mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2303481 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BORGES DE DEUS CORREIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 décembre 2023, Mme A B, représentée par Me Borges de Deus Correia, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles le préfet de Saône-et-Loire a refusé de renouveler son récépissé de demande de titre de séjour et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
3°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui renouveler son récépissé de demande de titre de séjour avec droit au travail à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard dans l'attente de la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " et de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans le même délai et sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision de refus de renouvellement de récépissé de demande de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision de refus de titre de séjour a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 janvier 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable ;
- à titre subsidiaire, les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 29 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au
29 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A seul été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme C, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante macédonienne née en 2002, est entrée en France le 16 février 2010 avec ses parents et son frère. Le 6 mars 2019, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement du 2° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur (codifié depuis le 1er mai 2021 à l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile). Le silence gardé par l'administration pendant quatre mois a fait naître, le 6 juillet 2019, une décision implicite de refus de sa demande de titre de séjour. Toutefois, par courrier du 8 août 2019, le préfet de Saône-et-Loire a informé Mme B de sa décision de lui délivrer le titre de séjour sollicité, sous réserve de l'acquittement du droit de visa. Le préfet fait néanmoins valoir, sans être contredit, que l'intéressée ne s'est pas acquittée du droit de visa dans le délai d'une année, de sorte que le titre de séjour ne lui a pas été délivré. Pour autant, le préfet a délivré à l'intéressée des récépissés successifs de demande de titre de séjour, le dernier en date du 8 décembre 2022 valable jusqu'au 7 mars 2023. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler les décisions implicites de refus de renouvellement du récépissé de demande de titre de séjour et de délivrance du titre de séjour.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :
" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date du 8 août 2019 : " () la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 2° A l'étranger dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entrant dans les prévisions de l'article L. 311-3, qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France avec au moins un de ses parents légitimes, naturels ou adoptifs depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans () , la filiation étant établie dans les conditions prévues à l'article L. 314-11 ; la condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée ; () ". Aux termes de l'article L. 311-13 de ce code, dans sa version en vigueur à la date du 8 août 2019 : " D. - 1. Sans préjudice des dispositions de l'article L. 313-2, préalablement à la délivrance d'un premier titre de séjour, l'étranger qui est entré en France sans être muni des documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ou qui, âgé de plus de dix-huit ans, n'a pas, après l'expiration depuis son entrée en France d'un délai de trois mois ou d'un délai supérieur fixé par décret en Conseil d'Etat, été muni d'une carte de séjour, acquitte un droit de visa de régularisation d'un montant égal à 340 €, dont 50 €, non remboursables, sont perçus lors de la demande de titre. (). ".
5. D'autre part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 de ce code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ".
6. Il résulte de ces dispositions que la circonstance qu'un ressortissant étranger soit, après que sa demande de titre de séjour a été enregistrée, mis en possession d'un ou de plusieurs récépissés valant autorisation provisoire de séjour, ne peut faire obstacle à la naissance d'une décision implicite de rejet de sa demande de titre à l'expiration du délai de quatre mois.
7. Il ressort des pièces du dossier que le 6 mars 2019, Mme B a déposé une première demande de titre de séjour sur le fondement du 2° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le silence gardé par l'administration sur cette demande pendant quatre mois a fait naître, le 6 juillet 2019, une décision implicite de refus de titre de séjour. Toutefois, par une seconde décision du 8 août 2019, le préfet de Saône-et-Loire a notifié à Mme B la délivrance du titre de séjour sollicité, sous réserve du paiement par l'intéressée du droit de visa d'un montant de 340 euros. Ainsi, conformément à l'article L. 311-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision du préfet du 8 août 2019 soumettait l'octroi à Mme B d'un titre de séjour à la condition qu'elle s'acquitte de la somme de 340 euros au titre d'un visa de régularisation. Le préfet de Saône-et-Loire fait valoir, sans être contesté, que Mme B ne s'est pas acquittée de la somme demandée. La condition posée n'étant pas satisfaite, la décision du 8 août 2019, qui n'avait donc pas le caractère d'une décision créatrice de droit, doit être regardée comme retirée. Dans ces conditions, la circonstance qu'aient été délivrés des récépissés successifs, le dernier d'entre eux valable jusqu'au 7 mars 2023, est sans incidence sur le retrait de la décision du 8 août 2019. Par suite, le préfet de Saône-et-Loire n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour est inexistante et que les conclusions dirigées contre la décision implicite de refus de titre de séjour opposée à Mme B sont irrecevables. Il en résulte que la fin de non-recevoir présentée à ce titre doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision implicite de refus de renouvellement du récépissé de titre de séjour :
8. Aux termes de l'article R. 431-12 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. () ". Aux termes de l'article R. 431-13 de ce code : " La durée de validité du récépissé mentionné à l'article R. 431-12 ne peut être inférieure à un mois. Il peut être renouvelé ". Il résulte de ces dispositions que la remise d'un récépissé a pour seul objet de permettre à un ressortissant étranger de séjourner régulièrement sur le territoire français pendant la durée de l'instruction de sa demande de titre de séjour.
9. Ainsi qu'il a été dit au point 5, dès lors qu'une décision de refus de titre de séjour est née à l'issue d'un délai de quatre mois à compter du dépôt de la demande de Mme B, à savoir le 6 juillet 2019, la requérante ne pouvait prétendre au renouvellement du récépissé de sa demande de titre de séjour à compter de cette même date. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision implicite de refus de renouvellement de délivrance d'un récépissé aurait méconnu l'article R. 431-12 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ses conclusions tendant à l'annulation de cette décision doivent par suite être rejetées.
En ce qui concerne la décision implicite de refus de titre de séjour :
10. Ainsi qu'il a été dit au point 7, le retrait de la décision du 8 août 2019 en raison du non-acquittement du droit de visa de régularisation par la requérante a eu pour effet de faire revivre la décision implicite du 6 juillet 2019 de rejet de la demande de titre de séjour. A cette date, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée remplissait les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 311-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que la décision implicite de refus de titre de séjour a méconnu le 2° de l'article L. 311-11 précité et qu'elle doit, par conséquent, être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement, compte tenu du seul motif d'annulation retenu à l'encontre de la décision implicite de refus de titre de séjour et alors qu'aucun autre moyen de la requête n'apparaît de nature à entacher d'illégalité les décisions attaquées, implique seulement que, dans un délai de deux mois suivant sa notification, le préfet de Saône-et-Loire procède au réexamen de la situation de Mme B, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Mme B sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision implicite par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a rejeté la demande de titre de séjour de Mme B est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de Saône-et-Loire de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Borges de Deus Correia.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Chalon-sur-Saône en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.
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Délibéré après l'audience du 26 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
La rapporteure,
V. C
Le Président,
O. Rousset
La greffière,
B. Massia-Kura
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026