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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303476

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303476

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303476
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET ADAES AVOCATS (SARL)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a rejeté la requête de M. Julien Odoul, conseiller régional, qui demandait l'annulation d'une délibération de la commission permanente du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté accordant une subvention de 3 000 euros à Mme D pour la création d'une entreprise de vente de vêtements féminins d'Orient. Le requérant soutenait que cette subvention finançait un culte, car les vêtements vendus (voiles et abayas) seraient de "mode islamique" et s'inscriraient dans une "logique d'affirmation religieuse". Le tribunal a jugé que l'interdiction de subventionner un culte, prévue par la loi du 9 décembre 1905, ne s'appliquait pas en l'espèce, car l'activité de vente de vêtements, même s'ils sont portés par des femmes musulmanes, ne constitue pas une activité cultuelle. La solution retenue est le rejet de la requête, fondée sur les articles 1er et 2 de la loi de 1905 et l'article L. 1511-2 du code général des collectivités territoriales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2023, M. Julien Odoul demande au tribunal d'annuler la délibération 23CP.665 du 29 septembre 2023 de la commission permanente du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, en tant que cette délibération accorde une subvention de 3 000 euros à Mme C D au titre de la prime à la création reprise dans les territoires fragilisés (PCRTF).

Il soutient que cette subvention doit être regardée comme finançant un culte, dès lors que les vêtements vendus par Mme D sont des vêtements " de mode islamique ", en l'espèce des voiles et des abayas et que ces vêtements s'inscrivent dans " une logique d'affirmation religieuse ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2024, Mme C D, représentée par Me Fiumé, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2024, la région Bourgogne-Franche-Comté, représentée par la société à responsabilité limitée Adaes Avocats, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du 26 février 2024, Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Les parties ont été informées par une lettre du 5 avril 2024 que cette affaire était susceptible, à compter du 13 mai 2024, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 15 mai 2024 par ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez,

- les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public,

- et les observations de Me Corneloup, représentant la région Bourgogne-Franche-Comté.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 29 septembre 2023, qu'elle a fondée sur le règlement (UE) 2020/972 de la Commission du 2 juillet 2020, la commission permanente du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, dans le cadre de sa politique de soutien à la création, à la reprise, au développement et à la pérennité des entreprises, a notamment attribué à Mme C D une prime à la création reprise dans les territoires fragilisés (PCRTF) de 3 000 euros dans le cadre de la création d'une entreprise individuelle ayant pour activité la " vente de vêtements féminins d'Orient sur les marchés ". M. Julien Odoul, conseiller régional, demande au tribunal d'annuler cette délibération.

2. D'une part, aux termes de l'article premier de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État : " La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public. ". Le premier alinéa de l'article 2 de cette loi dispose : " La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l'Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l'exercice des cultes. ". Aux termes des deux derniers alinéas de l'article 13 de cette loi : " Les établissements publics du culte, puis les associations bénéficiaires, seront tenus des réparations de toute nature, ainsi que des frais d'assurance et autres charges afférentes aux édifices et aux meubles les garnissant. / L'Etat, les départements, les communes et les établissements publics de coopération intercommunale pourront engager les dépenses nécessaires pour l'entretien et la conservation des édifices du culte dont la propriété leur est reconnue par la présente loi. ". En vertu du III de l'article 19-2 de cette même loi, les associations cultuelles " ne peuvent, sous quelque forme que ce soit, recevoir des subventions de l'Etat, des collectivités territoriales ou de leurs groupements. Ne sont pas considérées comme subventions les sommes allouées pour réparations ainsi que pour travaux d'accessibilité aux édifices affectés au culte public, qu'ils soient ou non classés monuments historiques. ".

3. L'interdiction de subventionner un culte, qui s'applique à toute manifestation de nature cultuelle, ne se limite pas aux relations avec les associations cultuelles mentionnées au titre IV de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État, mais concerne toute personne se livrant, fût-ce partiellement, à une activité de nature cultuelle. Un tel principe exclut qu'une subvention publique soit accordée, directement ou indirectement pour la célébration de cérémonies organisées en vue de l'accomplissement, par des personnes réunies par une même croyance religieuse, de certains rites ou de certaines pratiques.

4. D'autre part, aux termes du I de l'article L. 1511-2 du code général des collectivités territoriales : " Sous réserve des articles L. 1511-3, L. 1511-7 et L. 1511-8, du titre V du livre II de la deuxième partie et du titre III du livre II de la troisième partie, le conseil régional est seul compétent pour définir les régimes d'aides et pour décider de l'octroi des aides aux entreprises dans la région. () / Ces aides revêtent la forme de prestations de services, de subventions, de bonifications d'intérêts, de prêts et d'avances remboursables, à taux nul ou à des conditions plus favorables que les conditions du marché. / () Les aides accordées sur le fondement du présent I ont pour objet la création ou l'extension d'activités économiques. ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme C D est immatriculée au registre du commerce et des sociétés en qualité d'entrepreneur individuel pour une activité classée dans la catégorie du commerce de détail de textiles, d'habillement et de chaussures sur éventaires et marchés, sous le nom commercial " Belinay Butik Sens ", que la région Bourgogne-Franche-Comté a identifiée comme une activité de " vente de vêtements féminins d'Orient sur les marchés ". Alors que M. B n'apporte aucun autre élément à l'appui de son argumentation que des photos d'un compte de réseau social de Mme D montrant des photos de femmes revêtues d'abayas se photographiant face à un miroir, il ne ressort des pièces du dossier ni que cette activité commerciale pourrait être regardée comme constituant une activité cultuelle, ni que l'entreprise individuelle de Mme D, qui ne constitue pas une association cultuelle, aurait de telles activités, ni enfin qu'elle pourrait être regardée comme participant de l'exercice d'un culte, quand bien même elle se livrerait à la vente, à titre exclusif ou non, de voiles et d'abayas. Dès lors, l'unique moyen soulevé, tiré de ce que l'aide accordée par la région Bourgogne-Franche-Comté financerait un culte, doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération 23CP.665 du 29 septembre 2023 de la commission permanente du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, en tant que cette délibération accorde une subvention de 3 000 euros à Mme C D au titre de la prime à la création reprise dans les territoires fragilisés.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. Julien Odoul, à la région Bourgogne-Franche-Comté et à Mme C A.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

M. Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

Le rapporteur,

I. Hugez

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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