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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303578

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303578

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303578
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET CLEMANG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 décembre 2023, Mme B A, représentée par la SCP Clemang, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 juin 2023, notifié le 12 décembre 2023, par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise sans examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

- le préfet ne justifie d'aucune urgence à son éloignement, puisqu'il a attendu six mois avant de notifier l'arrêté, et l'absence de délai bafoue les droits de la défense ;

- elle ne présente pas de risque de fuite ;

S'agissant de la décision portant fixation du pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de l'interdiction de retour :

- elle est illégale, par la voie de l'exception de l'illégalité, et elle ne présente aucun risque pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du

15 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

A seul été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme C, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante albanaise née le 20 décembre 1998, est entrée régulièrement sur le territoire français le 2 août 2017 et a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée le 29 décembre 2017 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile le 20 juillet 2018. Par jugement du 16 novembre 2018, le tribunal a annulé l'arrêté du préfet de Saône-et-Loire du 22 août 2018 lui ayant refusé un titre de séjour et fait obligation de quitter la France dans un délai de trente jours vers l'Albanie. Mme A a fait l'objet de nouvelles mesures de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français, prononcées le 9 décembre 2019, suivies d'une interdiction de retour prononcée le 21 août 2020, et ses recours contre ces décisions ont été rejetés. Elle a ensuite sollicité un titre de séjour " vie privée et familiale ", et sa demande a été rejetée par décision du 21 août 2020. Enfin, le 5 décembre 2022, elle a présenté une nouvelle demande de séjour. Par arrêté du 22 juin 2023, notifié le 12 décembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans. Par la présente requête, elle en demande l'annulation.

Sur la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté vise notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rappelle les différents éléments de la situation de la requérante. Il mentionne les considérations de droit et de fait qui fondent la décision de refus de séjour, qui est ainsi suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, si la décision contestée mentionne à tort que Mme A n'a pas formé de recours contre l'arrêté du 22 août 2018, alors que celle-ci en a obtenu l'annulation par jugement du 16 novembre 2018, l'erreur ainsi commise est toutefois insuffisante pour établir, au regard des autres pièces du dossier, que le préfet de Saône-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, avant de prendre la décision attaquée.

4. En troisième lieu, la requérante indique que sa demande de titre de séjour était fondée sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes duquel : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. Mme A soutient qu'elle et son époux vivent en France depuis 2017, qu'ils parlent français et qu'ils disposent de promesses d'embauche, que leurs enfants, nés en France, y sont scolarisés. Ces seuls éléments sont toutefois insuffisants pour établir une particulière insertion sur le territoire français.

6. Mme A fait également valoir, pour justifier de l'existence de motifs exceptionnels, que son époux et son fils encourent des risques de représailles en cas de retour en Albanie ; toutefois, la demande d'asile des intéressés a été rejetée, et le procès-verbal, versé à l'instance, des déclarations faites par la mère de M. A en 2019 devant la justice albanaise ne permet pas d'établir la réalité des risques encourus.

7. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit par suite être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'établit pas l'illégalité de la décision de refus de séjour et n'est par suite pas fondée à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ;() ".

10. Mme A ne s'est pas conformée à la précédente obligation de quitter le territoire français, prononcée à son encontre le 9 décembre 2019 et se trouvait ainsi dans une situation permettant de regarder le risque de fuite comme établi en application des dispositions précitées, quand bien même aucune mesure d'exécution forcée de cette décision n'a été entreprise.

11. La circonstance que le préfet de Saône-et-Loire a attendu plus de six mois avant de notifier les décisions en litige est en elle-même sans incidence sur la légalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, et ne peut être regardée comme ayant privé Mme A de ses droits à la défense, le délai de recours contre l'arrêté en litige ne partant qu'à compter de la date de sa notification.

Sur la décision portant fixation du pays de destination :

12. Ainsi qu'il a été dit au point 6., Mme A n'établit pas la réalité des risques encourus en cas de retour en Albanie ; le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit par suite être écarté.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, et n'est par suite pas fondée à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.

14. En second lieu, en vertu des articles L. 613-2, L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de sa notification, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger en tenant compte, pour fixer la durée de cette interdiction de retour, de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

15. Si Mme A soutient que son comportement ne présente pas de risque pour l'ordre public, cette seule circonstance ne faisait pas obstacle à ce que le préfet de Saône-et-Loire prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de Saône-et-Loire.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La rapporteure,

M-E C

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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