Kosovo ne présenterait pas de risques pour M. E, eu égard à son état de santé ;

- il n'est pas établi que le préfet aurait pris en compte tous les critères qu'il doit prendre en compte pour décider du principe et du quantum d'une interdiction de retour sur le territoire français.

Le préfet de la Côte-d'Or n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 15 heures 12 minutes.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant kosovar, né en 2001 au Kosovo, a précédemment fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, par un arrêté du 4 février 2021, demeurée non exécutée et a formé le 7 février 2023 une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Néanmoins, il a été interpellé le 26 novembre 2023 par les services de police de Dijon pour des faits de violences volontaires aggravées sur ses mère et sœur et placé en garde à vue. Par un arrêté du 28 novembre 2023, notifié le même jour par voie administrative, et dont l'intéressé demande au tribunal l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois années. Par un second arrêté du même jour, le préfet de la Côte-d'Or a maintenu l'intéressé dans les locaux d'un centre de rétention administrative ne relevant pas de l'administration pénitentiaire pour une durée de quarante-huit heures à compter de sa notification. Par une ordonnance du 30 novembre 2023, le juge des libertés et de la détention a prononcé la remise en liberté de M. E. Par un arrêté du 30 novembre 2023, notifié par voie administrative le même jour, le préfet de la Côte-d'Or a assigné à résidence M. E sur le territoire de la commune de Chenôve dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. E.

Sur l'étendue du litige :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. " Aux termes de l'article L. 614-8 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 () le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures. " Aux termes de l'article L. 614-9 de ce code : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, (), statue au plus tard quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours. / Dans le cas où la décision d'assignation à résidence ou de placement en rétention intervient en cours d'instance, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue dans un délai de cent quarante-quatre heures à compter de la notification de cette décision par l'autorité administrative au tribunal. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, applicable en cas d'assignation à résidence : " () lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. ".

6. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au magistrat désigné de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, et interdiction de retour sur le territoire français, et des conclusions accessoires dont elles sont assorties. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour ni sur les conclusions accessoires dont elles sont assorties. Il y a également lieu de renvoyer à la formation collégiale du tribunal les conclusions relatives aux frais de l'instance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. En premier lieu, par un arrêté n° 1193/SG du 2 août 2023, référencé 21-2023-08-02-00009, publié le 22 août 2023 au recueil des actes administratifs spécial référencé 21-2023-070 du même jour, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation à M. Frédéric Carre, secrétaire général de la préfecture de la Côte-d'Or, et en son absence à Mme D C, sous-préfète, chargée de mission auprès du préfet de la Côte-d'Or, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département de la Côte-d'Or, à l'exception de décisions limitativement énumérées au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A n'aurait pas été absent lors de l'édiction de l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée en droit par le visa du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en fait par les circonstances selon lesquelles l'intéressé a formé le 7 février 2023 une demande d'admission exceptionnelle au séjour, il réside en France depuis juillet 2016, il a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français demeurée non exécutée, il ne justifie pas des liens qu'il entretiendrait avec les membres de sa famille présents sur le territoire français, il a été mis en cause le 26 novembre 2023 pour des faits de violences volontaires aggravées sur les personnes de sa mère et de sa sœur, il ne fait état d'aucune insertion particulière dans la société française, et sa situation ne relève pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, alors que le préfet de la Côte-d'Or n'était pas tenu de mentionner l'état de santé de l'intéressé, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit être, pour ce motif, écarté.

9. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant est célibataire et sans enfant, qu'il séjourne sur le territoire français depuis un peu plus de sept ans à la date de la décision attaquée, qu'il s'y maintient irrégulièrement en dépit d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré. Si l'intéressé se prévaut de la présence de ses parents, de sa sœur et de son frère mineur sur le territoire français, il ne justifie pas de l'intensité et de la réalité des liens qu'il entretiendrait avec ceux-ci, alors même qu'il a été placé en garde à vue le 26 novembre 2023 par les services de police pour des faits de violences volontaires aggravées, commis sur ses propres mère et sœur, qui ont porté plainte contre lui à raison de ces faits. Il ne justifie davantage d'aucune insertion sociale ni de liens intenses, stables et anciens sur le territoire français. En outre, il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de quatorze ans. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle lui a été opposée. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, il ressort des termes même de l'arrêté litigieux que la décision portant refus d'un délai de départ volontaire est motivé en droit par le visa du 3° de l'article L. 612-2, et des 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en fait par les circonstances selon lesquelles l'intéressé a mentionné ne pas vouloir regagner son pays d'origine, il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, édictée le 4 février 2021 et il est démuni de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, et alors que le préfet de la Côte-d'Or n'était pas tenu de mentionner l'état de santé du requérant, le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit être, pour ce motif, écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

13. M. E ne conteste pas les circonstances de fait énumérées au point 11 du présent jugement. Dès lors, en vertu des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Côte-d'Or a pu légalement considérer que le risque que l'intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français était établi, contrairement à ce que soutient le requérant, et refuser, sans commettre d'erreur de droit, d'accorder un délai de départ volontaire au requérant. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il ne présente pas de risque de fuite doit être écarté.

14. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que M. E ne constitue pas une menace pour l'ordre public est inopérant, dès lors que le préfet de la Côte-d'Or ne s'est pas fondé sur cette circonstance pour lui refuser un délai de départ volontaire. Il en est de même du moyen tiré de ce que la menace à l'ordre public aurait dû être appréciée, en tenant compte de son état de santé, pour le même motif.

15. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, il ressort une nouvelle fois des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la décision fixant le pays de destination est motivée en droit par le visa des articles L. 711-2, L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en fait par la circonstance selon laquelle M. E est de nationalité kosovare. Alors que le préfet n'était pas davantage tenu, s'agissant de cette décision de mentionner au soutien des motifs de fait retenus l'état de santé de l'intéressé, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit être, pour ce motif, écarté.

17. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 9 du présent jugement.

18. En troisième lieu, si le requérant fait valoir à l'audience qu'il n'est pas établi qu'il n'encourrait pas des traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Kosovo, eu égard à son état de santé, il n'apporte aucun élément de fait au soutien de cette allégation. En particulier, il n'apporte aucun élément permettant de présumer qu'il ne pourrait accéder à un traitement adapté à la schizophrénie ou aux troubles psychiques dont il souffire, dans son pays d'origine ou que ce pays ne pourrait prendre en charge une telle pathologie et lui ferait encourir, ce faisant, des traitements inhumains ou dégradants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

19. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

20. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté litigieux que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est motivée en droit par le visa des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en fait par les circonstances selon lesquelles aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. E, aucune circonstance humanitaire ne fait obstacle au principe d'une interdiction de retour sur le territoire français, l'intéressé est présent en France depuis sept ans, sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public, il a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français, demeurée non exécutée, il est célibataire et sans enfant et il ne justifie pas entretenir avec les membres de sa famille présents sur le territoire français des liens intenses et stables. Dès lors, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le préfet a effectivement pris en compte les quatre critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, contrairement à ce que soutient le requérant, pour définir le quantum de cette mesure. Par suite, et alors une nouvelle fois que le préfet n'était pas tenu de mentionner l'état de santé de l'intéressé, le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit être, pour ce motif, écarté.

21. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

22. Eu égard à l'ensemble des éléments de faits mentionnés au point 20 du présent jugement, et alors que les faits de violences volontaires aggravées pour lesquels l'intéressé a été placé en garde en vue ont été commis sur les personnes de sa mère et de sa sœur, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont fait l'objet M. E. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

23. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

24. Il résulte de tout ce qui précède que M. E, qui n'a pas dirigé de conclusions contre la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet, n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français contenues dans l'arrêté du 28 novembre 2023, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a également rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées, en tant qu'elles constituent des conclusions accessoires aux conclusions à fin d'annulation sur lesquelles il vient d'être statué.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les conclusions de la requête de M. E dirigées contre la décision portant refus de séjour, contenue dans l'arrêté du 28 novembre 2023, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, les conclusions accessoires dont elles sont assorties, et les conclusions relatives aux frais de l'instance sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Karima Manhouli.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

I. B

Le greffier,

J. Testori

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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