mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2303528 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | GRENIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2023, Mme A B, représentée par Me Grenier demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 octobre 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a retiré sa carte de résident, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre à ce préfet de lui restituer sa carte de résident dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder à un réexamen de sa situation dans le même délai, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision de retrait de la carte de résident :
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que sa résidence habituelle et continue se situe en France ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle n'exerce pas d'activité professionnelle au Maroc ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle n'a pas été titulaire d'une carte de séjour temporaire mention " membre de famille sans droit au travail " pour Mayotte ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation ;
- elle est insuffisamment motivée ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de retrait de la carte de résident invoquée par la voie de l'exception ;
- elle méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'éloignement invoquée par la voie de l'exception ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'éloignement invoquée par la voie de l'exception.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 avril 2024, le préfet de la Côte-d'Or, représenté par la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 janvier 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pauline Hascoët,
- et les observations de Me Grenier, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 14 septembre 1971, est entrée régulièrement en France le 13 juillet 1998. Elle a bénéficié d'une carte de résident en qualité de conjoint de Français à compter du 13 juillet 1999, puis, après son divorce, d'une carte de résident délivrée en 2009 et renouvelée en 2019. Par un arrêté du 30 octobre 2023, le préfet de la Côte-d'Or lui a retiré la carte de résident délivrée le 5 juin 2019 et valable du 5 juin 2019 au 4 juin 2029, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de retrait de la carte de résident :
2. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment l'article R. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle rappelle la teneur, mentionne que le consulat de France au Maroc a fait savoir que Mme B résidait et travaillait au Maroc depuis au moins six ans, que Mme B a affirmé dans le cadre de la procédure contradictoire qu'elle n'avait pas quitté le territoire français pendant plus de trois années consécutives et qu'elle avait seulement effectué des allers et retours entre la France et le Maroc. La décision ajoute qu'après une étude minutieuse de la copie du passeport il a été relevé que Mme B avait été présente en France du 7 avril 2019 au 9 avril 2019, du 4 juin 2019 au 6 juin 2019, du 19 février 2022 au 27 février 2022, du 8 novembre 2022 au 13 novembre 2022 et du 12 janvier 2023 au 16 janvier 2023 soit une période totale inférieure à un mois entre le 7 avril 2019 et le 16 janvier 2023, que l'intéressée était sans activité sur le territoire français mais qu'elle en avait une sur le territoire marocain. La décision indique encore que d'après les arrêts du Conseil d'Etat du 30 décembre 2020 n° 434700, du 14 juin 2018 n° 410721 et du 29 décembre 1997 n° 156639, des retours purement ponctuels en France ne suffisent pas à mettre fin au délai d'absence de trois ans. La décision, qui comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée alors même que le préfet n'aurait pas fait état de certains éléments de la situation personnelle de Mme B que celle-ci estime lui être favorables.
3. En deuxième lieu, la circonstance que la décision attaquée aurait mentionné par erreur que Mme B avait bénéficié en 1998 d'une carte de séjour temporaire mention " membre de famille sans droit au travail " pour Mayotte alors qu'elle aurait bénéficié d'une carte de séjour temporaire comportant une autre mention est en l'espèce sans incidence sur la légalité de la décision attaquée qui ne se fonde pas sur cet élément de fait.
4. En troisième lieu, Mme B a elle-même indiqué avoir réalisé des prestations professionnelles sur le territoire marocain de manière occasionnelle et en atteste dans la présente instance par la production d'une attestation. Le préfet s'est borné dans la décision attaquée à reprendre ces éléments en mentionnant que son avocat indiquait qu'elle avait une activité professionnelle au Maroc et il a ajouté que Mme B n'avait pas d'activité professionnelle en France. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas retenu l'existence d'une activité professionnelle au Maroc.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des dispositions des articles R. 421-36, R. 421-37, R. 421-40 et R. 424-4, le titre de séjour est retiré dans les cas suivants : / () 6° L'étranger titulaire d'une carte de résident s'est absenté du territoire français pendant une période de plus de trois ans consécutifs sans que cette période ait fait l'objet d'une autorisation de prolongation () ".
6. En application de ces dispositions, une carte de résident n'est périmée qu'en cas d'absence du territoire français pendant une période de plus de trois années consécutives, qui n'est interrompue par aucun séjour en France ou seulement par des retours qui, étant purement ponctuels, ne permettent pas de regarder l'intéressé comme ayant interrompu son absence du territoire national.
7. Pour décider de retirer la carte de résident de Mme B, le préfet de la Côte-d'Or a relevé qu'il résultait d'une étude des visas de son passeport que celle-ci avait été présente en France du 7 avril 2019 au 9 avril 2019, du 4 juin 2019 au 6 juin 2019, du 19 février 2022 au 27 février 2022, du 8 novembre 2022 au 13 novembre 2022 et du 12 janvier 2023 au 16 janvier 2023 soit une durée totale cumulée inférieure à un mois entre le 7 avril 2019 et le 16 janvier 2023. En se bornant à indiquer que sa résidence habituelle a toujours été le territoire français et qu'elle a fait des allers-retours entre la France et le Maroc pour différents motifs personnels, la requérante ne conteste pas sérieusement la durée de présence en France retenue par le préfet. En retenant que ces quelques séjours, de deux à huit jours, réalisés en France par Mme B étaient purement ponctuels et n'avaient pas interrompu son absence du territoire national de 2019 à 2023, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation. La circonstance que Mme B aurait des motifs personnels expliquant ses séjours au Maroc est sans incidence sur cette appréciation.
8. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier et sérieux de la situation de Mme B.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, la requérante n'ayant pas établi l'illégalité de la décision de retrait de la carte de résident, elle n'est pas fondée à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " () ".
11. En se bornant à faire valoir qu'elle a un titre de séjour en France depuis 1998, Mme B n'établit pas avoir effectivement résidé en France depuis plus de dix ans alors qu'il n'est pas sérieusement contesté qu'elle n'a effectué que de très brefs séjours en France au moins pour la période courant de 2019 à 2023. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
13. Mme B fait valoir qu'elle réside en France depuis 1998, qu'elle vit avec sa sœur, s'occupe de son neveu handicapé et a un projet professionnel. Toutefois, le caractère réel et ininterrompu du séjour de Mme B depuis 1998 n'est pas établi par les pièces du dossier, le passeport de Mme B indiquant au contraire qu'elle n'a effectué que de brefs séjours en France dans la période la plus récente. Mme B ne justifie pas de liens particuliers noués en France ni d'une insertion professionnelle ou sociale particulière. Si elle indique résider chez sa sœur, elle ne justifie pas, par la seule production d'une attestation peu circonstanciée d'un ami, s'occuper de son neveu comme elle l'allègue, ni de la pathologie de celui-ci. De même, la seule production d'un extrait d'immatriculation d'une société créée en 2023 par sa sœur ne saurait justifier de la réalité d'un projet professionnel en France. Mme B n'est en outre manifestement pas dépourvue d'attaches au Maroc où elle a notamment obtenu la kafala d'un enfant né en 2013. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée aux buts poursuivis en l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Doit également être écarté pour les mêmes motifs le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ :
14. La requérante n'ayant pas établi l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant fixation du délai de départ.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
15. La requérante n'ayant pas établi l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions du 30 octobre 2023 doivent être rejetées. Doivent également être rejetées par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction, celles à fin d'astreinte et les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Grenier et au préfet de la Côte-d'Or.
Copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Nicolet, président,
Mme Pauline Hascoët, première conseillère,
M. Hamza Cherief, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
La rapporteure,
P. Hascoët
Le président,
P. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026