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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303511

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303511

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303511
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMIFSUD ELODIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 décembre 2023, M. D B, représenté par

Me Mifsud, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 7 novembre 2023 par lesquelles le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision en litige est entachée d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision de refus de titre de séjour ;

S'agissant des décisions lui accordant un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination :

- elles sont illégales en raison de l'illégalité dont est entachée la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 décembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une décision du 22 décembre 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 19 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au

8 février 2024.

Par une lettre du 22 mars 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'arrêté attaqué ne comportant pas une telle décision.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant comorien né en 1998, est entré régulièrement en France le 1er janvier 2020. Il a obtenu un titre de séjour mention " étudiant " valable du 29 décembre 2020 au 28 décembre 2022, sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 21 mars 2023, il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 précité. Par l'arrêté attaqué du

7 novembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. B en demande l'annulation.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Par décision du 22 décembre 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de séjour :

4. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme A C, directrice de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture, à qui le préfet de Saône-et-Loire a, par arrêté du 13 mars 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, conféré une délégation à l'effet de signer les décisions de refus de titre de séjour et de refus de renouvellement de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige, qui manque en fait, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. En l'espèce, la décision portant refus de titre de séjour vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a également précisé l'état civil du requérant, les modalités de son entrée sur le territoire français, sa demande de renouvellement de titre de séjour ainsi que sa situation personnelle et familiale. Il s'ensuit que la décision portant refus de titre de séjour énonce de manière suffisamment circonstanciée l'ensemble des considérations de droit et de fait qui la fonde pour mettre M. B en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.

7. En troisième lieu, si le requérant fait valoir que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, il ne ressort ni des termes de la décision litigieuse ni des pièces portées à sa connaissance que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant de prendre à son encontre la décision contestée. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'établit pas que la décision refusant de

lui délivrer un titre de séjour est illégale. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision soulevé par la voie de l'exception à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas fondé et doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité des décisions lui accordant un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination :

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'établit pas que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision soulevé par la voie de l'exception à l'appui des conclusions dirigées contre les décisions lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays de destination n'est pas fondé et doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

10. Le dispositif de l'arrêté du préfet de Saône-et-Loire ne comporte aucune décision faisant au requérant interdiction de retour sur le territoire français. Ses motifs ne révèlent pas davantage l'existence d'une telle décision. Ainsi, les conclusions dirigées contre une décision matériellement inexistante, sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire présentées par M. B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Mifsud.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Valérie Zancanaro, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

La rapporteure,

V. E

Le Président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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