jeudi 28 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2303547 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SI HASSEN MYRIAM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 décembre 2023 Mme A B, représentée par Me Si Hassen, demande au juge des référés :
1° ) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 17 octobre 2023 du préfet de Saône-et-Loire notifié le 4 décembre 2023 l'assignant à résidence dans l'arrondissement de Mâcon pour une durée de six mois renouvelable une fois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'urgence est caractérisée, dès lors que le recours en annulation qu'elle a formé contre la décision attaquée ne sera pas jugé dans un délai de six mois et que la mesure d'assignation à résidence en litige l'empêche, en violation de sa liberté d'aller et de venir, de se rendre à Dijon où elle vit et poursuit sa scolarité de manière assidue et sérieuse ;
- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
. la mesure d'assignation à résidence est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français qui ne lui a pas été notifiée ;
. la signataire de la décision était incompétente ;
. la décision est insuffisamment motivée ;
. la décision qui mentionne qu'elle n'a pas remis son passeport aux policiers du commissariat de Mâcon le jour de la notification de l'arrêté est entachée d'une erreur de fait ;
. la décision méconnait les dispositions de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le délai ouvert pour contester la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français n'est pas expiré ;
. la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle lui impose de ne pas quitter l'arrondissement de Mâcon sauf autorisation préalable et de se présenter quotidiennement du lundi au vendredi à 9 heures au commissariat de police de Mâcon alors qu'elle est scolarisée en internat toute la semaine au lycée Le Castel de Dijon.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 décembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'urgence n'est pas établie dès lors que Mme B ne démontre pas qu'à la date de la décision attaquée elle était dépourvue de logement en Saône-et-Loire alors que sa requête mentionne une adresse à Mâcon ni qu'elle était scolarisée en internat à Dijon, ce dont elle n'a jamais informé ses services ; en outre alors que l'arrêté prévoit qu'elle peut solliciter un aménagement des modalités de pointage et l'autorisation de sortir du périmètre imposé, elle n'a pas fait usage de cette possibilité ; ainsi il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et de venir ;
- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :
. l'exception d'illégalité invoquée à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français est irrecevable dès lors que cette décision est définitive ;
. la signataire de la décision avait compétence pour le faire ;
. la décision est suffisamment motivée ;
. la circonstance qu'il soit mentionné par erreur que l'intéressée n'a pas remis son passeport aux policiers du commissariat de Mâcon le jour de la notification de l'arrêté est sans incidence sur la légalité de cette décision ;
. l'arrêté du 8 février 2023 faisant obligation de quitter le territoire français à Mme B lui a été régulièrement notifié ; le délai de départ volontaire qui lui était imparti étant expiré, il pouvait valablement l'assigner à résidence ;
. il n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en l'obligeant à résider dans l'arrondissement de Mâcon et à se présenter quotidiennement au commissariat de police de cette ville dès lors qu'elle ne justifie ni être domiciliée à Dijon ni que son emploi du temps scolaire l'empêcherait de respecter ces obligations ; en tout état de cause elle s'est inscrite en BTS alors qu'elle ne pouvait ignorer être en situation irrégulière et elle peut toujours solliciter un aménagement des modalités de pointage et l'autorisation de sortir du périmètre imposé.
Des pièces nouvelles produites pour Mme B ont été enregistrées et communiquées le 26 décembre 2023.
Par une décision du 22 décembre 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond n°2303477, enregistrée le 11 décembre 2023.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Testori, greffier d'audience :
- le rapport de M. Rousset, juge des référés ;
- les observations de Me Si Hassen pour Mme B, qui persiste par les mêmes moyens dans les conclusions de sa requête ; elle soutient en outre qu'il ressort des pièces produites le 26 décembre 2023, d'une part, que Mme B n'était pas domiciliée chez Coallia 344 rue de Paris à Mâcon de sorte que la décision du 6 février 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français, qui a été notifiée à cette adresse, n'est pas définitive et, d'autre part, qu'elle justifie de sa scolarisation en internat toute la semaine au lycée Le Castel de Dijon depuis le mois de septembre 2023 ;
- le préfet de Saône-et-Loire n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, se déclarant ressortissante congolaise née le 6 novembre 2001, est entrée irrégulièrement en France en janvier 2019 et a été confiée au service d'aide sociale à l'enfance de Saône-et-Loire. Le 26 avril 2021 le préfet de Saône-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pendant un délai de deux ans. Ces décisions ont été confirmées par le tribunal le 1er février 2022 et par la cour administrative d'appel de Lyon le 19 janvier 2023. Le 6 février 2023, le préfet de Saône-et-Loire a pris à l'encontre de l'intéressée un nouvel arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui faisant interdiction de retour sur le territoire pendant un délai de deux ans. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 17 octobre 2023 du préfet de Saône-et-Loire l'assignant à résidence dans l'arrondissement de Mâcon pour une durée de six mois et l'obligeant à se présenter quotidiennement, hors samedi, dimanche, jours fériés ou chômés, à 9 h00 au commissariat de police de Mâcon.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par décision du 22 décembre 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. Mme B justifie, en produisant notamment deux attestations du proviseur du lycée Le Castel de Dijon, qu'elle est inscrite dans cet établissement en tant qu'interne en première année de BTS " Métiers de l'hôtellerie " depuis la rentrée de septembre 2023 et qu'elle a cours du lundi au vendredi de 8h00 à 19 h00. La mesure en litige qui l'assigne à résidence pour six mois dans l'arrondissement de Mâcon et l'oblige à pointer du lundi au vendredi à 9h00 au commissariat de police de Mâcon aura nécessairement pour effet de compromettre la scolarité qu'elle poursuit avec assiduité et sérieux, ainsi qu'en atteste un de ses professeur, au lycée Le Castel de Dijon. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, Mme B doit être regardée, alors même qu'elle n'a pas vocation à poursuivre sa scolarité en France, comme justifiant de l'urgence à prononcer la suspension sollicitée.
En ce qui concerne la condition tenant au moyen de nature à faire naitre un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée :
6. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ". D'une part, les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative en vertu de l'article L. 733-1 précité, doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent. Les modalités d'application de l'obligation de présentation sont soumises au contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qui, saisi d'un moyen en ce sens, vérifie notamment qu'elles ne sont pas entachées d'erreur d'appréciation et qu'elles ne portent pas une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir, ni au droit au respect de la vie privée et familiale. D'autre part, si une décision d'assignation à résidence doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même.
7. Le moyen tiré de ce que le préfet de Saône-et-Loire a commis une erreur d'appréciation en imposant à Mme B de demeurer dans l'arrondissement de Mâcon et en l'obligeant à se présenter quotidiennement, hors samedi, dimanche, jours fériés ou chômés, à 9 h00 au commissariat de police de Mâcon alors qu'elle est scolarisée en internat du lundi au vendredi au lycée Le castel de Dijon, est seul de nature à faire naitre, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée. Dans ces conditions, l'arrêté du 17 octobre 2023 du préfet de Saône-et-Loire assignant à résidence pour une durée de six mois Mme B doit être suspendu dans la seule mesure où il lui impose, sauf autorisation contraire, de demeurer dans l'arrondissement de Mâcon et qu'il l'oblige à se présenter quotidiennement, hors samedi, dimanche, jours fériés ou chômés, à 9h00 au commissariat de police de Mâcon.
Sur les frais liés au litige :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme B sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire présentées par Mme B.
Article 2 : : L'exécution de l'arrêté du 17 octobre 2023 du préfet de Saône-et-Loire assignant à résidence Mme B pour une durée de six mois est suspendue en tant qu'il lui impose, sauf autorisation contraire, de demeurer dans l'arrondissement de Mâcon et qu'il l'oblige, à se présenter quotidiennement, hors samedi, dimanche, jours fériés ou chômés, à 9 h00 au commissariat de police de Mâcon.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Si Hassen.
Copie en sera adressée au préfet de Saône-et-Loire et au bureau d'aide juridictionnelle.
Fait à Dijon, le 28 décembre 2023.
Le juge des référés,
O. Rousset
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026