vendredi 2 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2303521 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | REFERE |
| Avocat requérant | MANHOULI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 décembre 2023, le 23 janvier 2024 et le 30 janvier 2024, M. A E, représenté par Me Manhouli, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle omet d'évoquer sa situation familiale ;
- elle est entachée d'inexactitude matérielle des faits dès lors qu'il a déclaré la perte ou le vol de son passeport et effectué des démarches auprès du consulat du Maroc à Dijon qui n'ont pu aboutir faute de permission de sortie ;
- elle est entachée d'inexactitude matérielle des faits dès lors qu'il a demandé le renouvellement de son titre avant son expiration et qu'il n'a pu se rendre au rendez-vous fixé le 1er octobre 2019 car c'était le jour de naissance de sa fille ;
- elle est entachée d'inexactitude matérielle des faits dès lors qu'il poursuit sa relation avec Mme B D en dépit de son incarcération et qu'il assume son rôle de père ;
- la consultation du fichier des antécédents judiciaires ne permet pas de considérer qu'il est défavorablement connu des services de police ; le comportement délictuel n'est pas établi ;
- les infractions ayant donné lieu à des condamnations définitives ne caractérisent pas une menace grave à l'ordre public alors qu'il vit régulièrement en France depuis 17 ans ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il satisfait aux conditions du 2° et du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il apporte la preuve de sa résidence habituelle et continue sur le territoire français depuis l'âge de treize ans ; il n'a plus été en mesure de contribuer financièrement à l'entretien de son enfant compte tenu de son absence totale de moyens en 2021 et 2022 ;
En ce qui concerne la décision le privant de délai de départ volontaire :
- elle n'est pas motivée ;
- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ; les garanties de représentation sont en l'espèce assurées par son incarcération et par l'existence d'un domicile fixe et connu ; le risque de fuite n'est pas établi par ses seules déclarations, au demeurant non établies ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ; il était dans l'impossibilité d'exécuter la précédente obligation de quitter le territoire français du fait de son incarcération ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 janvier 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de M. E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- M. E ne justifie pas d'une résidence effective et continue sur le territoire français ;
- il n'apporte pas la preuve qu'il a participé effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas fondée sur la circonstance qu'il n'a pas entrepris de démarches pour quitter le territoire français de sorte que le moyen est inopérant ;
- si l'arrêté vise le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il aurait pris la même décision en se fondant sur le 5° de cet article ;
- sa décision n'est pas fondée sur les éléments de situation que le requérant considère comme lui étant favorables ;
- l'obligation de quitter le territoire français est uniquement fondée sur la double circonstance que l'intéressé ne résidait pas régulièrement en France depuis plus de trois mois et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public ;
- les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par des lettres du 17 janvier 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi par la décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors que les dispositions du 2° et du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile font obstacle à ce que le requérant fasse l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné Mme C en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 2 février 2024 à 10 heures.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pauline Hascoët, magistrate désignée, qui a également indiqué, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'annulation de la décision portant fixation du pays de destination par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- les observations de M. E qui indique qu'il n'avait pas compris l'importance des démarches de renouvellement de sa carte de résident, qu'il est en couple avec Mme B D, qu'il veut rester en France pour rester proche de sa mère, de sa fille, de sa compagne, des autres membres de sa famille.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 h 52.
Considérant ce qui suit :
1. M. A E, ressortissant marocain né le 4 mars 1994, est entré régulièrement sur le territoire français à l'âge de 9 ans dans le cadre d'un regroupement familial. Par des arrêtés du 19 juillet 2021 et du 8 juillet 2022, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour pendant un an. Par un jugement du tribunal correctionnel de Dijon du 26 février 2021, M. E a été condamné à six mois d'emprisonnement pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et sous l'empire d'un état alcoolique. Par un jugement du 6 mai 2022, ce tribunal l'a condamné à cinq mois d'emprisonnement pour des faits de vol et vol en récidive. Enfin, par un jugement du même tribunal du 29 novembre 2022, il a été condamné à quinze mois d'emprisonnement pour des faits de vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours, en récidive. La libération de M. E étant fixée au 10 février 2024, par un nouvel arrêté du 30 novembre 2023, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an et a fixé le pays de destination. Par sa requête, M. E demande l'annulation de cet arrêté. Par un courrier reçu le 23 janvier 2024, le préfet de la Côte-d'Or a informé le tribunal, en application de l'article R. 776-29 du code de justice administrative, que le requérant était susceptible d'être libéré avant que le jugement soit rendu.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. E.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans () ".
5. Il résulte des dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur avait entendu protéger de l'éloignement les étrangers qui sont en France depuis l'enfance, à raison de leur âge d'entrée et d'établissement sur le territoire. Dans ce cadre, les éventuelles périodes d'incarcération en France, si elles ne peuvent être prises en compte dans le calcul d'une durée de résidence, ne sont pas de nature à remettre en cause la continuité de la résidence habituelle en France depuis au plus l'âge de treize ans, alors même qu'elles emportent, pour une partie de la période de présence sur le territoire, une obligation de résidence, pour l'intéressé, ne résultant pas d'un choix délibéré de sa part.
6. Il est constant que M. E, né le 4 mars 1994, est entré régulièrement en France le 1er octobre 2003, comme cela ressort de la décision attaquée. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été scolarisé à l'école Paul Bert à Chenôve puis, de 2007 à 2010, au collège Herriot à Chenôve jusqu'en 2010, qu'il a ensuite suivi une formation de CAP Cuisine au CFA La Noue à Longvic de 2010 à 2012, obtenu son diplôme en juillet 2012 et qu'il a alors travaillé dans le restaurant Primavera de Dijon jusqu'à la fin du mois de janvier 2015. Il bénéficiait alors d'une carte de résident valable du 27 septembre 2010 au 26 septembre 2020. M. E a produit des avis d'impositions sur les revenus des années 2016 et 2017 indiquant qu'il a perçu pendant ces années des salaires ou revenus assimilés à hauteur de plus de 9 000 euros. Il justifie également avoir été inscrit à Pôle Emploi du 11 février 2015 au 27 avril 2016, du 12 mai 2016 au 6 juillet 2016, du 3 octobre 2016 au 24 janvier 2017, du 8 février 2017 au 31 octobre 2017, avoir effectué de multiples consultations et examens médicaux en juillet et août 2016, avoir fait l'objet d'un placement sous surveillance électronique à compter du 3 mai 2017, et avoir finalement été incarcéré du 7 octobre 2017 au 17 février 2018 à la maison d'arrêt de Dijon. Il a d'ailleurs fait l'objet pendant cette période de plusieurs mentions au fichier de traitement des antécédents judiciaires en juillet 2015, en octobre 2015, en février 2016, en juillet 2016 et en novembre 2016. Il justifie encore avoir ensuite travaillé en tant que commis de cuisine de mars 2018 à février 2019, puis avoir travaillé dans un autre restaurant de mars à août 2019. Il ressort des pièces du dossier qu'il était présent lors de la naissance de sa fille le 1er octobre 2019 au CHU de Dijon. Les attestations de la mère de cet enfant, ressortissante française, font état d'une vie commune entre les intéressés jusqu'à leur séparation au cours de l'année 2020. M. E produit également un justificatif de Pôle Emploi indiquant qu'il a perçu 12 780 euros en 2020. Il ressort enfin des pièces du dossier que M. E a été interpellé à plusieurs reprises en 2021 et qu'il a été incarcéré à compter du 8 juillet 2022. M. E produit également plusieurs photos et attestations indiquant qu'il a maintenu des liens étroits avec sa fille après la séparation avec sa compagne et jusqu'à son incarcération, la mère du requérant attestant en particulier l'avoir hébergé et avoir, dans ce cadre, reçu sa petite fille plusieurs fois par semaine de courant 2020 à juillet 2022. Alors que le préfet de la Côte-d'Or ne produit aucun élément tendant à indiquer que M. E aurait quitté le territoire français, ce dernier justifie ainsi résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans. Par suite, alors même que le comportement de l'intéressé peut être regardé comme constitutif d'un trouble à l'ordre public, le préfet de la Côte-d'Or ne pouvait, sans méconnaître les dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faire obligation à M. E de quitter le territoire français.
7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision faisant obligation à M. E de quitter le territoire français doit être annulée et doivent également être annulées, par voie de conséquence, les décisions portant privation du délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du requérant, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par l'Etat et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a obligé M. E à quitter le territoire français, l'a privé de délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an est annulé.
Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de la Côte-d'Or.
Copie sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dijon et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Fait à Dijon, le 2 février 2024.
La magistrate désignée,
P. C
Le greffier,
J. Testori
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026